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Accueil > Politique | Entretien par Manuel Borras | 5 juillet 2016

Rémi Lefebvre : « L’exécutif veut faire l’économie du PS, voire s’en débarrasser »

Adeptes du 49.3 à l’Assemblée, les dirigeants socialistes ne semblent pas plus apprécier le débat au sein de leur propre parti. Un constat confirmé par l’annulation de l’université d’été par Jean-Christophe Cambadélis ? Entretien avec Rémi Lefebvre.

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Rémi Lefebvre est professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2, et chercheur au CERAPS. Spécialiste du Parti socialiste, il décrit son « autodestruction » en cours.

Regards. Il y a encore peu de temps, Jean-Christophe Cambadélis affirmait ne pas craindre les débordements en marge de l’université d’été du PS. Pourquoi ce soudain revirement ?

Rémi Lefebvre. Il y a d’abord eu le lobbying de la maire de Nantes contre l’organisation de cette université d’été, notamment en raison de ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes. Le PS est encore assez implanté dans la région Pays-de-la-Loire, où il conserve beaucoup d’élus. Cela a dû jouer. La deuxième raison est de l’ordre de la communication. Une université d’été marque la rentrée d’un parti politique. Entamer cette rentrée sur des images de contestation très forte du gouvernement, alors que la campagne des primaires va commencer, serait un mauvais signal envoyé. Cela a beaucoup pesé. Enfin, reste un point sur lequel je suis moins affirmatif : on a l’impression que Cambadélis souhaite complètement liquider le PS pour ne pas laisser de prise à la contestation interne. Il ne veut pas donner d’occasion aux frondeurs de se manifester à l’intérieur du parti. On semble être dans une stratégie d’effacement du parti. Il va y avoir des primaires aux contours flous, il n’y a pas d’université d’été… On a un peu l’impression que le parti se désagrège.

« Depuis 2012, le Parti socialiste a été complètement démonétisé, ses instances ont une vie léthargique, les militants s’en vont. Il n’est plus un lieu de débat. »

La proposition alternative d’universités régionales décentralisées s’inscrit-elle dans cette stratégie d’évitement de la contestation sociale et du débat interne ?

Cela ne mange pas de pain de dire que l’on va décentraliser les universités d’été. La plupart des fédérations organisent déjà ce genre d’événements. C’est donc une manière de botter en touche, de donner l’impression que le parti continue d’exister alors que, concrètement, il ne se passera rien de plus que d’habitude au sein des fédérations. De plus, il y a une telle démobilisation dans le parti que certaines fédérations risquent de ne même pas pouvoir organiser d’université.

Cette annulation marque-t-elle la fin du débat interne au sein PS ainsi que la prise de pouvoir de la "Belle alliance populaire" et de "Hé ho la gauche", noyau de soutien à François Hollande ?

Depuis 2012, le Parti socialiste a quelque peu été mis sur la touche, car vécu comme potentiellement encombrant, dans un scénario de contestation de la ligne du gouvernement. Il a été complètement démonétisé, ses instances ont une vie léthargique, les militants s’en vont. Le parti n’est plus un lieu de débat. C’est d’ailleurs pour cela que celui-ci s’est déplacé au Parlement, et les frondeurs avec. Il y a eu un Congrès à Poitiers en juin 2015, où ont été mises en avant un certain nombre de critiques du gouvernement qui n’ont pas du tout été entendues. Même le Congrès a fait l’objet d’un évitement. La suppression de l’université d’été et le déplacement du parti vers ces espèces de conglomérats disparates de petits partis et de micro-partis favorables à Hollande montrent que le discours de Cambadélis sur le « dépassement » du PS – expression dont il est très friand – est en fait un euphémisme pour parler de sa liquidation. Concrètement, aujourd’hui, l’exécutif veut faire l’économie du parti, voire s’en débarrasser.

