Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 16 octobre 2015

Référendum Cambadélis : mi-escroquerie, mi-pitrerie

Initiative rocambolesque du premier secrétaire, le sondage sur "l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales" est une farce qui vise à exonérer le PS et le gouvernement de leurs responsabilités dans le fiasco qui s’annonce.

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C’était le 19 septembre, Jean-Christophe Cambadélis, dans une conférence de presse, annonçait la tenue d’un référendum du 16 au 18 octobre visant à se prononcer sur l’unité des forces de gauche et écologistes dès le premier tour des élections régionales.

La question posée sera donc : « Face à la montée de la droite et de l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ? » On notera, entre autre, que la formulation ne mentionne plus s’il s’agit d’une unité dès le premier tour, ou s’il s’agit d’un rassemblement au second tour somme toute assez classique à gauche. Ainsi obscurcie, la question n’a certes plus grand sens, mais permettra ainsi au stratège de la rue de Solférino de tout amalgamer en fonction de ses intérêts politiques propres.

Mais même ainsi, l’affaire apparaît bien bancale. Au sein même du Parti socialiste, le manque d’entrain à organiser le scrutin est évident. Officiellement, les promoteurs de l’initiative espèrent 300.000 votes au cours du week-end, un objectif ramené à 200.000 par Jean-Christophe Cambadélis, lundi matin sur France Inter. À ce rythme, il y aura bientôt plus de militants socialistes encartés que d’aspirants à l’unité. Heureusement, on est moderne au PS : aux quelques 2.000 urnes que les militants du parti sont sensés tenir, s’ajoutera la possibilité de voter par Internet. Très intéressante, au demeurant, cette démocratie du clic, puisque le nombre de votants sera ainsi aussi incertain que la validité des diplômes du premier secrétaire.

Une initiative pour l’unité qui fait pâle figure

Un petit passage par le site du Parti socialiste nous apprend qu’un large aréopage de formations de gauche préside à l’organisation de ce référendum : Parti socialiste, Front démocrate, Génération écologie, Union des démocrates et écologistes, et Écologistes ! La première réaction est évidemment le vertige devant tant d’unité pour l’unité. Mazette, le Front démocrate de Jean-Luc Benhamias (ex PSU, ex Verts, ex Modem), le Génération écologie qui a bercé notre enfance et le tout frais, tout beau, Écologistes ! de Jean-Vincent Placé et François de Rugy, c’est du lourd quand même.

Si l’Union des démocrates et écologistes vous paraît moins familière, c’est qu’elle ne doit être fondée officiellement que le 17 octobre, soit après la parution de cet article. Il est vrai qu’il s’agit d’un rassemblement des trois autres organisations déjà citées, un peu comme si le Parti socialiste faisait signer toutes ses fédérations séparément avant d’apposer en plus le sigle national. Bon c’est vrai qu’il y a tout de même quelques absents de marque. Ni le puissant MUP de Robert Hue, ni le PRG pourtant dernier allié gouvernemental des socialistes ne figurent parmi les signataires. L’hydre hideuse de la division est décidément partout.

Recherche boucs émissaires désespérément

Mais l’enjeu n’est en réalité pas celui-là. À la tête de 21 des 22 régions de la France métropolitaine, le Parti socialiste est promis à une déroute électorale lors du prochain scrutin des élections de décembre. Seules deux régions, Languedoc-Roussillon / Midi Pyrénées et Aquitaine / Poitou / Limousin semblent à peu près acquises à la gauche. Pour toutes les autres (exceptée la Corse qui ne relève pas tout à fait de la politique continentale), ce sera difficile, voire impossible. Pire, toutes les intentions de vote indiquent que la région Nord Pas-de-Calais / Picardie pourrait tomber dans l’escarcelle du FN.

