Accueil > Politique | Entretien par Catherine Tricot | 29 août 2016

Stéphane Peu : « Pour Chevènement, être Français c’est être blanc »

Maire-adjoint de Saint-Denis, Stéphane Peu réagit aux propos de Jean-Pierre Chevènement. Il déplore une vision fausse et raciste de sa ville et de ses habitants.

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Stéphane peu, maire-adjoint de Saint-Denis a fait « un bond comme ça » en entendant Jean-Pierre Chevènement lundi matin. L’ancien ministre de l’Intérieur et tout nouveau président de la Fondation pour l’islam de France déclarait sur France Inter : « Prenez le métro pour aller par exemple à Saint-Denis ou à Sarcelles, regardez ce qui se passe (…) Le processus de l’intégration n’est plus possible, puisqu’il y a à Saint-Denis par exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu. Donc je pense qu’il y a des problèmes d’équilibre de la société française auxquels il faut être attentif si nous voulons aller dans le sens d’un apaisement profond, dans le sens d’une tolérance mutuelle et si nous voulons continuer à vivre dans une République dont le principe est l’égalité de tous les citoyens devant la loi, et pas dans une société multi-communautariste ou communautariste ». Stéphane Peu nous a fait part de sa réaction.

* * *

« Je veux mettre ces propos sur le compte d’un dérapage incontrôlé d’un vieux monsieur. La République qui intègre dont se prévaut Jean-Pierre Chevènement devrait être exemplaire. Or nous sommes en permanence, en Seine-Saint-Denis, dans une rupture d’égalité et de droit. On est très loin des objectifs de la gauche de "donner plus à ceux qui ont moins". Ce que nous vivons est l’inverse. Ici, la République se décline de manière ségrégationniste. Nous sommes moins dotés en moyen pour l’école, la culture, l’accès au travail qui sont selon moi les piliers de la construction de la citoyenneté.

Et même si l’on a une vision plus sécuritaire de la République fondée sur le respect des règles communes, une justice rapide et lisible, une police efficace qui fait respecter le droit et protège les plus faibles, on ne peut que constater l’abandon. À Saint-Denis, par nombre d’habitants, nous avons deux fois moins de policiers qu’à Paris, les procédures judicaires sont quatre fois plus longues qu’ailleurs. Le tribunal de Bobigny ne peut faire face dans des délais usuels aux demandes de divorce, de protection des femmes battues, etc.

Contrairement aux propos stigmatisants de Jean-Pierre Chevènement à l’égard de Saint-Denis et de ses habitants, je pense que nous résistons aux tensions. Nous trouvons notre force dans la tradition séculaire de la ville, terre d’accueil des Auvergnats, des Bretons, des Algériens, des Antillais, des Maliens…

On ne peut qu’être stupéfait d’entendre Jean Pierre Chevènement dire qu’a Saint Denis vivent 135 nationalités et qu’une disparaît. L’inconscient qui émerge avec cette phrase est effrayant. Il énonce des propos que même le FN officiel ne se permet pas. Ce n’est pas lui faire un mauvais procès que de relever que, selon lui, être Français c’est être blanc. 75% des habitants de Saint-Denis sont de nationalité française et la part d’étrangers dans sa population est comparable à celle des villes populaires de France. Les Dionysiens sont à l’image de la France d’aujourd’hui.

Qu’en dix minutes d’entretien, l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur passe du djihadisme à l’islam et chute sur les quartiers populaires et les bons Français de souche – qui n’existent pas – est sidérant. On est très loin de la satisfaction affichée par nos gouvernants, il y a dix jours à peine, à propos de la diversité de nos athlètes ! »

L’élu de Saint Denis caractérise explicitement les propos de l’ancien ministre de racistes. Il conclut qu’à ses yeux « Chevènement est disqualifié pour présider la fondation de l’Islam de France ».

Propos recueillis par Catherine Tricot.
Stéphane Peu est candidat aux élections législatives.

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