cc Flickr / Blandine Le Cain
Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 30 mars 2015

Second tour : le Front de gauche s’en sort plutôt bien

Pour le Front de gauche, les résultats du second tour ont confirmé la tendance du premier. Dans un contexte désastreux pour la gauche et malgré un mode de scrutin défavorable, il conserve entre les deux tiers et les trois quarts de sa représentation départementale.

Vos réactions (20)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Le Front de gauche était présent dans 119 cantons, dont une quinzaine en alliance avec le PS ou avec EE-LV (à Grenoble 1 et 3). Il l’emporte dans 90 cantons, qui s’ajoutent aux trois gagnés dès le premier tour. Si l’on tient compte des binômes partagés, cela assure entre 162 et 170 sièges de conseillers départementaux. À la veille du scrutin, le Front de gauche avait 234 conseillers généraux, dont 220 membres du PCF. La nouvelle représentation sera donc entre les deux tiers et les trois quarts de la précédente. On sait que le mode de scrutin n’est pas sans effet négatif, dès l’instant où une sensibilité politique se trouve du côté des "petits" (moins de 10%). Par la seule vertu du système électoral, le FdG ne pouvait espérer retrouver le nombre d’élus antérieur.

Au-delà des espérances dans les duels et les triangulaires

Le plus satisfaisant est le résultat du face-à-face avec le Front national. Il avait lieu dans près de la moitié des cantons où le FdG était présent au second tour. Dix-neuf de ces cantons donnaient lieu à une triangulaire et 47 à un duel. Le FdG et ses alliés l’emportent dans 44 duels et 15 triangulaires. Au total, le FdG ne perd en face-à-face que dans trois cas : Hirson (Aisne), Harnes (Pas-de-Calais) et La Seyne (Var). Dans 19 cas gagnés, l’affrontement pouvait être jugé très difficile, voire ingagnable avant le second tour. Le résultat est donc allé au-delà des espérances de la veille. Les vieilles terres ouvrières du Nord, du Pas-de-Calais, de Meurthe-et-Moselle ou de la Loire ont bien résisté.

Dans 19 cas, les binômes du FdG enregistrent des résultats très satisfaisants, au-dessus des 60 % et même au-dessus des 70 % dans cinq cantons : Gennevilliers (76%), Saint-Junien (Haute-Vienne), les deux cantons de Vitry-sur-Seine et Isle-Manoire en Dordogne. Dans des territoires déstructurés par la crise, le Front de gauche a fait la démonstration qu’il n’y avait pas de fatalité à ce que, de mécontentement en colère puis en ressentiment, les catégories populaires basculent définitivement vers le Front national. Le FN entendait montrer qu’il avait pris la place du PCF en milieu populaire. Il réussit politiquement son coup sur le plan national (22% des suffrages au second tour) ; localement, il n’a pas mis les communistes et le FdG au tapis.

On notera aussi que, sur cinq cas de duel à gauche, le Front de gauche l’a emporté trois fois, à Bordères-sur-l’Echez (Hautes-Pyrénées), Saint-Vallier (Haute-Saône) et Montreuil (Seine-Saint-Denis), a été nettement battu dans le Val d’Ariège et de justesse dans les Monts du Livradois (Puy-de-Dôme).

La géographie électorale du FdG transformée

Le second tour n’a pas amplifié le décrochage territorial du premier. Le Front de gauche avait des élus départementaux dans 61 départements ; ils sont désormais dans 37 départements, soit 24 de moins, pour l’essentiel perdus dès le premier tour. Le Front de gauche entre même dans le conseil départemental de l’Aveyron et de la Lozère, département classé à droite dont on ignore souvent qu’il fut une terre de vote communiste dense au lendemain de la Libération et dans les années 1950.

Mais si la géographie électorale du FdG n’est pas bousculée, elle n’en est pas moins transformée. La petite ceinture parisienne résiste plutôt bien. Le Val-de-Marne conserve sa représentation communiste en l’état (9 binômes élus pour 18 conseillers sortants). Les Hauts-de-Seine confirment leur allant du premier tour et la Seine-Saint-Denis sauve les meubles, dans des conditions difficiles, et malgré la perte du canton du Blanc-Mesnil. La situation est moins favorable dans le Nord et le Pas-de-Calais où, malgré la bonne tenue face au Front national, le FdG perd une part non négligeable de la représentation communiste antérieure. Tandis que l’Aisne, l’Oise et la Somme maintiennent leur quota d’élus, les deux départements nordistes et la Seine-Maritime perdent près de la moitié de leur contingent initial.