« Si les frondeurs concourent et perdent à la primaire, ils devront appeler à voter pour Hollande et perdront toute légitimité »

Si la relative contestation interne se déplace du parti vers le Parlement, il reste tout de même l’échéance de la primaire. Les regards se tournent une nouvelle fois vers Martine Aubry…

Je vois mal Martine Aubry sortir du bois. Elle est embarrassée. Elle a dit à plusieurs reprises qu’il ne faut pas trop critiquer le président sortant, car elle est très légitimiste sur le plan institutionnel. Et puis, c’est compliqué pour elle : je pense qu’elle ne veut pas participer aux primaires, il n’y a pas énormément de candidats possibles, elle n’a pas une relation facile avec Arnaud Montebourg… Mon opinion à ce stade est que Martine Aubry ne va pas jouer de rôle important durant la primaire. Elle fait le calcul que, de toute façon, François Hollande va perdre, et que les débats se trancheront plus tard.

Êtes-vous aussi dubitatif sur la capacité d’alliance des "frondeurs" que vous l’étiez – à raison – avant le Congrès de Poitiers l’année dernière ?

Les frondeurs se trouvent dans une situation délicate. Ils ont une décision stratégique à prendre. Ou bien ils participent à une primaire qu’ils peuvent éventuellement gagner, à condition d’obtenir une inter-primaire ouverte avec beaucoup de bureaux de votes. Cela paraît très difficile à réaliser pour un parti complètement décomposé. Ou bien ils décident de ne pas y aller, en dénonçant des conditions de primaire ouverte non-remplies. Si jamais ils concourent et qu’ils perdent, ils seront neutralisés et devront appeler à voter pour Hollande. Ils auront alors perdu toute légitimité, car celle-ci prend sa source dans la critique de l’exécutif. De nombreux militants socialistes ont d’ailleurs du mal à accepter ce principe des primaires qui oblige les vaincus à soutenir le vainqueur.

« Valls est dans une stratégie de fracturation de la gauche, dont il exacerbe les différences entre composantes »

Permanences PS saccagées, ministres en déplacement hués et appels au boycott d’un côté, répression sauvage du mouvement social et crainte d’une « guérilla d’ultra-gauche » de l’autre… Comment les dirigeants socialistes considèrent-ils les attaques qu’ils subissent et leurs auteurs ?

Si les gouvernements de gauche réformiste ont toujours entraîné une contestation sur leur gauche – on l’a vu sous Mitterrand et sous Jospin – cette fois-ci, le rejet du PS se généralise, de façon inédite, à une frange plus large de la société, dont une partie n’a pas d’autre visée contestataire. Face à cela, les partitions des uns et des autres sont différentes. Manuel Valls joue clairement l’affrontement. C’est lui qui voulait interdire la manifestation du 23 juin. Il est dans une stratégie de fracturation de la gauche, dont il exacerbe les différences entre composantes. Il tend également vers la dissolution du PS. Ensuite vient l’option Cambadélis qui, en tant que leader de parti, a intérêt à réduire la contestation et lui coller une étiquette "radicalisée". Il parle d’éléments incontrôlables mus par une haine du PS, sans jeter le discrédit sur l’ensemble de la gauche – même s’il a quand même, de plus en plus, un discours de critique des appareils « radicalisés ». Mais il reste, en tant que leader du PS, une sorte de gardien de l’union de la gauche.

Comment interpréter l’attitude de François Hollande ?

On ne comprend pas trop… Je pense que son calcul est de ménager un peu la gauche, tout en ne faisant pas marche arrière afin de donner l’impression d’avoir une ligne directrice. Il est convaincu que la gauche du PS est atomisée, qu’elle ne peut pas vraiment le concurrencer et que, dans le même temps, la droitisation de la droite avec ces primaires va l’aider à se repositionner à gauche. C’est un calcul très incertain, dont on imagine mal qu’il le qualifierait pour le second tour.

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Vos réactions

  • En somme, le pronostic de Rémi Lefebvre, c’est l’implosion définitive du P"S".

