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Accueil > Monde | Par Fabien Perrier | 10 février 2015

Sia Anagnostopoulou (Syriza) : « Nous sommes décidés à ne pas reculer »

Députée de Syriza depuis le 25 janvier, professeure à l’Université Panteion d’Athènes, Sia Anagnostopoulou livre son analyse du "bras de fer" engagé avec l’UE, tout en réaffirmant l’identité européenne de son parti et sa volonté de négocier.

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Regards. Quelle politique le gouvernement et les députés de votre parti veulent-il mettre en œuvre ?

Sia Anagnostopoulou. Syriza s’inscrira dans le cadre défini avant les élections. Le but reste de ne pas créer de déficit et nous appliquerons notre programme dans l’optique d’atteindre un équilibre budgétaire. Le deuxième point important est de mettre fin à la très grave crise humanitaire. Nous voulons protéger les groupes sociaux les plus touchés par la crise. Nous traiterons le problème des salariés licenciés de façon anticonstitutionnelle, qui seront réintégrés, ainsi que la question des dettes privées et des gens en grande difficulté financière. Nous voulons aussi rétablir le droit du travail en Grèce tel qu’il existait avant l’application des mémorandums : nous rétablirons les conventions collectives qui ont été supprimées.

« Syriza ne veut pas mener une guerre à l’Europe, ni approfondir le clivage entre les pouvoirs européens et les sociétés »

Le salaire minimum sera-t-il, lui aussi, effectivement rétabli ?

Le salaire minimum sera réappliqué à 751 euros, mais graduellement afin de ne pas créer de déficit budgétaire.

Les Européens semblent d’opposer à cette politique. Comment les députés peuvent-ils soutenir le gouvernement ?

Pour nous, il y a deux lignes rouges : l’arrêt immédiat du programme des mémorandums et la fin de la Troïka dont nous considérons qu’elle est un organe non institutionnel européen. Ensuite, nous soutiendrons le gouvernement pour la création d’un nouveau contrat avec les pouvoirs européens et d’un "plan-relais" jusqu’à la fin juillet. Il s’agit s’assurer une transition entre la situation définie par les mémorandums et la Troïka, et un autre régime sous lequel nous allons articuler nos clauses de négociations avec le pouvoir européen. Nous ne demandons pas de l’argent aux pouvoirs et aux institutions de l’UE, mais du temps pour que la société grecque respire un peu. De notre côté, en tant que députés de Syriza, représentants du peuple grec, nous sommes obligés de contrôler le pouvoir, le gouvernement, afin de respecter les promesses et surtout la volonté du peuple grec exprimée lors des élections.

« Nous désirons une vraie solidarité entre les peuples européens »

La Grèce semble isolée. François Hollande ne s’est pas montré très chaleureux envers Alexis Tsipras, Angela Merkel refuse tout changement de politique, et la BCE a coupé l’un des robinets de liquidités de la Grèce...

La première impression est effectivement que les pouvoirs de l’UE veulent humilier Syriza et faire de la Grèce un exemple afin de montrer aux autres pays européens, notamment l’Espagne ou l’Italie, que rien des programmes établis par Bruxelles, et plus encore par l’Allemagne, ne peut changer. Nous ne voulons pas mener une guerre à l’Europe, nous ne voulons pas approfondir le clivage entre les pouvoirs européens et les sociétés. Pour nous, l’essentiel est de montrer qu’il n’y a pas de politique possible sans la société. C’est sur ce point que nous voulons insister. Nous avons le sentiment que les autres sociétés européennes sont de notre côté.

Qu’est-ce qui vous fait croire à cette solidarité ?

Avec le mémorandum, c’est comme si l’argent des contribuables européens était jeté dans un puits sans fond, contribuant à les appauvrir sans profiter au peuple grec. Les autres Européens étaient obligés de payer tout le temps, alors que cet argent arrivait non pas aux Grecs, mais aux banques européennes – notamment la Deutsche Bank. Nous désirons au contraire une vraie solidarité entre les peuples européens, et non la perpétuation de ce climat d’hostilité entre eux, au profit des banques. Nous souhaitons qu’ils comprennent cela et que soit mis fin à ce cercle vicieux.

« Les Européens ont la responsabilité historique d’enrayer la montée des partis d’extrême droite »

Si Bruxelles ne change pas d’avis, la Grèce a-t-elle d’autres alliés ? Imaginez-vous une sortie de l’euro ? Une coopération avec les Russes, le Venezuela ?

Il n’est pas question de faire pression sur l’Europe en invoquant d’autres alliés ou en "terrorisant" l’UE avec la menace d’une sortie de l’euro. Nous voulons négocier dans le cadre de l’Europe, car nous sommes un parti européen Nous refusons que la Grèce soit utilisée dans un jeu d’antagonismes entre l’UE et la Russie, les États-Unis ou quelque puissance internationale que ce soit. C’est, je crois, pour le bénéfice de toute l’Europe que Syriza, avec son programme alternatif, n’essaie pas de créer des alliances extra-européennes mais, au contraire, intra-européennes. Il n’est d’ailleurs même pas dans nos intentions de susciter une alliance des pays du Sud contre ceux du Nord.

Comment abordez-vous le "bras de fer" qui s’est engagé ?

Nous sommes décidés à ne pas reculer et à appliquer ce que nous considérons comme le "desiderata minima" du peuple grec, c’est-à-dire son existence et rien d’autre que cela. Pour nous, être écouté par l’Europe et arrêter cette catastrophe en Grèce et dans toute l’UE est une question de démocratie et de justice. Enfin, en tant que parlementaire, je veux ajouter que c’est aussi une catastrophe d’avoir comme troisième formation politique un parti nazi. Tous les Européens ont la responsabilité historique d’enrayer la montée des partis d’extrême droite. Une responsabilité peut-être encore plus importante que celle de résoudre la crise économique.

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Vos réactions

  • Merci
    Pour la clarté et l’objectivité de vos informations.

    Xavier Girard Le 10 février 2015 à 10:42
  •  
  • Demain jour de la réunion de l’Eurogroupe rassemblement place du Palais royal à Paris à 18h30.

    Dimanche 15 février : journée européenne de mobilisation pour soutenir le peuple grec. Manifestation nationale à Paris. Plus de précisions prochainement.

    Vassiviere Le 10 février 2015 à 11:04
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  • Je souhaite de tout coeur que votre politique réussisse car elle seule est juste.

    Klar Le 10 février 2015 à 21:11
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  • "Il n’est pas question de faire pression sur l’Europe en invoquant d’autres alliés ou en "terrorisant" l’UE avec la menace d’une sortie de l’euro." Il est bien gentil, pour le moment c’est l’inverse qui se passe, une UE qui terrorise la Grèce et les peuples européens avec le carcan austéritaire.

    Gustave Le 15 février 2015 à 13:44
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