La perte du Conseil départemental de l’Allier n’a en soi rien de surprenant, dans un département très disputé, dont la présidence a oscillé entre droite et gauche depuis plusieurs années. Mais le recul dans l’Allier est concomitant avec celui du Puy-de-Dôme (alors que l’implantation territoriale communiste s’y était nettement renforcée depuis vingt ans), du Cher (malgré les belles victoires sur le FN à Vierzon) et surtout de la Corrèze et la Haute-Vienne. Au milieu des années 1980, ces départements encore marqués par la tradition de la ruralité avaient un temps montré une meilleure résistance au déclin du vote communiste que les espaces les plus urbanisés. Le phénomène ne fonctionne plus depuis quelques années et le résultat décevant de ce dimanche de second tour en est l’illustration.

Des digues qui se rompent au profit du FN

Un tour ne chasse pas l’autre et la complexité demeure sur les deux dimanches. Le Front de gauche a manifesté une belle tenue face au Front national. Mais, bien trop souvent, les écarts avec le FN ne sont plus ce qu’ils étaient. Pour l’instant, le parti de Marine Le Pen continue d’être rejeté par une part non négligeable de l’électorat, mais il n’a jamais eu des résultats aussi élevés. Ses capacités d’alliance restent limitées et les reports de l’électorat de droite en sa faveur ne suffisent pas à constituer une majorité. Pourtant, les digues ont commencé de se rompre et l’entreprise frontiste de légitimation continue de suivre son cours.

De l’autre côté, les reports à gauche semblent avoir fonctionné, sous réserve d’inventaire plus précis. Mais, contrairement à la stratégie d’étouffement du Parti socialiste – le chantage à la "tripartition" – il est de plus en plus évident que la logique ancienne de l’union de la gauche ne fonctionne plus comme autrefois.

Pour l’essentiel, le glissement vers sa droite du PS affaiblit la référence au rassemblement, a fortiori quand on explique qu’il doit obligatoirement se faire sous la houlette du parti dominant. Les dynamiques majoritaires à gauche ont donc besoin d’autres ressorts, sous peine de laisser la gauche s’enliser avec le PS et les catégories populaires s’enfoncer un peu plus dans l’abstention et le vote FN.

Des points d’appui, mais une prise en tenaille

Pour l’instant, le Front de gauche vit sur l’acquis électoral du PCF, tout au moins dans les élections les plus territorialisées. Que cet ancrage montre des capacités de résistance, au demeurant très variables selon les élections, n’empêche pas le constat global fait depuis 2008. En dehors de l’élection présidentielle, le vote en faveur du Front de gauche reste dans les eaux modestes d’un vote communiste qui n’a pas interrompu son processus d’érosion par le haut. La dynamique électorale des zones de vote les moins denses ne compensent qu’en partie le tassement des anciens "bastions". Pour l’instant, l’ouverture des alliances à la gauche du PS n’a pas été assez large et assez visible pour marquer le paysage électoral.

Dans des contextes certes différents, le même niveau de recul en nombre d’élus s’est observé aux municipales de 2014 et aux départementales de 2015. Quand la gauche va très mal, le patrimoine existant n’est pas sans intérêt et constitue un point d’appui. Mais, en l’état, il ne permet pas au FdG d’échapper à la tenaille qui voue la gauche de gauche, soit à s’enfermer dans la posture d’un aiguillon protestataire et minoritaire, soit au contraire à n’être rien d’autre que le porteur d’eau d’une social-démocratie désormais bien éloignée de l’horizon égalitaire.

La culture de la critique sociale et de l’alternative ne peut se contenter d’une timide gestion patrimoniale de rentiers. La transformation sociale et le sursaut démocratique ont besoin de dynamiques bien plus créatives et entraînantes. Faute de quoi, le surplace d’un jour est sans cesse à deux doigts d’un recul du lendemain.

Vos réactions (20)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Tous vainqueurs !

    totoLeGrand Le 30 mars 2015 à 12:52
  •  
  • Au fait, je n’ai pas vu que le FG a pris la trajectoire de Syriza ou Podemos, comme annoncé par certains (notament un certain Poto). Je doute fort que JLM puisse se mettre au cigare.

    totoLeGrand Le 30 mars 2015 à 13:09
  •  
  • Oups ! Victoire du Front de Gauche à Saint-Vallier … Saône et Loire (et non en Haute-Saône).

