Accueil > Politique | Par Émile Carme | 7 avril 2016

Rossignol encore accrochée à sa branche

Il y a une semaine, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, compara les musulmanes qui portent le foulard à des « nègres » favorables à leur condition d’esclave. Les voix se multiplient pour exiger sa démission.

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Tout a commencé lors de l’émission "Bourdin direct" (RMC et BFMTV), mercredi 30 mars dernier. Le sujet abordé ? La mise en vente, par de grandes enseignes de la mode, de vêtements musulmans – du maillot de bain intégral au foulard. Laurence Rossignol y fait entendre son indignation : pareille entreprise tend à légitimer l’enfermement du corps des femmes. Le présentateur objecte pourtant que certaines d’entre elles « choisissent » de porter le voile ; la ministre rétorque : « Mais bien sûr, il y a des femmes qui choisissent. Il y avait des nègres afri..., des nègres américains qui étaient pour l’esclavage ».

Tollé immédiat sur les réseaux sociaux : le mot d’ordre #RossignolDemission fleurit sur Twitter et une pétition interpelle François Hollande ainsi que le CSA afin d’exiger que la ministre soit « sanctionnée pour ses propos racistes ». Hawa N’Dongo, étudiante en master de Science politique, en est l’instigatrice – en date du 6 avril, la pétition affiche près de 34.000 signatures. « Quelle ironie pour un membre de ce même gouvernement qui a lancé la campagne #TousUnisContreLaHaine ! Y incluait-il le racisme de ses propres ministres ? », demande-t-elle.

Laurence Rossignol – liée à la création, en 1984, de l’association SOS Racisme – ne tarde pas à s’expliquer, sans toutefois trouver dans lesdits propos matière à excuses ou amendements : le terme "nègre" fait à ses yeux référence à l’un des chapitres du traité De l’esprit des lois, paru en 1748 sous la plume de Montesquieu. Il n’y a dès lors, jure-t-elle, « pas de provocation de [s]a part ni de volonté de choquer ». Une improbable ligne de défense. Passée plus inaperçue, quoique dans la même interview, la formule « franco-musulmans » employée par la ministre socialiste a de quoi déconcerter : on ne sache pas que "musulman" soit devenu une nationalité.

« Verdun sur les réseaux sociaux »

Si certains, comme Edwy Plenel ou l’historien François Durpaire, condamnent sans louvoyer la déclaration de Laurence Rossignol (« Comment oser dire ça, qui plus est dans un pays qui, lui-même, a pratiqué l’esclavage », lance le directeur de Mediapart), d’autres, à l’instar du Printemps républicain ou d’Élisabeth Badinter, déplorent un mot seulement « choquant » ou « malheureux ». Les précautions passées, le nouveau mouvement porté par le politologue Laurent Bouvet salue « le caractère juste et courageux du propos » et la présidente du conseil de surveillance de Publicis, également philosophe, assure que la ministre « a parfaitement raison sur le fond ». Autrement dit : sur la question du port du foulard et de son lien avec l’islamisme.

L’Obs trouve pour sa part cette sortie « inutile » mais ne manque pas, tout à sa sagesse, de s’interroger : « Méritait-elle pour autant tout ce qui a suivi. Verdun sur les réseaux sociaux. Une journée entière de schrapnel en rase-motte où on a tout vu passer, les ululements railleurs et les cris d’orfraie, du grand n’importe quoi en rafale, de l’instrumentalisation politique à foison et même des appels à la démission. » Et l’intervention de Jean-Luc Mélenchon de surprendre ou de scandaliser : il affirme que Laurence Rossignol, qu’il connaît personnellement, ne saurait être raciste ; il ne s’agit que d’une « erreur de vocabulaire ». Avant de compléter : « Refuser d’accabler quelqu’un par confort de situation, quand on sait la vérité par intime conviction, fusse au prix de la lutte contre ses propres amis, est une règle de vie morale »

« Racisme d’État »

Samedi 2 avril, porte de Versailles, à 15 heures. Une dizaine de personnes avance au pied de l’immeuble. Une demi-heure plus tard, on en dénombre environ soixante-dix. La présence policière s’accentue ; un cordon bloque l’accès au hall. Plusieurs associations et organisations militantes – la Brigade anti-négrophobie, Les Indivisibles, Cases Rebelles, Ferguson in Paris, le CRAN, etc. – ont appelé à cette manifestation : « Nous exigeons la démission de la ministre, dont les propos sont à la fois négrophobes, islamophobes et sexistes » Ils reprochent également à Jean-Jacques Bourdin son silence complice. Un membre de la Brigade anti-négrophobie s’empare d’un mégaphone et cible « le racisme d’État », qu’il tient à dissocier du peuple français et des individus qui le composent : il s’agit là d’un problème « structurel » et non simplement moral.

L’historien Claude Ribbe, auteur du Diable noir, s’élève avec vigueur contre l’idée que des esclaves noirs aient pu consentir à leur calvaire. La tension monte, tout de go, lorsqu’un agent de police se met à rire – un membre de la Brigade exige des explications ; deux agents lui donnent l’ordre de reculer ; un autre sort sa bombe lacrymogène. « Rossignol, démission ! », entend-on, scandé en chœur. La pression redescend – non sans humour, les manifestants feront même applaudir les forces de l’ordre pour leur retenue : personne n’a été interpellé. Une réussite, pour ces derniers : Jean-Jacques Bourdin en recevra deux d’entre eux pour un droit de réponse, en direct, le lundi 4 avril. Le lendemain, le parti Ensemble ! appellera à son tour à la démission de la ministre.

