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Accueil > Idées | Par Jérôme Latta | 27 juillet 2015

(Re-)lectures de la crise grecque

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers ont suscité de nombreuses analyses. Coup d’État financier, déni démocratique, offensives médiatiques, crise de l’Europe, défi pour les gauches : sélection de contributions marquantes.

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Cette sélection est évidemment subjective et forcément partielle, de nombreux autres articles, interviewes et textes, d’autres aspects de la crise, pourraient y figurer : vous êtes invités à les signaler dans les commentaires, ou à consulter notre Vigie Médias pour compléter.

 

Le sens du mémorandum

"Une reddition obtenue le revolver sur la tempe", un "coup d’État financier" : si ces images ont bien résumé l’impression laissée par l’accord arraché dans la nuit du 15 au 16 juillet, en totale négation du "oui" au référendum, les interprétations de cet événement ont été diverses.

La défaite de la Grèce, la défaite de l’Europe
La Tribune / Romaric Godin

Grèce : la vraie nature du troisième mémorandum
La Tribune / Romaric Godin

La "normalisation" de la Grèce
Jean-François Bayart

Le Diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza
Etienne Balibar, Sandro Mezzadra, Frieder Otto Wolf

 

La condamnation des économistes

Les voix des économistes, parmi les plus reconnus, se sont élevées dans le monde entier contre la doctrine ordo-libérale et austéritaire des institutions européennes, insensibles aux conséquences humaines et irrationnelles dans leur jusqu’au-boutisme.

Joseph Stiglitz : "L’Allemagne n’a ni bon sens économique ni compassion"
« Ce que l’Allemagne a imposé à coups de bâton est tout simplement inconcevable. C’est aussi de la très mauvaise politique économique. On va continuer à imposer des modèles qui sont contre-productifs, inefficaces et producteurs d’injustice et d’inégalités. »

Jeffrey Sachs : "Les États puissants seront rattrapés par les souffrances qu’ils infligent"
« L’Europe s’est construite sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale grâce à la vision de chefs d’Etat. Elle est sur le point de s’effondrer à cause des vanités et du cynisme d’une poignée de banquiers et de politiciens. »

Robert Boyer : "Face à l’UE, les Grecs ont servi de bouc émissaire"
« Ces programmes d’austérité resteront dans l’histoire comme l’équivalent de la défaite de Galilée face à la scolastique religieuse. Ou encore des médecins de Molière qui, quels que soient les symptômes, recommandaient une saignée, quitte à faire mourir le malade. »

Paul Krugman : "Je voterais ’non’"
« Cela a été un acte de folie monstrueuse de la part des gouvernements créanciers et des institutions de pousser les choses là où elles en sont. »

Jean-Marie Harribey : 1938, Munich – 2015, Berlin
« Jamais, dans l’histoire contemporaine, depuis la fin de l’ère du colonialisme classique, un pays n’avait été placé sous une tutelle aussi féroce de pays étrangers, d’institutions internationales et, par delà, de la bourgeoisie financière. »

Joseph Stiglitz, Thomas Piketty et al. : "L’avenir de l’Europe est en jeu"
« Syriza est le seul espoir de légitimité en Grèce. L’incapacité de parvenir à un compromis saperait la démocratie et entraînerait des réponses beaucoup plus radicales et dysfonctionnelles, fondamentalement hostiles à l’Union européenne. »

 

L’Europe politique en crise

Construite et dirigée comme un système économique et monétaire, l’Union européenne a montré à quel niveau de violence elle pouvait recourir, à la fois pour protéger les intérêts de l’industrie financière et juguler toute tentative d’alternative politique.

