photo cc Podemos
Accueil > Monde | Par Francis Viguié | 22 septembre 2017

Respect du "droit de décider" pour le peuple catalan

En basculant dans la répression du mouvement indépendantiste catalan, l’Espagne d’un PP réactionnaire et d’un PSOE pusillanime entre dans une grave de régime.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’État espagnol a peu de choses à voir avec l’État français. La question nationale y est bien présente et depuis bien longtemps. La Catalogne, le Pays basque, la Galice ont une langue, une culture, le franquisme a bien essayé d’interdire et d’éradiquer leur langue, de les "espagnoliser", mais sans y parvenir. La transition, à la suite de la mort du dictateur Franco, a établi un régime des autonomies, mais n’a pas réglé la question. C’est d’ailleurs ce régime issu de la transition qui est en crise dans l’Espagne d’aujourd’hui.

Du catalanisme culturel à l’indépendantisme

En 2006, la Catalogne se dote d’un nouveau statut d’autonomie. Ce statut sera adopté après négociation aux parlements espagnol et catalan, il sera même validé par un referendum catalan. Malgré cette double approbation, le Parti populaire (droite) engage un recours juridique au Tribunal constitutionnel. Pour celui-ci, le nouveau statut est non conforme à la constitution espagnole en raison de la référence à une nation, à une justice autonome et à la fiscalité. Le nouveau statut est, en conséquence, vidé de son contenu et de son sens.

Le 10 Juillet 2010, une manifestation d’un million de personnes défile avec pour mot d’ordre "Nous sommes une nation, nous décidons" C’est le début d’un nouveau cycle de mobilisation. C’est aussi une rupture avec le parti de l’époque de la bourgeoisie catalane, Convergencia i Unio. Ce parti, tout comme le PNV basque, a servi de supplétif, depuis la Transition, aux gouvernements du PP ou du PSOE. Pour quelques avantages, il permettait le passage de certaines lois ou du budget. Il en va de même avec ERC, parti historique, qui est une sorte de formation social-démocratie catalane.

Ces deux partis de masse et de gouvernement comprennent alors que le PP ferme définitivement la porte à toute évolution. D’un catalanisme culturel et autonomiste, ils passent à l’indépendantisme. Cela s’accompagne aussi d’un discours sur les mesures d’austérité – mises en place en Catalogne comme imposées par Madrid à la Generalitat (gouvernement catalan).

Trois camps constitués

Le 1er octobre 2017, un nouveau référendum est convoqué. La question posée est celle-ci : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une République ? » 80% des Catalans sont favorables à un referendum sur le "droit à décider", ce qui ne veut pas dire que 80% sont pour l’indépendance.

Dès l’annonce du référendum, du côté des partis trois camps se constituent :
 les indépendantistes du gouvernement catalan (PDCat et ERC) et la CUP ;
 les défenseurs du referendum négocié et avec garanties comme en Écosse – nous trouvons là Podemos et le parti d’Ada Colau, maire de Barcelone ;
 les défenseurs de l’Espagne avec le PP, Ciudadanos et le PSOE.

Les deux premiers vont se retrouver à différents moments. Ainsi, au Parlement catalan, les partis indépendantistes voteront la motion soutenant le referendum négocié. Mais les deux acteurs principaux de l’affrontement à venir vont être le gouvernement du Parti Populaire et les partis indépendantistes.

Le Parti populaire a refusé totalement d’entendre le peuple catalan. Il a déclaré le referendum illégal et porté au Tribunal constitutionnel toutes les décisions du Parlement ou du gouvernement catalan. Si, pour le PP, il y a en héritage l’Espagne indivisible de Franco, nous ne devons pas oublier le roi parmi les puissants pouvoirs locaux. La revendication catalane est républicaine, c’est à dire sans le roi ! La royauté est un des piliers de la transition et perdre la Catalogne est impensable pour elle.

Marginalisation des solutions de compromis

Pourtant, des possibilités de discussion et d’évolution de la constitution peuvent exister, tout en sachant qu’elles constitueront une rupture avec le transition et la royauté. Dans un pays comme l’Espagne, où cohabitent plusieurs pays et plusieurs langues, pourquoi ne pas envisager un État fédéral ou une confédération ? Pourquoi tout simplement ne pas accorder aux Catalans les mêmes droits qu’aux Basques ? Le gouvernement basque prélève l’impôt et ensuite reverse un quota à Madrid ; en Catalogne, c’est l’État espagnol qui prélève et reverse ensuite à la Generalitat.

