Podemos
Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 19 janvier 2015

Teresa Rodriguez, l’anti-Iglesias de Podemos

Teresa Rodriguez s’est fait connaître en entrant au Parlement européen, mais elle peine à se faire une place au côté du charismatique Pablo Iglesias. Briguant la région Andalousie, elle espère créer un contre-pouvoir au sein de Podemos. Portrait d’un électron libre.

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Le 15 mai 2014, à trente-trois ans, Teresa Rodriguez devenait députée européenne sous la bannière du mouvement espagnol Podemos. À l’époque, elle arborait encore fièrement sa double appartenance politique avec Izquierda anticapitalista (IA, Gauche anticapitaliste), parti d’extrême gauche proche de notre NPA, qui fut l’une des organisations fondatrices de Podemos. IA défendait avec ardeur les idéaux des Indignés, notamment l’horizontalisme des décisions (lire aussi "Podemos, un objet politique en mutation").

C’est cette ligne politique que Teresa Rodriguez défend, ralliée à Pablo Echenique, une des figures les plus influentes du mouvement, et lui aussi eurodéputé Podemos. Ils se mettent en lice dans le processus organisationnel de Podemos en tant que parti, lors de l’Assemblée citoyenne qui s’est tenu en octobre dernier. Echenique, Rodriguez et quelques autres n’arriveront pas à peser substantiellement, n’obtenant que 12,37% des voix, contre 80,71% pour l’équipe d’Iglesias.

Farouchement militante

Depuis son élection à la tête du parti, Iglesias a fait adopter une nouvelle règle : un membre de Podemos ne peut être affilié à un autre parti. Cette règle ne vise concrètement que IA, et donc Teresa Rodriguez. Mais cette dernière n’est pas du genre à se laisser mettre hors-jeu si facilement. Grâce à un tour de passe-passe, Rodriguez réussira à demeurer membre à part entière de Podemos : le 17 et 18 janvier, IA tenait son congrès au cours duquel a été décidé que le parti serait dissout puis refondé en association. Ainsi, Teresa Rodriguez peut continuer d’être membre de l’association "Anticapitalistas" sans enfreindre le règlement d’Iglesias. Ce dernier n’en a pas fini avec l’Andalouse.

Née en 1981 à Rota, en Andalousie, Teresa Rodiguez commence sa "carrière" de militante dès l’âge de quinze ans, à l’occasion de manifestations contre les coupes budgétaires dans l’éducation. Elle fera également du droit des femmes son combat, notamment à travers la problématique de l’avortement, droit encore trop peu accordé dans la pratique. Jusqu’en 2008, Rodriguez est membre de Izquierda unida (IU, Gauche unie) qu’elle abandonne car elle considère que le parti est trop proche du PSOE. Avec d’autres de IU, elle fonde Izquierda anticapitalista dans la province de Cadiz. Parallèlement, elle enseigne l’espagnol et la littérature dans le secondaire. Toujours très critique à l’égard des différents gouvernements, du capitalisme et de la société de consommation, elle déclarait en 2011 vouloir « changer le système ».

Une alliance pour remporter l’Andalousie

Il faudra attendre l’avènement de Podemos pour faire espérer aux anticapitalistes la possibilité de peser dans le paysage politique. En moins d’un an, Podemos change l’utopie de Teresa Rodriguez en programme politique envisageable aux yeux des Espagnols. Il est loin le temps où, aux municipales de 2011, Rodriguez n’obtenait que 1,56% des suffrages à Cadiz. Désormais, elle brigue la région, et tout d’abord la tête de Podemos pour celle-ci, avec l’appui de Pablo Iglesias en personne. Sa seule condition, qu’elle s’allie à Sergio Pascual, un proche d’Iglesias, afin de former la candidature « la plus forte possible pour l’Andalousie », mais aussi pour que l’organe central garde un œil sur elle. Teresa Rodriguez commentait à ce sujet : « Les débats sur les postures organisationnelles, avec des perspectives différentes, ne sont pas incompatibles. »