Confrontée à une situation désastreuse, les génies de la direction du Parti socialiste n’ont qu’une idée : trouver des coupables pour expliquer la défaite annoncée. La désastreuse politique gouvernementale étant par nature exonérée de toute critique, ce sera donc "la division à gauche". Par division, entendez la volonté de ne pas se ranger derrière le PS partout, toujours et quoi qu’il arrive – bref, l’irresponsabilité gauchiste. Dans un de ses tweets du 12 octobre, Jean-Christophe Cambadélis indique :

Le chantage au vote utile

À ce niveau de déni, la pathologie devient intéressante. Ni les dégâts de la politique du quinquennat Hollande dans une région particulièrement dévastée par le chômage, ni les multiples affaires qui touchent le PS, et depuis longtemps notamment dans le Pas-de-Calais, ne seront donc retenus comme une quelconque clef d’explication. Pire, l’arithmétique semble, elle aussi, complètement oubliée, car tous les sondages l’expriment : au second tour, même rassemblée, la gauche est non seulement loin derrière le FN, mais elle est aussi largement devancée par la droite. Unie ou pas, la gauche dans toutes ses composantes plafonne à 30%, et c’est ce bilan là qu’il faut faire.

Cela fait des années que l’argument du vote utile dès le premier tour est utilisé à satiété par les responsables socialistes en tout genre. Longtemps, ce réflexe a été une arme redoutable dans la dernière ligne droite électorale pour écraser la contestation, même modeste, à gauche. À se demander ce qu’il resterait au PS si les élections étaient à la proportionnelle, comme c’est le cas un peu partout en Europe. Bon c’est vrai, ils n’y pensent même pas. Mais au-delà des pitreries du premier secrétaire du PS, ce qui est sidérant, c’est la médiocrité des ambitions et des pratiques de la direction socialiste au regard de la gravité de la situation.

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Vos réactions

  • Sous ses rondeurs, physiques et morales, Hollande est un dictateur : les promesses sur lesquelles il s’est fait élire en 2012 sont à l’opposé de l’action du tandem Valls/Macron.
    Quelques petits frondeurs gentillets mis à part, l’ensemble du PS plébiscite ce virage à droite.
    Comment Cambadélis peut-il donc avoir le culot de demander à la gauche, la vraie, de pactiser avec cette nouvelle droite ?

    À trop donner corps au slogan "UMPS" de Marine Le Pen, le PS aura été le principal pourvoyeur du FN. Il est urgent que ce parti traitre éclate.

    Dans ma région, le FDG a choisi un tandem EELV/PCF comme candidat. Sans la garantie que ces deux partis ne soutiendront pas le candidat PS au second tour, ils n’auront pas ma voix.

    Jean-Marie Le 16 octobre 2015 à 09:38
       
    • Bien d accord avec vous,Jean- Marie . L article de Guillaume Liégeard est excellent,expliquant bien les termes du sujet,et avec humour en prime.
      L appel au prétendu "vote utile"est une vieille ficelle utilisée à l envi par un PS désossé de toute imagination.
      Tant qu on pouvait encore déceler de vagues traces de gauche dans ce parti,ça marchait bon an mal an.Et encore...
      Mais,maintenant,les choses sont claires:le PS se classe à droite DE FAIT,quoi qu il en dise.Il est prêt à faire de la retape d entre deux tours pour la droite(celle officiellement déclarée,avec qui il partage pratiquement toutes les "idées")au nom du "barrage au FN".

      Je redoute cette période d entre deux tours,où je crains de voir même la vraie gauche se discréditer et ruiner tout son travail par un appel de ce genre.Comme le dit Jean-Marie,ça se fera sans moi.Je n étais déjà pas tombé dans ce piège en 2002,alors aujourd hui...