Par exemple aussi, Catalunya en Comu, le parti d’Ada Colau se prononce pour « une république catalane dans une confédération espagnole ». Le choix du gouvernement du PP est tout autre, c’est celui de l’immobilisme et de la répression.

Les partis mobilisés pour un referendum négocié ou un changement de la Constitution sont marginalisés. Comment avancer sur un référendum négocié avec garanties quand le PP, Ciudadanos et le PSOE ne veulent pas en entendre parler ? Ces trois partis représentent 70% du Parlement espagnol. De l’autre côté, les partis indépendantistes sont dans la rupture avec l’Espagne. Le PP soutenu par Ciudadanos et le PSOE a fait le choix de l’escalade répressive.

Le droit à décider ou droit à l’autodétermination est un droit démocratique. Il est même reconnu par les Nations unies, il s’est appliqué en différents endroits du globe, comme en Écosse dernièrement.

Un saut dans la politique répressive

Les signes de soutien au référendum, malgré toutes les décisions du gouvernement espagnol, ne faiblissent pas. Le 11 septembre 2017, un million de personnes manifestent à nouveau dans Barcelone pour soutenir le référendum. 700 Maires sur les 900 organisent la consultation malgré les menaces judiciaires. Alors que la répression a commencé, le 18 septembre El Diario publié une enquête indiquant que 60% des Catalans avaient décidé d’aller voter malgré l’interdiction.

Au moment où nous écrivons cet article, le PP vient de franchir un saut qualitatif dans sa politique répressive. À travers une sorte de coup d’État, il a établi un régime d’exception en Catalogne. La Guardia civil, corps de l’État espagnol dépendant du ministère des Armées, est entrée dans les bâtiments publics à la recherche du matériel électoral. Elle est restée une journée entière devant ces bâtiments, le local de la CUP a été encerclé.

Quatorze représentants de la Generalitat ont été arrêtés, les amendes de milliers d’euros tombent, des blogs et des sites Internet sont fermés... Les finances de la Catalogne sont mises sous tutelle, il s’agit là de fait d’une suspension de l’autonomie ! Une première vague de quarante maires organisateurs ont été trainés devant les tribunaux. Des meetings ont été interdits sur tout le territoire espagnol…

Le PP héritier du franquisme, le PSOE prisonnier de ses lâchetés

L’héritage franquiste du PP est bien réel. Ce parti, après la transition, a recyclé tous les militants franquistes et leurs familles. Nous sommes maintenant entrés, d’ici au 1er octobre, dans une situation très imprévisible. La politique de répression policière et juridique du PP est en train d’enterrer toute possibilité de troisième voie comme celle de la fédération ou d’une confédération. Le PP vient de le démontrer à grande échelle : l’alternative est soit "la grande Espagne", soit la république catalane indépendante. Ce choix est plus que jamais une réalité.

Si, du PP, nous connaissons bien l’histoire et la loyauté au franquisme, la lâcheté du PSOE est terrible. Podemos, pas très à l’aise avec le référendum catalan, a proposé une motion de censure pour faire tomber le gouvernement de Rajoy. Effectivement, l’addition des voix des députés de Unidos Podemos, du PSOE et de ERC serait majoritaire au Parlement. Mais le PSOE reste aux abonnés absents et refuse de s’engager sur une motion de censure. Souvenons-nous que le PP est au gouvernement grâce à l’abstention des députés du PSOE…

Une question se pose sérieusement : ce qui peut apparaître comme une victoire policière ne va-t-il pas se transformer en défaite politique ? Nous ne pouvons que le souhaiter. Une vague de solidarité commence à se construire à travers de nombreuses manifestations dans tout l’État espagnol, la mobilisation de la jeunesse catalane en est un signe.

Nous ne pouvons que renforcer notre soutien au droit à décider et au rejet de la politique répressive et judiciaire du gouvernement Rajoy. La tenue d’un referendum massif serait une victoire contre le gouvernement et le PP. Les jours qui viennent vont compter et nous entrons dans une zone de tous les dangers. Une crise majeure est ouverte dans un des pays clés de l’UE, il serait irresponsable de rester spectateurs.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?