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Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 3 mars 2015

Sarkozy, une "alternative" sans projet

L’ancien président de la République vient d’accorder un long entretien au Figaro qui permet d’en savoir un peu plus sur la stratégie qu’il entend conduire jusqu’en 2017. Une stratégie subtile, mais qui ne cache pas l’absence d’un projet politique.

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À deux ans de l’échéance présidentielle, Nicolas Sarkozy continue d’occuper l’espace politique, en choisissant avec soin ses terrains. De ce point de vue, une interview dans Le Figaro lui offrait un certain confort. Sous le titre "Il y a une politique alternative", son propos indique la poursuite de trois objectifs principaux.

Premier objectif : reconquérir le leadership de l’opposition

Cette position lui est fortement contestée par Marine Le Pen. Il tente une offensive en trois temps. D’abord, tonner le plus fort contre le pouvoir et chercher à engranger le mécontentement. « Je dis à tous ceux qui sont ulcérés par le comportement et la politique de M. Hollande, par ses impôts et ses mensonges : vous avez le pouvoir d’adresser un carton rouge en votant contre le pouvoir socialiste. C’est le moment de le faire ! »

Ensuite, détourner l’accusateur et ravageur "UMPS", et tenter de démontrer la collusion du FN et du PS : « Voter pour le FN au premier tour, c’est faire gagner la gauche au second. C’est le FNPS ! Voter pour l’UMP n’a jamais, en revanche, fait gagner la gauche. Voter FN, si. La seule réalité électorale, c’est le FNPS. »

Enfin, s’afficher comme le seul crédible pour faire les réformes qui s’imposent. L’axe de son discours est franchement libéral : « Il nous faudra engager ni plus ni moins une révolution des esprits, débarrassée de tous les dogmes, afin de mettre l’entreprise, quelle que soit sa taille et dans toutes ses dimensions, au centre de toutes les décisions économiques du gouvernement. »

Deuxième objectif : surfer sur la droitisation du PS

Sarkozy attaque les socialistes sur leur incapacité à réformer. Techniquement, en rappelant l’impossibilité d’utiliser le 49.3 avant le 1er Juillet et donc de faire passer une réforme contre sa gauche. Sur le fond, en critiquant la vacuité de la politique socialiste – pourtant placée sous les auspices de l’entreprise aimée, et des déficits jugulés.

« Les chefs d’entreprise ont besoin de baisses massives de charges et le gouvernement leur parle de la libéralisation du transport en autocar. Cherchez l’erreur ! » Sur le terrain des déficits, il propose de réduire la dépense publique et les impôts. Ce qui inclut la surpression de l’ISF. Rebsamen se voit par avance couper l’herbe sous le pied : il annonce la mise à plat du code du travail, conduit une charge violente contre les syndicats.

Troisième objectif : prendre l’ascendant sur sa "famille politique"

Sarkozy siphonne les idées de son exécré ancien premier ministre, François Fillon. Il étouffe Juppé en disant vouloir construire une nouvelle formation largement ouverte au centre-droit. Il cornérise NKM en éludant le débat de fond sur le FN. Pas un mot, dans l’entretien, sur la politique du FN, sauf pour mettre Mélenchon, Le Pen dans le même bateau que Tsipras – celui des bonimenteurs, qui ne font pas ce qu’ils disent.

Sarkozy surjoue le rôle d’ancien président « J’ai été président de la République, ce qui me crée plus de devoirs que de droits. » Et relégitime les réformes de son quinquennat qu’il présente, elles, comme structurelles « Permettez-moi de rappeler les réformes structurelles que nous avions faites : où en serait la France aujourd’hui si nous n’avions pas eu le courage de les faire ? »

Au total, Sarkozy se révèle à nouveau un fin politique, rusé, sachant faire feu de tout bois, surfer sur les vagues, combattre ses concurrents. Mais il ne réitère pas les audaces politiques qui l’ont conduit à la victoire de 2007. La roublardise, l’habileté peuvent faire illusion. Elles ne se substituent pas à un projet politique. Ici totalement inexistant. Sans doute pense-t-il qu’il n’en a pas besoin. Juste attendre que le pouvoir tombe comme un fruit mûr.

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  • L’UMP n’a pas de projet, c’est clair. La gauche a un bilan (au delà du catastrophique). Il faut donc voter FN ? C’est ça le message que vous voulez faire passer ?

    totoLeGrand Le 6 mars 2015 à 00:48
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  • Moi j’aimerai connaître le projet de Hollande, car après tout que Sarko n’ait pas de projet en quoi ça gêne la Gauche ?

    Marif Le 6 mars 2015 à 09:03
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  • Le projet de Sarko, c’est l’anti-Hollandisme.

    totoLeGrand Le 30 mai 2015 à 00:52
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