      HLB Le 16 octobre 2015 à 10:24
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  • Bonjour tout le monde,
    il me semble qu’il faut remettre cette initiative dans un ensemble : campagne des candidats PS pour le vote PS dès le 1er tour, mattraquage médiatique contre le mouvement revendicatif, grossièreté médiatique contre JLMélenchon et d’autres responsables du FDG, création des "écolos" libéraux, promotion permanente du FN partout et tous les jours, etc...
    Ce référendum fera flop, c’est un non évènement type.
    Peut être est-il créé pour mobiliser, ou tenter de mobiliser les militants PS pour les régionales...Une opération enfumage en quelque sorte...
    Je crois aussi qu’il est le produit d’un secrétaire biberonné au magouilles d’appareils trotskystes, qu’il n’aura fait que ça toute sa vie et qu’il est dans son élément au PS.
    Filoche couvre l’aile "gauche", camba-délice l’aile du milieu et Macron l’aile droite. Elle est pas belle la vie d’un apparatchik ?
    Bon WE à tous.

    Pierre 93 Le 16 octobre 2015 à 15:56
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  • A gauche, il est l’heure de trancher le nœud gordien.

    La gauche n’est pas socialiste et les socialistes ( sauf un petit nombre) ne sont pas de gauche. Ils n’ont que des rêves libéraux.

    Alors rêve général et votons dans les composantes de la gauche que l’on nomme maintenant radicale. Ne jouons pas aux grecs et à Siriza, osons le vote qui nous porte vers une autre société, une société humaine pour des être humains.

    La Renaudie Le 16 octobre 2015 à 16:48
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  • Merci de garder un peu d’humour au milieu de cette énorme cagade ! Il faut rire de ces puissants d’un jour.
    Le mot référendum vient du latin referre-rapporter. Il faut rapporter le nombre de voix du référendum PS de ce weekend au nombre de voix obtenu par Hollande au second tour de la présidentielle de 2012 (avec un semblant d’unité de l’électorat de gauche contre Sarkozy).

    Donc
    200 mille voix en 2015
    à rapporter aux
    18.000.000 voix en 2012

    Il reste au PS macronisé environ 1% de la base électorale d’il y a trois ans.
    La défaite intégrale, annoncée et certaine du parti social-traitre PS s’exprime dans ce ratio.

    Goldwasser Le 16 octobre 2015 à 17:14
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  • bonjour,

    je ne sous estime pas ce "non évènement" au regard du glissement à droite de la société française.

    la fuite en avant du PS, fer de lance pour dérouler le tapis rose
    à F. Hollande pour la présidentielle est vouée à l’échec.

    le FN ne fait plus peur. en le dédiabolisant, ils ont fait son nid.
    alors agiter le chiffon rose du vote utile ne suffira pas à endiguer la vague bleue et brune dans notre pays.
    ce sont EUX qui sont responsables. pas la GAUCHE de combat
    pas la gauche humaine.

    fanfan Le 17 octobre 2015 à 09:33
       
    • Maintenant, une fois qu’on a bien disséqué le PS, ses turpitudes, son glissement, ses reniements, etc..., comment on résoud la difficulté de faire glisser "à gauche" ses électeurs les plus déçus, ceux qui ont gardé les valeurs de gauche et la conviction qu’on peut faire une autre politique en France et en Europe ?
      Pourquoi le FDG ne "ramasse" pas la mise ?
      Moi, je ne sais pas même si j’ai quelques idées.
      Pourquoi le formidable souffle de 2012 est retombé ?
      Moi franchement, ça me rend plus triste que colère.
      Et vous les intellos de gauche, vous en êtes où de l’analyse de ce blocage ?
      Bon, le samedi soir, c’est relache. Vous avez jusqu’à lundi pour rendre la copie.
      Je plaisante. Bon WE.