    Ma foi, je n’ai rien contre. Je crois même que le plus tôt sera le mieux.

    hopfrog Le 5 juillet à 21:54
  •  
  • je pense que la résultante de la séquence 2014/2017 sera une refonte drastique de l’ensemble de la gauche du XXème siècle avec disparition du couple PS/PC, et l’apparition d’un large mouvement populaire, citoyen, écosocialiste et internationaliste,avec contrôle permanent des cadres et élus, rotation et révocation par la base, dans le cadre d’une 6ème République vraiment à l’écoute. Des aberrations du passé faisons table rase sans exclusion et avec conviction.

    rené-Michel Le 5 juillet à 23:19
  •  
  • Franchement ? On se contrefiche du ps et de ses frondeurs en peau de lapin. Leur fronde n’est rien de plus qu’un lance boulettes sans élastique.
    Pierre Laurent et Dartigolles itou.
    C’est le vieux monde qui défend ses privilèges et qui a conduit la démocratie et la gauche historique françaises dans un cul de sac.
    Il faut tout réinventer et vite.

    choucroute Le 6 juillet à 08:26
       
    • Globalement d’accord avec vous.

      Notre peuple est contre cette loi et les principes qui la sous-tendent. Et pourtant sa contestation est vaine et sans effet !

      Mais nos "dirigeants" de gauche, radicale ou pas, ne changent rien de leur pensées, de leurs systèmes d pensées et d’appréhension du réel. Ils continuent, ils continuent juste à s’opposer, à courir pour une place, mais rien de nouveau dans la construction de demain.

      Et tous ces gens contre, qui ne font que danser dans la rue en troupeau, mais continuent une vie d’esclave car ils ne veulent pas gérer les choses par eux-mêmes ; ils délèguent toujours tout. Ils lur faut toujours un messie, un homme providentiel.

      La Renaudie Le 6 juillet à 08:42
    •  
    • on atteint un concentré de betise et d’ineptie dans se cours post, pour gagner il faut rassembler c’est le ba a ba

      pagnoux Le 6 juillet à 11:33
    •  
    • @ pagnoux
      Rassembler, certainement, le tout étant de s’entendre sur ce que doit être ce rassemblement.
      J’ai eu l’occasion d’exprimer ma position sur cette question à l’occasion d’un autre article de Regards.
      Je vais sans doute me répéter, mais c’est pour la bonne cause.
      Si tout le monde est d’accord sur tout, pourquoi alors ne pas se réunir en un seul parti ?
      Si tout le monde est d’accord sur quelques points, quid des points de divergences qui sont souvent profonds ?
      Si tout le monde n’est d’accord que sur quelques points comment constituer une majorité homogène ?
      La démarche proposée par JL Mélenchon est d’une toute autre nature car elle vise à rassembler en transcendant les divisions structurelles de la gauche. Le programme est réfléchi collectivement et fera l’objet d’un vote des participants à la plateforme JLM2017 au courant de l’automne. Il deviendra la programme défendu par le porte parole lors de la présidentielle et surtout par tous les candidats à la législative. Un programme partagé et accepté par tous, c’est quand même autre chose qu’un constat de convergence sur quelques points subsidiaires, non ? C’est me semble t’il la base d’un rassemblement crédible. Une rupture d’avec les tripatouillages électoralistes qui ne font que renforcer le rejet déjà bien trop profond "des politiques" exprimé par l’abstention de nos concitoyens.

      choucroute Le 6 juillet à 13:38
  •  
  • Se rassembler pur créer des entreprises sur le modele de coopérative ouvrière, sinon se rassembler pour que faire ? se regarder le nombril, penser et crier qu’on est les meilleurs ?

    On a rien à attendre des journalistes et de beaucoup de politiques. Comme à paris au nom de je ne sais quel idéeal, s’allier aux socialiste pour qu’ils nous mettent encore et encore du 49.3 bien libéral ?

    La Renaudie Le 6 juillet à 11:52
  •  
  • Toujours les mêmes messes. Avant c ’était à bas le PS, aprés a bas les dissidents du PG, aprés a bas le PCF, pouarf, quelle misère d’argumentation à Gauche. La gauche la plus bête du monde.

    Vous n’étiez pas content avec le PS (ceci dit , sa dernière loi Komry, c ’est du moche) vous allez vous taper du Juppé, ou voter du Melenchon, c ’est pareil. Gauche désunie = Droite au pouvoir.

    Pouarf, quelle misère.

    bdpif Le 6 juillet à 13:54
       
    • 1. Qui espérez-vous enfumer ? Avec Hollande, Valls, El Khomri et le reste du P"S", la droite est déjà au pouvoir, c’est clair pour tout le monde. Même ceux qui prétendent le contraire savent bien que c’est vrai.