    Benadeb Le 30 mars 2015 à 14:03
  •  
  • Dans le tableau je ne comprends pas la ligne concernant les Côtes d’Armor (22), ou alors je ne comprends pas tout le tableau.

    F Châtelet Le 30 mars 2015 à 14:10
  •  
  • Il faut une nouvelle structure à la place du front de gauche où les partis abandonneront leur propre banderolle pour que d’autres , structures ou individus, puissent s’ y agréger. Je n’ai pas d’a priori sur la forme juridique de ce rassemblement, mais si on n’y abandonne pas nos étiquettes, on restera au même étiage, et on ne dépassera pas nos rancoeurs.

    DMc Le 30 mars 2015 à 14:20
       
    • Entièrement d’accord. C’est le sens de l’appel de Mélenchon dimanche soir.

      Mac Cullers Le 31 mars 2015 à 09:33
  •  
  • @Roger Martelli

    C’est utile ton travail mais j’attends ton opinion sur la proposition politique de JLM faite hier soir.Tu es acteur et non commentateur.

    Dominique FILIPPI Le 30 mars 2015 à 14:28
       
    • @FILIPPI
      Remarque pertinente et percutante ! Est ce que les auteurs de Regards se considèrent-ils comme des chercheurs universitaires (qu’ils/elles ne sont pas sauf exception), comme des animateurs de clubs de gauche qui associent des ex-ministres et des militants plus radicaux, où vont-ils finalement fixer des objectifs politiques clairs à la manière de responsables d’un mouvement, même modeste ? Cela n’en prend pas le chemin pour l’instant !

      Goldwasser Le 30 mars 2015 à 18:34
  •  
  • @Goldwasser Le 30 mars à 18:34

    Le comité de rédaction de Regards est comme le FDG ....un cartel....

    Dominique FILIPPI Le 30 mars 2015 à 18:44
  •  
  • La Une de l’Huma de vendredi entièrement consacrée à Pierre Laurent, tout sourire, distribuant un tract PS en Seine St Denis avec Bartolone et une poignée de barons sociaux-libéraux aux anges de faire la nique à Mélenchon et de se retrouver entre copains comme cochons...Dans 90% des cantons, les tracts PS du 2 ème tour avec le logo FdG même quand il n’y a aucun danger FN... Allo ! On va où ? Et on passe en plus pour des rabatteurs du PS. Elle est pas belle la vie ? Marine Le Pen et le petit Nicolas se joignent à moi pour dire : "Merci le PCF."

    Fulgence Le 30 mars 2015 à 18:54
  •  
  • Si j’ai bien compris, tu dis que le FDG conserve entre les 2 tiers et les 3 quarts de ses conseillers. Or comme il y a maintenant 2 conseillers par canton, c’est entre cantons sortants et cantons 2015 qu’il faut comparer. 234 sortants et 93 conservés ou gagnés et là, c’est pas du tout pareil ou j’ai rien compris. Dans ce cas on perd plus de la moitié (117)de nos cantons, ce qui veut dire une branlée !

    Fulgence Le 30 mars 2015 à 19:51
       
    • Si j’ai bien compris, il faut tenir compte du redécoupage encore plus défavorable qu’avant.

      Dominique FILIPPI Le 30 mars 2015 à 22:04
  •  
  • C’est le PCF qui conserve les 2/3 de ses élus.
    L’étiquette fdg,fait illusion car c’est grâce à l’électorat du PS que ces élections des 2/3 des sortants PCF a été possible.
    Les commentaires des haineux et brutaux des gauchistes n’y changeront rien.
    Seul le PCF compte à la gauche du PS.
    La gauche ’radicale’ hors PCF ne compte pour rien.
    Elle a même disparue sauf dans les pétitions débiles contre ’l’islamophobie’,l’autre nom de la liberté de pensée.
    Comme si,à l’heure de l’islamofolie,l’islamophobie était la préoccupation N°1 des français...

    laïcard Le 30 mars 2015 à 20:18
  •  
  • Merci Roger pour ces analyses qui aident à comprendre ce qu’il s’est vraiment passé pour le Front de Gauche

    Michel Matain Le 30 mars 2015 à 21:29
       
    • Martelli n’explique notamment pas pourquoi Autain n’a pas maintenu sa candidature à Sevran contre le PS. Il n’y avait aucun risque FN, et c’était l’occasion de proposer un choix de rupture avec le PS libéral. Même position que le PC à Saint-Denisqui s’est désisté pour le PS. La prochaine fois les électeurs du FDG iront à la foire à la brocante. Qui évoquait récemment dans Regards les nains politiques ?

