Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 26 janvier 2015

Réactions à la victoire de Syriza : les plus belles tartufferies

L’onde de choc des élections grecques a eu des effets terribles : on a découvert un PS de gauche, une UMP d’extrême gauche et – mais c’est moins surprenant – des éditorialistes dépités qui ont mal vécu leur défaite. Compilation.

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La gauche radicale au pouvoir dans le pays le plus dramatiquement ravagé par l’austérité : l’événement a de quoi renverser bien des perspectives, et susciter quelques prises de paroles acrobatiques.

Les socialistes, au secours de la victoire

Sans surprise, c’est au sein du PS que se sont exprimés les plus grands virtuoses du retournement de veste et du contorsionnisme sémantique. Leur chef de file a été digne de l’exercice, aussi grosse fut la ficelle. Jean-Christophe Cambadélis : « La victoire d’un parti de gauche est toujours une bonne nouvelle pour le Parti socialiste. »

Philip Cordery, secrétaire national à l’Europe (un expert, donc) a fait le pari que le ridicule ne tuait pas : « La ligne anti-austérité est aujourd’hui renforcée en Europe. Depuis 2012, François Hollande et les leaders sociaux-démocrates sont à l’œuvre pour réorienter l’Union européenne. Ils trouveront en Alexis Tsipras un nouvel allié. »

Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, donne dans la redondance, peut-être pour essayer de se convaincre lui-même : « Nous partageons beaucoup de choses en commun [avec Syriza]. » Lui aussi évoque la volonté partagée « de réorienter la construction européenne, de sortir des politiques d’austérité ».

Lui aussi adepte de la méthode Coué pour oublier la méthode couac de François Hollande, Julien Dray fustige les « politiques d’austérité qui ne donnent pas de résultats ». Peut-être croit-il remettre sa montre à l’heure en ajoutant : « une partie de la gauche de la gauche risque d’avoir des désillusions parce que le programme de Tsipras est plus un programme de social-démocratie que proche de Jean-Luc Mélenchon. »

Stéphane le Foll tente pour sa part de conjurer le scénario Syriza : « Je sais une chose : il n’y aura pas d’alternative à gauche (en France), la gauche c’est celle qui gouverne aujourd’hui. »

RÉSUMÉ
– la victoire de Syriza est une grande victoire pour la social-démocratie (dont un vaste complot illuminati fait croire qu’elle cautionne la politique austéritaire de l’UE).
– le Parti socialiste est de gauche.
– le Parti socialiste mène des politiques audacieuses contre l’austérité (dans un univers parallèle dont le chemin d’accès n’est pas indiqué).

À droite, des élus déboussolés

Le tweet de Christian Estrosi est pour sa part assez inquiétant sur le plan psychiatrique. « Les grecs n’ont pas voté pour l’extrême gauche, ils ont voté contre l’austérité, la même que les socialistes français veulent nous imposer. » On attend avec impatience que le maire de Nice nous explique la différence entre l’austérité du PS et celle de l’UMP.

Autre symptôme de la perte des repères au sein de la droite, la déclaration de Nicolas Dupont-Aignan, en vol plané (et sur le dos) au dessus d’un nid de coucous : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas [passer un accord avec le Front de gauche] ? »

Xavier Bertrand joue les blasés : « Si Syriza gagne, ce n’est pas une surprise : trop d’austérité en Grèce et faillite d’une classe politique. (...) Vous pouvez demander des réformes structurelles, mais vous ne pouvez pas demander trop et saigner un peuple. » Pour ce qui est de la faillite, l’ex-secrétaire général de l’UMP s’y connaît, mais en tant qu’ancien secrétaire d’État chargé de l’Assurance maladie, il n’est peut-être pas le mieux placé pour évoquer le dosage des saignées.

Henri Guaino a renchéri : « Lorsqu’on fait souffrir des peuples, il ne faut pas s’attendre à des votes modérés. » Ah, la légendaire modération d’Henri Guaino… qui semble lui aussi souffrir de schizophrénie : « La pensée unique est bien ancrée dans la tête d’une partie de nos élites européennes, il faut en sortir. »

RÉSUMÉ
– la victoire de Syriza est une grande victoire pour l’UMP.
– l’UMP n’a rien à voir avec les politiques d’austérité de l’Europe.
– l’UMP n’a rien à voir avec l’UMP.

