Accueil > Politique | Point de vue par Sergio Coronado | 22 décembre 2014

Sergio Coronado : « Les élections de 2015 peuvent être l’occasion de tenter une alliance avec le Front de gauche »

Député EELV, Sergio Coronado s’interroge sur l’identité politique des Verts, leur rapport au gouvernement, leurs convergences avec le Front de gauche et ses composantes. Et sur les possibilités de rapprochement avec celles-ci.

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Sortis du gouvernement dans la douleur, très en colère après la mort de Rémi Fraisse, toujours divisés dans leur rapport au pouvoir socialiste… Les écologistes sont face à une série de questions. Se situer ou non à gauche ? Être ou ne pas être en alliance avec le PS ? Faire ou ne pas faire alliance avec le Front de gauche ? L’autonomie ne va-t-elle pas s’imposer par défaut ? Les réponses de Sergio Coronado, député EELV des Français de l’étranger. (extrait du e-mensuel de Regards, novembre 2014).

« Est-ce que les écologistes sont de gauche ? Dans les faits, la question est tranchée depuis 1995. Même lorsque nous sommes en autonomie au premier tour, les fusions de second tour se font toujours à gauche, à de très rares exceptions près. Cela dit, il faut nuancer. Pour les gens, la gauche est au pouvoir, c’est elle qui gouverne. Ils ne font pas dans la nuance et cela complique passablement la donne.

L’autre élément de complexification est que, bien sûr, il arrive que sur des sujets nous soyons ponctuellement en alliance avec des gens de droite. Cela vient de se produire au Conseil de Paris avec le vote conjoint de la droite et des écolos contre la Tour triangle. Avec Chantal Jouanno ou NKM, nous pouvons conclure des alliances de circonstance sur les OGM ou le climat. Dès lors, est-ce que la question centrale devient celle du rassemblement de toute la famille écologiste, de Corinne Lepage à Noël Mamère en passant par Benhamias et Cohn-Bendit ? J’ai de bonnes relations avec chacun, je n’en méprise aucun, mais cet objectif me paraît devoir être relativisé, il est mineur lorsque l’on porte une critique radicale du modèle capitaliste et du productivisme.

« La question des alliances se pose. La gauche divisée ne constitue pas une alternative »

L’axe stratégique que je défends est le rassemblement du peuple de l’écologie en rupture, en confrontation sans compromis, avec le mode de développement actuel. Ce peuple-là regarde avec circonspection, et sans doute avec raison, le peu de résultats obtenus par notre longue marche dans les institutions.

Faut-il alors abandonner nos alliances avec le PS ? Commençons par dire que les écologistes passent des alliances électorales parce que le mode de scrutin nous y contraint et pas seulement par affinité. Même si nous tentons de coupler accords électoraux avec contenus programmatiques. La politique gouvernementale et l’effondrement électoral dans la dernière période du PS sont tels que la question des alliances se pose.

Je réfléchis plutôt en dynamique. Les élections intermédiaires de 2015 –départementales et régionales – donnent l’occasion de construire une autre offre politique. Il nous faut chercher des alliances à vocation majoritaire. La gauche divisée ne constitue pas une alternative. François Hollande n’a pas seulement gagné par antisarkozisme mais aussi par le point d’équilibre du Bourget qui a permis que Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly le soutiennent au second tour. Sans le Front de gauche et les écolos, il n’était pas élu.

« Il nous faut tenter de rassembler les forces en rupture avec le modèle dominant »

Mais peut-on laisser le pilotage à la gauche gouvernementale qui a définitivement fait sa conversion au néolibéralisme à la française ? Je n’ai pas d’animosité vis à vis des socialistes – ils m’ont permis d’être élu à l’Assemblée nationale pour porter un programme qui n’est plus la boussole du gouvernement. Mais cette gauche-là ne peut avoir la responsabilité d’une politique d’alternance. Elle est certes moins violente que la droite, sans aucune comparaison, mais elle joue fondamentalement sur les mêmes variables.

Les élections de 2015 peuvent être l’occasion d’ouvrir une autre voie, de tenter une alliance avec le Front de gauche. Il n’est pas certain que cela soit possible partout. Les positions boutiquières, le sectarisme rendent cela parfois très compliqué. Et l’objectif ne doit pas être un "one shot".

Moi, je suis pour le mouvement. Il nous faut tenter de rassembler les forces en rupture avec le modèle dominant. Pour tout dire, ce serait plus simple à atteindre avec un Front de gauche rassemblé, parce que la diversité de cette alliance offre des points d’appui. Pour beaucoup d’écolos il y a une vraie peur d’aller avec cette gauche qui n’a pas fait sa mue ; ils craignent de se retrouver avec la vieille gauche.

En fait, c’est plus compliqué que cela. Nos divergences et convergences varient selon les thèmes avec les différentes parties du Front de gauche. Le PCF est plus proche du PS productiviste que d’un modèle de rupture avec le modèle centralisé en matière de transition énergétique. Mais le PG est peu sensible aux réalités locales. C’est souvent plus simple de se mettre d’accord avec des militants communistes disposés à dialoguer : ils sont davantage portés à faire le lien entre la pensée globale et l’agir local. Mais l’important est de dialoguer, d’avancer pour offrir une alternative. »