Rien ne sera plus jamais comme avant
Coralie Delaume
« Le premier pays qui cesse de faire entendre sa voix cesse d’être une démocratie véritable pour devenir une "post-démocratie", sorte d’objet politique un peu flasque au sein duquel les libertés individuelles sont préservées, mais où n’existe plus aucune possibilité de choix collectif. »

Contre le totalitarisme financier, l’Europe doit changer ou mourir
Marco Revelli
« Ce qui restera, c’est l’image indélébile d’un pouvoir et d’un paradigme avec lequel il sera de plus en plus difficile de cohabiter. Parce qu’il est malade de ce totalitarisme financier qui ne tolère aucun point de vue divergent, au risque d’aboutir à la ruine de l’Europe. »

Une Europe contre les peuples et la démocratie
Mediapart / François Bonnet
« La zone euro et ses présumés critères de gestion ont accouché d’un monstre politique. Et ce monstre est en train de dévorer ce qui est au cœur même du projet européen : l’approfondissement démocratique. La zone euro n’est plus l’Europe, elle est devenue une machine à balayer les peuples et à écraser la démocratie. »

Le nouveau défi de la démocratie réelle
Sandra Laugier et Albert Ogien
« Ce référendum est une subversion car il invite les citoyens à arbitrer sur un domaine qui reste l’apanage des gouvernants et de leurs experts : la politique économique. Syriza n’est pas arrivé au pouvoir pour simplement l’avoir, mais pour défendre une conception exigeante de la démocratie. »

 

L’euro, l’Europe : direction la sortie ?

Au sein de la gauche radicale, ceux qui estiment que l’Union européenne est génétiquement antidémocratique et prônent la sortie de la zone euro ont vu conforter leurs arguments et grossir leurs rangs. Le débat a repris, à la lumière des événements de ces derniers mois.

La gauche et l’euro : liquider, reconstruire
Frédéric Lordon
« Varoufakis et Tsakalotos ont, eux, découvert, stupéfaits, un club de l’eurozone semblable à un hôpital de jour, une réunion de grands autistes à qui il est impossible de faire entendre la moindre argumentation économique, et dont la psychorigidité terminale ne connaît plus que la conformité aux règles, fussent-elles de la dernière absurdité, et le continent entier dût-il en périr. »

En finir avec l’espoir européen
Babordages
« Ces longs mois de "négociation" auront été pour les peuples européens une formidable pédagogie de l’Union européenne. Le voile se lève sur le fonctionnement des institutions, sur le rôle de chacun de ses acteurs. »

Euro : n’est-il pas temps d’arrêter les frais ?
Arnaud Parienty
« Le jour où il y aura un SMIC européen, une protection sociale européenne, un budget européen, des politiques étrangère et de défense européennes, alors il sera temps de parler de monnaie commune. »

La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social
Costas Lapavitsas
« On a affaire à un mécanisme institutionnel, à une union monétaire, à un ensemble hiérarchique qui agit dans l’intérêt des grandes entreprises et d’un petit nombre de pays membres. Voilà la nature de l’Union économique et monétaire. »

"Vae victis !" malheur aux vaincus
Pierre Khalfa
« Certes, une sortie de l’euro n’aurait pas été la solution optimale pour la Grèce. Elle aurait probablement été chaotique au moins à court terme. Mais elle aurait été préférable à un accord humiliant qui met la Grèce sous tutelle. »

Le Grexit est en marche
Gabriel Colletis
« Une sortie de la zone euro semble l’hypothèse la plus probable tant les termes de l’accord adopté constituent une équation impossible. »

Le vote grec ou la revanche du non au référendum de 2005
Jacques Sapir
« Ceci dévoilerait tant l’immense fraude qu’a représenté l’euro, qui ne fut pas un instrument de croissance ni même un instrument de stabilité pour les pays qui l’ont adopté, que la nature tyrannique du pouvoir non élu de l’Eurogroupe et de la BCE. »

 

Quels lendemains pour les gauches européennes ?

L’espoir soulevé par la victoire de Syriza a été immense, et sa portée a été encore relevée par celle du "non" au référendum. Mais les lendemains ont été amers : quels enseignements la gauche radicale doit-elle retirer de cette expérience ?