      2. Comment, et sur quels objectifs, la gauche radicale pourrait-elle s’unir avec le P"S", avec lequel elle est en désaccord complet et violent ? Cette "union de la gauche" que vous prêchez, c’est tout simplement une contradiction dans les termes.

      3. Que les postes et les prébendes aillent aux caciques du P"S" ou bien à ceux de LR, la "France d’en bas" s’en fout bien, pour elle ça ne fait pas la moindre différence. Il faudrait tout de même qu’un jour vous arriviez à comprendre ça.

      hopfrog Le 6 juillet à 15:30
  •  
  • @Hopfrog

    Un peu de correction, je vous prie.
    L’agressivité, les pro melenchons, on les reconnait à cà.

    1. Vous mentez et vous le savez très bien. Si PS= DROITE, alors, vu que PCF= Allié avec PS, PCF = Droite aussi. Pour vous Melenchon = Seul représentant de la gauche. Donc Melenchon faisant les mêmes scores qu’en 2012. Et qu’il fera environ 10 %, Pour vous, les electeurs de gauche , décus que le PS soit de droite iront directement voter à droite et donc 90 % de la population est passé a droite Vous nous prenez pour des andouilles

    2. Vous etes en désaccord violent avec tout le monde. Impossible de s’allier avec vous. Et puis vous n’etes pas la gauche radicale, La gauche radicale, c ’est le PCF, vous les insoumis vous etes hors parti politique. Donc vous n’etes pas la gauche

    3 Pour vous, que les postes aillent au PS, ou a LR, ne vous fais aucune différence. C ’est parce que vous ne faites pas partie de la France d’en bas, tout simplement.

    Sortez vos affirmations à qui vous voulez, personne ne vous croit. Mais de toute facon, vous ne faites que sortir des messes, toujours casser les autres et aucunes trace de votre programme, ha si l’humain d’abord, mais vous l’avez fait avec les communistes, et manque de chance, vous leur cassez du sucre désormais.

    bdpif Le 6 juillet à 16:44
       
    • @bdpif
      A part dire que les autres vont se planter, que proposez vous au juste ?

      Je n’arrive pas à le savoir en vous lisant. Merci de m’éclairer.

      Mackno Le 7 juillet à 19:03
  •  
  • @bdpif Tout ça, le PS, le PC, Europe écolo...c’est du passé politicien compromis jusqu’au trognon. Maintenant il faut construire, affronter sans compromis, sans attendre l’Europe, le TAFTA, la finance, les politicards de tous bords, la mediacratie et remettre en mouvement les abstentionnistes, les laissés pour compte, tous les cocus de l’histoire !

    René-Michel Le 6 juillet à 20:02
       
    • Mais non, ils sont pas tous compromis jusqu’au trognon. Dans tout les partis quels qu’il soit, de droite comme de gauche il y a des corrompus, l’être humain n’est pas universellement identique. Mais enfin, impréssion personelle, il y a plus de corrompus à droite qu’à gauche.

      bdpif Le 6 juillet à 20:54
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  • je ne crois aucunement à la thèse " naïve" selon moi de la liquidation du PS mais simplement à son repositionnement à l’image du SPD Allemand et de ses cousins en Italie, Espagne...
    Hollande comme Walls et consorts savent pertinemment que le jeux politique actuel nécessite une organisation politique et une machine électorale avec un réseau d’élus et de collaborateurs indispensables au quadrillage territorial et permettant de disposer de relais à tous les niveaux institutionnels (local au niveau des mairies et métropoles /départemental /régional/ national au parlement). Bref un vrai parti Démocrate au service de leurs thèses libérales et jouant l’alternance avec leur cousin "les républicains"

    centuri Le 10 juillet à 16:12
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  • On a le monde que l’on mérite avec les politiciens que l’on mérite.....de simples hommes comme les autres avec leurs faiblesses, c’est pourquoi nous n’avons pas d’autres solutions que de les mettre dehors pour réecrire nos lois constitutionnelles et insaller une transparence sans faille.....Le monde de nos enfants va être, comment on dit déjà......à oui......Chouette !!

    rolland Le 18 juillet à 18:45
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