      Mac Cullers Le 31 mars 2015 à 09:31
  •  
  • Bien sûr qu’il faut rejoindre le PS via ses frondeurs.Si nous en restons aux analyses des gauchistes,haineux,brutaux et coupés des réalités ,la seule activité du fdg sera la masturbation intellectuelle.Le peuple votera FN ou PS,pendant que nous défilerons contre ’lislamophobie’(concept nullissime car ,nous sommes encore en république,et nous avons le droit d’être libre penseur).
    Le fdg n’est pas à la hauteur alors que la suffisance des commentaires publiés ici dénotent des complexes de supériorité hypertrophiés.
    Arrétez de tortiller du cul,pour au bout du compte, laisser les autres gouverner !
    l’électorat considère le fdg comme des’ ravis de la crèche ’incapables de prendre en compte les enjeux réels.
    D’ailleurs nombre d’électeurs du fdg s’abstiennent chroniquement,les autres votent PS ,comme moi,quelquesoit les consignes du fdg.
    Quant aux résultats des départementales,évidemment,c’est une lourde défaite pour le fdg,masquée par le fait que le PCF sauve les meubles.
    Quant aux commentaires au dessus,ils sont affligeants !Leurs auteurs n’ont même pas compris le mode de scrutin,ce qui ne les empêche pas d’analyser les résultats.Ils sont bidons,ces commentateurs....
    afrontdugauche

    afrontdugauche Le 31 mars 2015 à 06:15
       
    • Passer de 234 sortants dans 61 départements à 170 élus dans 37 départements, c’est sauver les meubles ?

      Ben mince alors !! Faut oser l’écrire !
      Encore quelques élections comme ça à "sauver les meubles" et on n’existe plus !

      Malouin Le 5 avril 2015 à 16:01
  •  
  • Le PCF ne sauve pas plus les meubles aux départementales qu’aux municipales ! Lis attentivement le tableau des résultats dans l’article de Martelli et tu verras qu’il y a nombre de départements où il n’y a plus un seul canton coco, mode de scrutin ou pas.

    Fulgence Le 31 mars 2015 à 07:20
  •  
  • Ah enfin un titre digne du PCF, on perd un quart à un tiers des suffrages, mais on gagne !!!!

    Je vous taquine, quoi que ...

    Comment peut on livrer toutes ces analyses alors plus de la moitié des français non pas voté !

    A discuter autour de moi, Front de Gauche ou pas, les gens ont simplement assez qu’on parle en leur nom.

    Ils ne veulent plus de blabla, à peine des propositions, ils veulent de l’action concrète : de la gestion locale véritable, utiles, solidaire ; et surtout des gens qui s’engage dans la vie concrète.

    Je résumerai qu’ils ont ras le bol de toutes façons relevant des philosophies idéalistes ( même et surtout celle du PCF, je ne parle pas du communisme, mais de la pratique.)

    Ils cherchent la politique à la manière du grand Guiguoin, ce sacré préfet du maquis limousin.

    Notre avenir est dans le tissus associatif, avant que dans les partis politiques.

    La Renaudies Le 2 avril 2015 à 11:20
  •  
  • Dans le grand Sud-Ouest d’ores et déjà programmé, force est de constaté que la déroute des candidats front de gauche est manifeste, il est vrai que nous avons joué les porteurs d’eau pour le PS au deuxième tour , sans en retour en avoir reçu le moindre merci. A titre personnel j’ai opté pour ne pas me rendre dans la salle de classe où j’avais à choisir entre quatre apparatchiks socialistes et leurs homologues de droite à forte imprégnation pétainiste .

    Je reste persuadé que maintenir le statut hégémonique du PS à gauche est une erreur politique qui justifie in fine la politique de récession sociale et au delà l’acceptation de la politique aventuriste de Hollande en matière militaire.
    Nous avons tout à gagner d’arrêter de tout faire pour qu’aux prochaines élections régionales le PCF nous rejoue la partition de 2009.

    Construire à gauche est difficile encore faut-il que les agrégats mis en oeuvre soient de nature à permettre la solidité de l’ouvrage.

    Charles Souzy Le 9 avril 2015 à 16:26
  •