La Grèce, seule à gauche
Bruno Amable
« C’est aussi la question de l’attitude des autres peuples européens vis-à-vis du modèle néolibéral unique que la technocratie et les gouvernements européens veulent imposer. »

La gauche alternative au défi du "diktat" européen
Mediapart / Fabien Escalona
« Du côté de la gauche radicale, les termes du débat sont nettement plus tranchants. Pour les opposants à l’austérité et les partisans d’un modèle de société postcapitaliste, l’appartenance ou non à l’UEM va probablement s’imposer comme la nouvelle question stratégique centrale. »

Prendre la mesure du tournant historique
Clémentine Autain
« La discussion stratégique qui doit s’ouvrir porte sur les moyens de tenir tête à l’Eurogroupe, de résister à son chantage. Peut-on gagner un rapport de forces sans imaginer, préparer, concevoir comment nous ferions si nous le perdions ? »

Grèce : le piège
Roger Martelli
« Ce mouvement doit se construire dans chaque pays, mais gardons-nous des solutions courtes. Il ne sera efficace partout que s’il se pense, tout à la fois, comme alternatif et européen. Il n’y aura pas de "socialisme dans un seul pays", pas plus dans la petite Grèce meurtrie que chez nous. »

 

Éditocrates et grands médias contre Syriza

Le bras de fer entre les négociateurs s’est accompagné d’offensives féroces menées par les forces de l’ordre médiatiques, en Grèce comme en France. Jusqu’au discrédit, voire au ridicule.

Couverture médiatique du référendum en Grèce : le meilleur du pire
Acrimed / Julien Salingue

Médias grecs : contre Tsípras, des attaques à la chaîne
Libération / Maria Malagardis

La grecophobie médiatique dans ses basses œuvres
Marianne / Jack Dion

Grèce : quand les médias privés font la propagande du oui au référendum
Télérama / Jean-Baptiste Roch

La bien triste Europe de monsieur Leparmentier
La Tribune / Romaric Godin

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  • Intéressante compilations de liens. Merci.
    Il y manque cependant matière à réfléchir sur la stratégie de Tsipras qui n’a envisagé aucune alternative et n’a pas compris du tout ce qu’est cette UE (déroutant de naïveté). Intéressant de creuser, donc, cette difficulté à gauche de sortir de la pensée unique de l’euro (et de comment on se fait peur avec cette fausse crainte !) Nous devons regarder la réalité en face, cette UE n’est pas réformable de l’intérieur ... pas plus que le PS ne l’est.

    Amstramgram Le 27 juillet 2015 à 18:07
  •  
  • Un emprunt proposé à l’ensemble des vraies gauches européennes pour aider la Grèce à refuser le diktat de la Troïka et donc à quitter l’Euro aurait soulevé autant de ferveur, si ce n’est davantage, que le 11 janvier pour Charlie.

    Nos Ayatollahs du Tina ont planché sur le Grexit. Tsipras a eu tort de ne pas l’envisager aussi, c’est-à-dire de ne pas croire en la solidarité des peuples, de tous ces peuples, immenses, qui s’opposaient au TCE.
    Tsipras a trop joué solo.
    Retenons la leçon.

    Jean-Marie Le 27 juillet 2015 à 19:14
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  • à kost Le 3 août à 09:38
    dommage que vous n’envisagiez pas la position du PCF quelques années en arrière avant son tournant à 180 degrés concernant l’U€ . . . Le PCF a "évolué" sur l’U€, cela ne semble pas vous déranger, alors pourquoi revenir encore et encore sur le oui à Maastricht d’un Mélenchon ? D’autant plus qu’il s’est souvent exprimé sur le sujet . . . lui . . .

    RV Le 3 août 2015 à 18:17
       
    • bon
      je suis un peu à coté de la plaque
      je n’avais pas lu assez attentivement votre message . . .
      désolé !

      RV Le 3 août 2015 à 20:31
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