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  • J’apprécie beaucoup vos propos, l’idée d’un Front de gauche socio écolo me convient. Je ne peux pas concevoir un changemement de politique sans appréhender en même temps une politique sociale et écologique. Ce qui va sans dire, tout au moins pour moi. C’est moins évident au sein même du Front de Gauche, notamment avec des (pas tous) communistes restés sur une base de progrès social (productiviste ?) sans regarder de près la notion d’équilibre écologique sur la planète, liée au dérèglement climatique. Pour le PG, le peu d’intérêt du local (relatif ?) tient sans doute à une implantation militante très espacée, petite en nombre (si on la compare aux communistes) et sans doute une vision plus globale des solutions politiques et économiques. D’autres différences liées à une pratique d’alliance quasi traditionnelle de rassemblement entre communistes et socialistes, nationalement et surtout localement sont restées très ancrées chez de nombreux militants communistes. Alors qu’au PG, la rupture est plus brutale, avec des militants sortis d’un parti dont ils connaissent les méandres et souterrains, sources de compromis, voire de compromissions. La cassure est nette, les "solfériniens" savent exploiter ces différences. Il ya encore du chemein à faire de part et d’autre mais il faut le faire, car l’avenir en dépend. C’est aussi urgent. Pour la clarté de mes propos, je suis plutôt favorable au PG, mais membre d’aucun parti.

    marco polo Le 22 décembre 2014 à 15:28
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  • Toute cette déclaration me semble bien timorée, sans certitude aucune et sans leçons sérieuses tirées des trois dernières décennies pourtant fécondes en matière de reniements politiques et mépris de l’environnement au profit exclusif de la finance sans parler de l’Union Européenne à laquelle il n’est fait aucune référence ! Quant au soit disant problème "local" avec le PG, l’auteur ne peut ignorer que ce dernier a voté contre la Tour Triangle à Paris (Simonnet), qu’il est de la lutte contre N-D des Landes alors que le PC est pour, qu’il est contre Sivens et beaucoup d’autres projets au côté des verts, enfin que son programme est l’écosocialisme, qu’il est anti productiviste et que son drapeau est rouge et vert. Enfin pour rétablir une vérité, il compte nombre d’anciens communistes et a le défaut pour certains dont l’auteur d’être marxiste. Heureusement, des verts authentiquement de gauche il en existe, notamment à Grenoble !

    Fulgence Le 23 décembre 2014 à 18:36
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  • Je suis heureux de la prise de position de Sergio Coronado.
    Membre du PG, je souscris à son analyse. Le PG est inflexible et le sera toujours sur une séparation nette avec le PS. Nous sommes une organisation révolutionnaire et nous avons conscience que dans la France de 2014, la stratégie révolutionnaire passe par l’élection présidentielle avec nos partenaire et surtout avec le peuple. L’aspect national et international est donc prioritaire pour nous, d’autant que JL Mélenchon est actuellement la seule personnalité de gauche disposant d’une crédibilité présidentielle dans ces temps de tempête.

    Le système n’a pas peur de la gauche, il a peur du peuple. Donc on a un besoin fort de clarifier notre souveraineté vis à vis de la caste rose caviar. Le PG appelle depuis pas mal de mois à des alliances avec les alter-capitalistes d’EELV. Nous vous attendons avec impatience et nous sommes disposés à travailler ensemble. Nous sommes durs face aux ambitions de petits opportunistes qui gangrènent la crédibilité politique.
    Nous sommes des partenaires loyaux s’il s’agit de construire ensemble de grandes ambitions politiques.

    EELV, le PCF sont structurellement + fort dans les élections intermédiaire. Le PG + fort dans les élections générales.
    L’écosocialisme, doctrine du PG facilite la synthèse entre le "rouge du PCF" et le "vert d’EELV".
    Je pense que le FDG et EELV sont complémentaires.
    L’eclat de 2012 et la victoire de Grenoble préfigurent la révolution rouge verte que nous construisons comme l’insurrection des grenoblois a préfiguré la révolution de 1789.

    Laurent75 Le 23 décembre 2014 à 19:05
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  • Si ça pouvait être aussi simple... Ce qu’il faudrait, surtout, c’est la proportionnelle aux élections, pour que les alliances se fassent ensuite entre élus, projet par projet, comme c’est le cas, justement, au Parlement européen vilipendé par un précédent commentateur.

    Dans un tel cadre, s’allier une fois avec l’un contre les OGM, une autre fois avec l’autre, contre un projet d’aéroport et une troisième fois avec encore un autre pour défendre une autre conception de l’économie, voilà qui redonnerait de l’élan à la démocratie !

    the green tall guy Le 26 décembre 2014 à 10:07
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  • En Ariège,en Haute Garonne et dans de nombreux autres départements,le PG s’allie avec le PS.
    C’est normal pour le parti de gauche de s’allier avec ’Le’ parti de la gauche,le PS.

    daniel Le 28 décembre 2014 à 20:18
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  • Mon interrogation est que EELV a toujours appelé à voter pour les traités européens libéraux et l’on sait très bien que le libéralisme est contradictoire avec une régulation écologique et des normes qui permettent de maîtriser les productions et les impacts sur la vie humaine et la planète.

    AGabillet Le 28 décembre 2014 à 21:00
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  • Les verts peuvent toujours faire des alliances mais en réalité, l’écologie n’est pas mais pas du TOUT compatible avec une économie de la croissance donc avec aucun parti de droite et si elle partage des valeurs de gauche, elle n’est compatible avec aucun parti de gauche car ils sont tous pour une économie de la croissance. les verts doivent arrêter de se leurrer et parmi les verts, il y a beaucoup de bobos écolo donc, c’est un problème. Le problème des verts, c’est qu’ils sont toujours dans les alliances et perdent de vue leurs objectifs, QUELLE ECONOMIE ????? IL faut choisir et faute de choix, ils font de la politique.

    ev Le 29 décembre 2014 à 01:38
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