      PIErre93 Le 17 octobre 2015 à 19:59
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  • Pourquoi Marine Le Pen a-t-elle plus de succès que n’importe lequel des porte-voix de la gauche critique ?
    Cette question est bien plus importante et bien plus urgente que l’exposé, certes nécessaire, des mystifications et des trahisons du PS.
    À l’évidence, la dénonciation frontale de la Commission Européenne et de l’euro par Marine Le Pen a très tôt convaincu nos concitoyens, bien plus que les promesses d’une réforme de l’intérieur, trop longtemps la bible, entre autre, du Front de Gauche.
    Maintenant que ne sont plus qualifiés d’hérétiques, ou, pire encore, de soutiens non avoués ou inconscients du FN ceux et celles qui, sympathisants de la gauche critique, n’avaient pas attendu la confrontation de Syriza avec la Commision Européenne pour dénoncer l’euro, il serait grand temps que le Front de Gauche exprime clairement la nécessité de faire imploser cette Europe, non pas définitivement sur des bases nationalo-racistes comme le promet le FN, mais pour la reconstruire au service de l’humain.

    Ce ne sera pas facile car, pour l’heure, Marine Le Pen, adoubée de Florian Phillipot, a un coup d’avance aux yeux de ceux, nombreux, qui n’approfondissent pas trop la question.

    Jean-Marie Le 17 octobre 2015 à 21:19
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  • En défendant l’identité française,Marine Lepen,défend en apparence,les acquis sociaux ,hors pair,de l’état social français.
    Avant,le mouvement communiste faisait de même,mais depuis des années,il ne sait plus le faire.Pourtant,c’est ce mouvement communiste,ensembliste aujourd’hui,qui est à l’origine de ces acquis sociaux ,hors pair,de l’état social français.
    Comment expliquer une telle balourdise politique ?

    gislaine Le 18 octobre 2015 à 09:51
       
    • Gislaine,c est vrai qu on peut se poser la question.A mon avis,le tournant vient de l intelligence politique de Mitterrand,qui a réussi à faire passer le PS devant le PC,et à rendre ce dernier "dépendant"des voix PS.A partir de là ,la direction PC,dans sa majorité,a choisi(et continue de le faire)de coller au PS pour tenter de sauver quelques bastions...
      Le PC a quelque peu abandonné son rôle d avant garde de la gauche.Le FN,en apparence transformé,avec des dirigeants habiles comme Marine Le Pen ou Florian Philippot,a repris le flambeau abandonné,et apparaît maintenant comme LE défenseur des acquis sociaux,et LE pourfendeur de cette hideuse Europe des marchés.
      Evidemment,rien n est figé,des voix,au sein même du PC,s élèvent,appelant à rompre avec le PS(définitivement libéral,et même plus vaguement social)et à créer une VRAIE coalition de gauche.Mais celle ci n en est encore qu à ses balbutiements.Et souffre,à mon avis,de ne pas vouloir élargir sa base antilibérale et anti UE,et de ne pas être claire sur certains sujets brûlants mais encore tabou,comme le radicalisme religieux qui secoue l Islam,et menace la laïcité.

      HLB Le 18 octobre 2015 à 15:56
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    • Gislaine, les raisons sont simples :

      Tout d’abord le PCF s’est effondré pour des raisons internationales. Tous les pays où les communistes ont pris le pouvoir ont été des dictatures sanglantes, entrainant la misère pour les peuples. Même si le PCF n’y est pour rien, ça a lourdement contribué à sa chute.
      Ensuite le PCF est devenu internationaliste et immigrationiste au moment où une crise de l’emploi massif s’est développée en France (à partir de 1973/75).
      Ensuite, à partir des années 80, les socialistes qui ont créé SOS racisme, ont généré une fragmentation communautariste de la société française, ce qui a eu comme conséquences une dilution de la lutte des classes en lignes de fractures multiples : identitaire, religieuse, ethnique, sociologiques, territoriales, géographiques (les quartiers....), générationnelles (les jeunes ...)
      La France s’est transformée.
      Marine surf sur tout ça, là où d’autres vivent avec des concepts des années 60/70.

      totoLeGrand Le 18 octobre 2015 à 16:22
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