photo cc Niccolò Caranti
Accueil > Monde | Par Guillaume Liégard | 8 juin 2016

Renzi plus populaire en France qu’en Italie

Modèle de dirigeant réformiste et moderne cité ici en exemple pour sa politique "courageuse", le président du Conseil italien vient de subir un revers électoral, tandis que son parti ploie sous les affaires de corruption.

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Matteo Renzi est le social-démocrate européen à la mode, celui qu’à tout propos, on cite pour son modernisme, ses capacités à réformer le pays voire ses résultats économiques. Les prouesses supposées du président du conseil des ministres laissent pourtant dubitatif : en un an, le taux de chômage italien a certes baissé de 12,2% à 11,5% mais cela demeure 1,3% de plus qu’en France, pas vraiment une référence. Dans un pays où le taux de fécondité vient de remonter à 1,36 enfant par femme et où le taux d’activité atteint tout juste 60% (contre 70% en France) le résultat semble donc bien modeste.

Lire aussi : "Contre le chômage, un absurde pacte de précarité"

Mais ce qui anime, enflamme éditorialistes économiques et derniers socialistes à soutenir le gouvernement Valls, c’est que ce résultat serait le produit des réformes « courageuses » sur le code du travail, le Job act à l’italienne. Un article publié sur le site de La Tribune (quotidien des affaires qui peut difficilement passer pour le supplément éco de la CGT) montre qu’il n’en est rien et que la principale raison de la petite décrue du chômage provient des grasses subventions à l’emploi. Qu’importe, en stéréo et en multi-rediffusions le succès italien est mis en avant.

Renzi désavoué dans les urnes

Si l’action de Matteo Renzi recueille nombre de lauriers dans les milieux politico-médiatiques français, le citoyen italien, premier concerné, semble nettement moins convaincu si l’on en juge par les résultats du premier tour des élections municipales le 5 Juin. À Rome, la coalition menée par le Parti démocrate passe ainsi de 42,6% aux élections de 2013 à 24,87% soit une chute de 18%. Dans le même temps, la candidate issue du Mouvement cinq étoiles (M5S) triple le score de son parti et arrive largement en tête avec 35,25% contre 12,4% aux précédentes élections. Le mouvement populiste de Bepe Grillo est donc en passe de remporter une victoire majeure dans la péninsule italienne.

Les mauvais résultats ne se résument pas à la capitale italienne. À Turin, le sortant du PD, confronté là aussi à un second tour face au M5S est loin d’avoir course gagnée. Le parti de Matteo Renzi pourrait aussi être défait à Milan voire à Bologne face à la droite, il est d’ores et déjà éliminé à Naples. Dans cette dernière ville, c’est l’ancien procureur Luigi de Magistris, candidat indépendant, qui devrait être confortablement réélu.

La situation paraît bien compliquée pour le sémillant président du Conseil avant le référendum constitutionnel d’octobre 2016. Il a en effet lié son sort à la réussite de cette consultation qui doit réformer les institutions italiennes (et notamment sonner la fin du bicamérisme intégral). Outre le mécontentement contre sa politique très libérale, Matteo Renzi est aussi confronté à des affaires en cascade au sein du Parti démocratique.

Un parti miné par la corruption

Selon l’ONG, Transparency International, l’Italie est le deuxième pays le plus corrompu de l’Union européenne, tout juste dépassée par la Bulgarie. La situation est telle que le président de l’Association nationale des magistrats (ANM), Piercamillo Davigo, l’a déclarée « pire qu’en 1993, précisant : « Les responsables politiques n’ont pas cessé de voler l’argent public, mais ils ont cessé d’en avoir honte. Autrefois, ils volaient pour financer les partis, aujourd’hui, c’est pour s’enrichir ». L’homme, ancien magistrat de l’opération "mains propres" au milieu des années 1990, sait de quoi il parle.