Les éditorialistes, sur le front de l’aigreur

Évidemment, le traitement de l’élection dans les médias dominants a donné lieu à de grands aveux (involontaires) d’incompréhension. Laurent Delahousse, anxieux, interrogea sur France 2 : « Est-ce qu’il y a une possibilité de contagion ? » Tandis que le bandeau d’i-Télé, conformément à sa fonction de sous-titrage de l’idéologie ambiante, demandait : « Faut-il laisser la Grèce faire ce qu’elle veut ? » Il vaudrait en effet mieux faire élire le parlement grec par les électeurs allemands, ce serait plus sûr.

Rageur, Laurent Joffrin concluait dès samedi son édito pour Libération en essayant, comme pour limiter les dégâts infligés à ses certitudes, de retirer à la gauche radicale française toute velléité d’y voir une victoire : « Quand (sic) au grand soir dont rêvent les mélenchonnistes exaltés, il y a fort à parier qu’il sera remis… aux calendes grecques. » (rires enregistrés).

Sur Twitter, l’inénarrable Arnaud Leparmentier du Monde, auteur mercredi d’une diatribe apocalyptique (« tout cela peut mal finir »), n’a pas retenu grand-chose d’autre de l’événement que la baisse de l’euro, qui a semblé beaucoup l’affecter. Il s’est contenté de relayer des collègues prophètes de malheur (et bigots des marchés financiers) : « Ils ne comprennent pas qu’une dette ça ne s’efface pas ; les gens la paieront d’une façon ou d’une autre. »

Eurolâtre convaincu, Jean Quatremer s’est plus notoirement agité, quoique de façon désordonnée. Mais son premier réflexe a été de minimiser la victoire : « Syriza à 36,5%. On est loin de la vague évoquée par le Front de gauche. Le Pasok avait obtenu 48% en 1981. » On retiendra cette touchante profession de foi, au détour d’un échange : « On est de la même famille, surtout quand on partage la même monnaie. C’est l’UE. »

Mais le plus bouleversé a probablement été Jean-Michel Aphatie, qui nous a fait part de ses émotions de contribuable : « Si la Grèce ne rembourse pas ses emprunts, la France perd 40 milliards. Donc plus d’impôts pour nous et en plus, on dira : "bravo la Grèce". » Comme tout fondamentaliste, il s’est outragé que d’autres croyances puissent faire concurrence à la sienne en fustigeant ceux qui croient aux miracles (« L’homme qui a promis de marcher sur l’eau a gagné en Grèce ») ou « au père Noël ». De pensée unique, il ne saurait exister d’autre que la sienne : « Ce soir, la pensée unique pour tous c’est : Vive Syriza. »

RÉSUMÉ
– la victoire de Syriza est une grande défaite pour les éditocrates.
– vous allez le payer cher, bande de mécréants.

Vivement les élections en Espagne.

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Vos réactions

  • Merci pour cet article original et très bien vu !

    Pierre Le 26 janvier 2015 à 19:55
       
    • le pompon c’est Y.Calvi dans Cdans l’air : 36% pour Syriza c’est quand meme 64% contre !!!!!!

      zouzou Le 31 janvier 2015 à 23:46
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  • En réponse à Apathie qui a décidément beaucoup de mal avec l’économie, je préfèrerais pour ma part donner 40 milliards aux Grecs qu’au patronat.

    ARDUS Le 26 janvier 2015 à 20:22
       
    • D’autant que la France aussi a des dette, ces 40 milliard en font donc parti. mais à qui les doit on ?? il faudrait aussi qu’Apathie nous explique comment un état peut ’il s’endetter pour prêter de l’argent. tout ça n’est pas très logique .

      ange3437 Le 27 janvier 2015 à 09:29
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    • Je pense que c’est aux banques de s’assoir sur la dette. Eux qui se sont déjà fait du gras sur le dos des grecs, des espagnols , italiens et j’en passe.

      Mas Le 28 janvier 2015 à 13:26
  •  
  • Best-of assez invraisemblable bien qu’extrêmement représentatif de ce qu’on a pu subir ces derniers jours.

    On a également une superbe suite de tweets de Quatremer qui nous livre les preuves de ce que les Grecs Indépendants peuvent être formidables, et donc de ce que Syriza peut symboliser…

    Que de bave aux lèvres, la haine peut faire surgir.

    Len Le 26 janvier 2015 à 22:25
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  • Ce sont des réactions "autres" qui auraient ...surpris !(et "nous" auraient mis le doute)
    Mais toutes ces injures( vis à vis de JLMelenchon principalement) sont,d’une certaine façon,le plus bel hommage...et la preuve qu’"ils-elles" ont peur : tant mieux !
    et quand on "leur" repassera leurs déclarations(éructations) ,ils devraient avoir honte...
    si ce n’étaient des "éhonté(e)s" !

