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Accueil > Environnement | Par Séverin Horvais | 8 septembre 2016

Ratification de l’accord de Paris : la transition énergétique est-elle lancée ?

Lors du G20 de Hangzhou, la Chine et les États-Unis ont annoncé qu’ils ratifieraient l’accord de Paris conclu lors de la COP21, laissant espérer sa mise en application d’ici la fin de l’année. Un tournant qui ne lève pas toutes les interrogations.

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Est-ce le signe d’une accélération majeure du processus de transition énergétique ? Samedi 3 août, en marge du G20 de Hangzhou, Pékin puis Washington ont annoncé qu’ils ratifieraient l’accord de Paris conclu le 12 décembre 2015 lors de la COP21. Déjà ratifié par 24 pays représentant moins de 2% des émissions de gaz à effet de serres, l’accord nécessitant la ratification de 55 pays représentant 55 % des émissions mondiales prend aujourd’hui une tournure concrète. Avec la ratification des deux premiers pollueurs mondiaux, « on est passé en un jour de moins de 2% à près de 40% des émissions mondiales », se félicite Francis Perrin, spécialiste des questions énergétiques et président de Stratégies et politiques énergétiques.

Inertie européenne

Cependant, Jean-François Julliard « reste prudent, car entre les paroles et les actes, il reste souvent un long chemin à parcourir ». Le directeur général de Greenpeace France s’inquiète aujourd’hui de l’immobilisme de l’Union européenne sur le dossier, pointant une « perte de leadership ». À cause du contexte préélectoral, « on a le sentiment que personne en Europe ne fait entendre une voix forte pour que l’Europe, qui a historiquement été le bon élève en matière climatique, s’engage », explique-t-il, soulignant également l’immobilisme de la Pologne, « dont l’économie tourne principalement au charbon », énergie fossile la plus polluante.

« Si l’Union [ratifie l’accord], on n’est plus très loin des 55 % », abonde-t-il. Mais cet objectif n’est pas une fin en soi. L’association « attend notamment l’engagement de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud (…) et de l’Indonésie » afin que ces derniers « ouvrent la voie ». « S’il y a l’accord, même ceux qui ne l’ont pas ratifié devront s’y soumettre », précise-t-il. Rien d’autre que la « pression sociétale » ne peut cependant « contraindre un gouvernement à agir dans ce sens ».

En amont du sommet de Hangzhou, 130 investisseurs et assureurs pesant 13 milliards de dollars ont adressé une lettre aux vingt dirigeants demandant la ratification de l’accord avant la fin de l’année. Cette initiative du secteur privé, même motivée par des intérêts commerciaux, est plutôt une bonne nouvelle pour la transition énergétique car il y a aujourd’hui « une conjonction d’acteurs divers dont les demandes se rejoignent ». Pour Francis Perrin, « le rôle du secteur privé est essentiel » car « sans investissements importants sur une période longue, le défi climatique sera perdu ».

Quelle "transition" ?

Mais là où Jean-François Julliard affirme que la mobilisation des énergéticiens est impossible sans contrainte, pour des raisons évidentes d’intérêts, Francis Perrin – lui – affirme que les entreprises ont envoyé un « message fort aux organisations gouvernementales : il faut fixer un prix pour le carbone ». Selon lui, le secteur aurait d’ores et déjà pris en compte la question de la transition énergétique, mais attendrait une telle mesure pour pouvoir « raisonner en termes de rentabilité, par rapport à des investissements énormes et de longue durée ».

Insistant sur le fait que la dynamique amorcée depuis la Convention cadre sur le réchauffement climatique « nécessite une transition » pour quitter le modèle actuel dans lequel « les énergies fossiles représentent près de 80% de la consommation d’énergies », ce dernier souligne l’importance d’une « utilisation plus rationnelle de l’énergie ». Les États devant en premier lieu répondre à leur consommation domestique, « la priorité (…) est d’abord de mieux utiliser l’énergie, tout en développant les énergies renouvelables ».

Le feu vert de la Chine en 2015, pour la construction de 130 centrales à charbon, ne serait donc pas indice d’hypocrisie mais serait plutôt « une manœuvre (…) pour consommer mieux » les énergies fossiles, en attendant la transition énergétique. Selon le spécialiste, cette manœuvre doit s’accompagner d’un développement du « trio gagnant : éolien, solaire, biomasse » des énergies renouvelables.

Verdissement de la finance

Outre le rôle législateur des États, qui peuvent mettre en place un cadre juridique contraignant pour tous obligeant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, il a été demandé aux États d’augmenter les dépenses publiques pour soutenir la dynamique. Aussi bien à l’OCDE qu’au G20, il est attendu des États qu’ils sortent de leur torpeur, due à leur logique d’austérité.

Fort de cette demande, François Hollande annonçait dès avril dernier la mise en place d’obligations souveraines "vertes" à l’horizon 2017. L’État espère ainsi lever 9 milliards d’euros sur trois ans, afin de pouvoir en investir trois par an. Ces "obligations vertes" seront émises sur les marchés classiques, mais ne serviront qu’au financement de projets écologiques.

Mais là où Pascal Canfin, directeur général de WWF France, se félicite que « Paris pourrait devenir leader de la finance verte », Jean-François Julliard se méfie de « la conception de l’écologie très large » du gouvernement. « Aujourd’hui, le gouvernement finance des projets nucléaires qu’il considère comme "verts" », dénonce-t-il, tout en reconnaissant le rôle positif que peuvent jouer ces obligations. Selon lui, « il ne faut pas attendre que la fiscalité climatique (…) guide nos sociétés vers quelque chose de plus climatocompatible ». Ce dernier préfère croire aux « nombreuses initiatives citoyennes partout autour de la planète ».

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