« Ce n’est pas un "dérapage" »

Nous interrogeons Almamy Kanouté, présent sur place et, par ailleurs, porte-parole du mouvement politique Émergence. « Cette affaire me rappelle celle de Guerlain, lorsqu’il a dit, en 2012, que les "nègres" n’ont sans doute jamais vraiment "travaillé". C’est une nouvelle démonstration du racisme : l’usage de ce mot est peut-être inconscient de la part de Madame Rossignol, mais lorsque l’on appartient à un gouvernement, on doit faire attention au vocabulaire que l’on emploie – surtout lorsqu’il peut heurter une partie des Français. » Qu’a-t-il pensé de la justification de la ministre ? « Montesquieu ? Nous sommes en 2016. Sur la question de l’esclavage, la France a encore du mal à regarder son histoire en face : je comprends donc assez bien pourquoi ses propos n’ont pas provoqué d’émoi général au sein de la classe politique. Certaines voix, plus ou moins médiatiques, ont voulu s’abriter derrière la négritude revendiquée par Aimé Césaire : cela n’a rien à voir. Les tenants de cette pensée philosophique étaient légitimes. »

En plus du mot "nègre", Kanouté dénonce la comparaison historique qu’elle établit et le regard porté sur le foulard – comme s’il fallait, encore et toujours, nier à celles qui entendent s’en parer leur subjectivité, leur liberté et leur capacité autonome de réflexion. Il poursuit : « Tout le monde parle d’un "dérapage" : ce n’en est pourtant pas un. Rien ne sert d’éponger ses propos, comme le fait Jean-Luc Mélenchon, ou de mettre un peu d’eau dans ce concentré de racisme exprimé avec tant d’aisance. Imaginez qu’elle ait comparé le foulard aux détenus "volontaires" de camps de concentration ! Imaginez qu’une personnalité de droite ou d’extrême droite ait déclaré la même chose : toute la gauche bien-pensante aurait sauté sur l’occasion pour désigner "les méchants" ! » Et s’il refuse de faire de Laurence Rossignol un cas singulier, il estime toutefois que sa démission serait souhaitable – ne serait-ce que sur un plan « symbolique ».

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Vos réactions

  • L. Rossignol doit assumer les mots qu’elle a choisit d’employer. Assimiler une coutume religieuse même ostentatoire à l’esclavage est sans doute dans l’air du temps vallsien. Bien d’autres religions possèdent leur code vestimentaire. Sauf à considérer que tous ceux qui suivent ces codes sont des esclaves volontaires, il faut bien admettre que cette déclaration est au mieux absurde. Je ne crois pas que l’emploi de ces mots soient accidentelles. Elle relève de la volonté de déplacer une nouvelle fois le débat public sur un terrain passionnel.
    On veut nous refaire le coup de la viande hallal pour polluer le débat à un moment ou le mouvement social et politique est en pleine ébullition.
    Jean-Luc Mélenchon se place sur le terrain de l’éthique en affirmant que M.Rossignol n’est pas raciste. Ce n’est pas la question.
    Elle fait de la politique, de la mauvaise.

    choucroute Le 7 avril à 08:01
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  • Savez-vous que les américains ont réédité les livres de Mark Twain sans le mot "nègre" ? Quelle honte !
    Chez moi trainait un livre qui s’appelait "L’art nègre" et il en existe encore beaucoup comme ça aujourd’hui.
    Je préfèrerais cent mille fois que l’on utilise le mot "nègre" à la place de l’hypocrite "black" !
    Souvenez-vous de Lenny Bruce, comique juif américain, repris par Guy Bedos : « je répéterai nègre, nègre, nègre jusqu’à ce que ce mot soit totalement vidé de son sens et que plus jamais aucun enfant noir ne pleure en l’entendant dans la cour de l’école. »
    Donc, 40 ans après, on ne l’a pas encore assez répété !

    Alain Le 7 avril à 13:36
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  • Encore une fois lorsque le sage montre la lune noire de l islamisme culturel et politique la gauche bobo munichoise et identitaire regarde le doigt !

    Regards j ai bien fait de me désabonner !

    ANTONIN STORA Le 8 avril à 17:38
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  • Que subissent et qu’ont subi les femmes non voilées dans des pays où l’extrême droite intégriste et islamiste contrôle un pays ou des zones du pays. D’excellents auteurs musulmans l’ont raconté, souvent assassinés par les commandos terroristes depuis.

    Momo Le 8 avril à 19:56
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  • Madame Rossignol vient aussi de faire voter une loi de pénalisation des clients de prostituées.
    Désormais, les hommes qui ont recours à ces services risques 1500 Euros à 3800 Euros en cas de récidive.
    Cette loi n’atteindra pas les très riches. C’est juste une loi contre les hommes pauvres, solitaires et dépressifs.
    Pendant ce temps les proxénètes sont tranquilles.
    Les filles ne seront lus contrôlées, on ne pourra donc pas remonter jusqu’à eux.
    Encore une loi curieuse pour un gouvernement dit de gauche.
    Mais aucun article de Regards sur le sujet ?

    A mi-mots Le 10 avril à 07:07
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