    FCourvoisier Le 27 janvier 2015 à 08:53
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  • Intéressant de voir comme les socialistes unanimes sont contre les politiques d’austérité.
    Et vraiment dommage qu’ils ne soient pas au gouvernement.

    bl74 Le 27 janvier 2015 à 09:53
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  • Parlons des cadeaux fait au patronat et qui les payent et pour quels resultats..mais tous ces messieurs doivent l, ignorer ou alors ils sont niais

    mattlud Le 27 janvier 2015 à 18:50
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  • En tant que grec je vous dit que Syriza va faire une politique bonne pour les grecs qui ont souffert non pas parcequ’ils sont faineants mais parceque les elits sociaudemocrates faisait la meme politique que la droite neoliberale.Syriza exprime la gauche radicale qui a aucune relation avec les socialistes ou les sociaudemocrates et qui est contre la politique neoliberale de l’austerite et du chomage.Ils croient qu’ils vont chapoter notre victoire mais les peuples d’europe ont compris que notre victoire sera suivi partout dans l’europe car c’est la seule solution pour sortir de la crise.Nous allons chasser partout en Europe ceux qui expriment la politique neoliberale.

    Vassiva Le 27 janvier 2015 à 19:45
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  • Le changement brutal de comportement de la sphère éditocratique est spectaculaire :

    Jusqu’à samedi soir, il était évident que Tsipras était le "Mélenchon grec". A partir de lundi matin, il est évident que Mélenchon n’est pas le "Tsipras français".

    Jusqu’à dimanche soir, Syriza était "la gauche radicale". A partir de lundi matin, c’est "les radicaux de gauche".

    Jusqu’à lundi soir, il était impossible de faire des comparaisons, puisque "la France n’est pas la Grèce", et "le FdG n’est pas Syriza". Mardi, l’alliance tactique avec l’ANEL est l’équivalent de "la convergence de Mélenchon avec Dupont-Aignan".

    Wild ar-Rachid Le 28 janvier 2015 à 08:36
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  • Depuis dimanche soir leurs contorsions me réjouissent, leurs têtes contrariées font plaisir à voir.

    Je n’en oublie pas pour autant qu’ils mènent une "sale guerre idéologique" contre l’espoir des peuples européens qui se lève.

    A nous tous de faire front et ne manquons pas une occasion de soutenir le peuple grec.

    C.Nochumson

    Nochumson Le 30 janvier 2015 à 09:28
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  • Dernier sondage Marianne ( présidentielles )

    Le Pen 30 Mélenchon 8

    On attend avec impatience l’ effet Syriza aux prochaines élections départementales et régionales sur la gauche de la gauche en France , surtout ici à Marseille en centre ville ou dans les quartiers nord ( maire fn élu en mars 2014 , grâce aux multiples divisions de la gauche et le manque de stratégie réaliste entre les deux tours ! )

    "Ensemble" " tout devient possible" ( slogan Sarkozy 2007 )

    THIERRY HERMAN Le 31 janvier 2015 à 09:53
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  • Et si Mme Merkel payait la dette de l’Allemagne à la Grèce ? Car, en 1946, l’Allemagne a été condamnée à lui verser 7,1 milliards de dollars, en raison des extorsions liées à l’occupation nazie, de 1941 à 1944. À part une somme de 115 millions de marks versés en 1961, rien n’a été décaissé.

    Et le traité de réunification de 1990 a passé sous silence cette question. Le total des sommes encore dues serait, selon les estimations et les modes de calcul, de 54 à 162 milliards d’euros.

    Mais Deutschland ist über alles !

    Retoutduboomerang Le 1er février 2015 à 12:07
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  • pendant des décennies, la Grèce a été dirigée par les Socialistes du parti PASOK. C’est alors les socialistes qui sont aussi résponsables pour le développement d’un système de service publique qui coute trop, crée des postes pour ceux qui ont des bonnes relations mais font un travail qui n’a pas de sens, mais en fait ne fonctionne simplement pas. Je ne vois vraiment pas pourquoi il y a tant d’enthousiasme avent que la Syriza ait pu prouver qu’elle va vraiment changer des choses.

    Elena Le 2 février 2015 à 14:02
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  • Tous ces échos ne sont que les tartufferies habituelles.

    Quoi de nouveau sous le soleil ? Juste la victoires des grecs qui espèrent un changement de politique économique, ça c’est sûr. Mais veulent ils un changement de société, on va le voir et je l’espère.

    Seulement une espérance augure juste du printemps, il ne le décrète pas.

    Ne vous méprenez pas sur mes propos, je veux juste regarder sur le bon lendemain, celui d’une autre société.

    La Renaudie Le 3 février 2015 à 16:03
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