Certes, la corruption ne concerne pas que la formation du premier ministre et touche de manière endémique peu ou prou l’ensemble des grandes formations italiennes. Mais Matteo Renzi n’est pas seulement le président du Conseil, il est aussi secrétaire général de son parti. Ces derniers mois, les affaires concernant des édiles du Parti démocrate se sont multipliées. En avril, Matteo Renzi avait dû se séparer de sa ministre du Développement industriel, ancienne présidente des Jeunes entrepreneurs (lui aussi, il aime l’entreprise), mouillée dans une affaire de trafic d’influence. Dans cette même affaire, la numéro 2 du gouvernement, Maria Elena Boschi – ministre des Réformes constitutionnelles et des Relations avec le Parlement – a été mise en cause et pourrait être inculpée. Au moins de mai, un élu PD de Syracuse en Sicile a été trouvé avec vingt kilos de haschich dans ses bagages. Et les arrestations pour des marchés publics truqués sont légion.

Lire aussi : "Le double discours de Matteo Renzi"

Au mois de mai 2015, Manuel Valls et Matteo Renzi avaient été réunis dans un show médiatique. Quand la journaliste avait fait remarquer au président du Conseil qu’il était réputé mener des réformes de droite sur le travail, le premier ministre français avait déclaré « bienvenue au club ». Ici comme chez nos voisins transalpins, la faillite de la social-démocratie européenne, tout à ses politiques libérales, se traduit par la montée en puissance d’un populisme réactionnaire. Jusqu’à quand ?

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  • Après Blair, Schröder, Zapatero qui se sont appliqués, avec tout le zèle des frais convertis, à mettre en coupe réglée les peuples européens dans la tenaille néolibérale, c’est une bonne nouvelle que renzi et macron deviennent impopulaires.
    Par contre attention ! car les dominants préfèreront toujours un gouvernement "populiste" de droite à un mouvement "populiste" de gauche, elle sait faire la différence, elle.
    Tous les médias adorent faire l’amalgame (par exemple le pen = Mélenchon, Chavez= pinochet) mais la grande bourgeoisie qui contrôle ces médias choisira TOUJOURS la droite dure en temps de mouvement social, même si elle adore les sociaux démocrates à la hollande quand la crise est passée..

    Arouna Le 8 juin à 08:46
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  • La catastrophe politique en Italie, c’est que le socle de la gauche sociale a été complètement dilapidé d’une part par le reniement et la mutation du PCI en PD. D’autre part, par les atermoiements de Rifondazione et autres qui n’ont pas su créer un véritable mouvement alternatif. Résultat : c’est le m5 qui capitalise le mécontentement. Ce mouvement attrape-tout n’est pas vraiment de gauche quand on songe par exemple que la nouvelle potentielle maire de Rome souhaite voir "réduire la bureaucratie", programme qui cache souvent une réduction des services publics. La lutte contre la corruption ne peut tenir lieu de politique. En fait, le PCF en France ne sait pas tirer les leçons de cela parce que à l’instar de Rifondazione il demeure identitaire et partidaire, incapable de prôner autre chose qu’un ralliement à ses élus sous couvert de "rassemblement". L’identitaire du PCF est désastreuse pour le communisme au sens de K. Marx "mouvement qui dépasse l’état actuel". Le PCF n’a rien de vraiment communiste en réalité, parce que le communisme vis au contraire à s’appuyer sur le réel et non pas à défendre un musée ou une identité.

    Julien Le 8 juin à 17:13
       
    • Comparaison n’est pas raison

      pagnoux Le 9 juin à 00:42
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    • @pagnoux,
      Une question qui montre la nécessité d’une refondation de la gauche de gauche, aujourd’hui : citez moi un exemple de situation où un parti communiste EN TANT QUE TEL est parvenu - dans le monde - au pouvoir par la voie des urnes, depuis disons 1920 ? Si la réponse est "non", c’est que l’identitaire et le partidaire sont d’autant plus une voie sans issue qu’il n’ y a plus de bloc de l’Est. La refondation est une nécessité, et la stratégie vis à vis du réel doit l’emporter sur les postures identitaires.

      julien Le 9 juin à 20:24
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