Mais si les tensions entre Iglesias et Rodriguez semblent avoir été mises de côté d’un commun accord, c’est pour que Podemos remporte un maximum de scrutins. La rivale est maintenant Susana Díaz, membre du PSOE et actuelle présidente de la communauté autonome d’Andalousie, que Teresa Rodriguez a qualifiée de « partie immergée de l’iceberg du clientélisme andalou ». L’Andalousie est la région la plus touchée par le chômage en Europe (35% de la population et 62% des moins de vingt-cinq ans), mais aussi une des régions les plus riches en cercles Podemos (172 cercles et plus de 41.000 inscrits). C’est avec cette force citoyenne et ce bilan catastrophique des décennies PSOE que Rodriguez compte bien relever ce défi de « sortir l’Andalousie du sous-développement économique ».

Reste à savoir si l’unité prônée par Iglesias, et de fait approuvée par Rodriguez, tiendra sur le long terme. Les élections régionales se tiendront le 22 mars prochain et tout ce qui est certain, c’est que la guerre des chefs n’est pas encore terminée à Podemos.

Lire aussi : Jorge Lago (Podemos) : « Nous voulons représenter une majorité sociale »

Teresa Rodriguez au Parlement européen

À peine élus députés européens, les cinq membres de Podemos (Pablo Iglesias, Pablo Echenique, Lola Sanchez, Carlos Jiménez et Teresa Rodriguez) ont souhaité prendre leurs distances avec les privilèges des eurodéputés. En septembre dernier, Rodriguez, membre de la commission environnement, raconte : « En tant que député, on a accès à des informations qui permettent d’anticiper les futures attaques... et les mobilisations nécessaires. Ainsi, on a dénoncé les négociations secrètes concernant le traité transatlantique contre lequel on s’est clairement prononcé, un de nos premiers actes au parlement européen. Le troisième aspect, c’est de dénoncer de l’intérieur une institution qui défend la finance et les banques. »

Elle dénonce également le train de vie des députés : « Nous avons décidé ne pas toucher les 8.000 euros qu’attribue le Parlement européen à chaque parlementaire. D’une manière ou d’une autre, il nous semble que le fait d’avoir des conditions de vies qualitativement différentes de celles des représentés, autonomise les représentants publics. Dans mon cas particulier, je continuerai à toucher exactement le même salaire de doctorante : 1.700 euro », soit trois fois le salaire minimum espagnol.

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  • La différence entre ce qu’elle touche, 1.700 €, et les 8.000€ payés par l’Europe, qu’en fait-elle ? Elle pourrait les donner chaque mois...6.300€ pourraient aider ! et ne pas en faire cadeau à l’Europe !

    Chistian Le 19 janvier 2015 à 19:17
       
    • Tout les membre deputé europeen de podemos on signer un accord ,aucun n’a droit de percevoir plus de 3 fois le salaire minimum de reference en espagne donc aucun ne recoivent plus de 1935€

      http://youtu.be/mWKO4Giw8X4

      MANENTIAL Le 28 janvier 2015 à 15:11
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  • Chistian elle donne le reste à un fond de soutien aux grévistes.

    Par ailleurs Podemos n’est pas un partit politique classique, touts les textes ont été votés particulièrement le document de principes organisatrices, qui dit qu’un membre de la DIRECCTION de Podemos ne peut être affilié à un autre parti, à été voté avant que Iglesias soit secrétaire générale du parti.
    Chez Podemos c’est les militantes qui décident il’y a des différences idéologiques qui sont débattues et votés.
    Je comprends que ce n’est pas facile de comprendre quand on est habitués à la politique classique.

    Eugenio Le 21 janvier 2015 à 08:56
       
    • L’idée que tout baigne parce qu’à Podemos ce sont les gens de la base, des cercles, qui décident, est à nuancer. Au moment d’adopter les statuts du nouveau parti il faut clairement dire qu’un tournant, par rapport à la démarche de départ dite "inclusive", a été pris par Iglesias et ceux qu’il a décidé de réunir autour de lui en bloc découpé au couteau de ce qui n’est pas eux. Cela a été fait en usant jusqu’à la corde du charisme bien réel d’Iglesias et en faisant adopter un mécanisme électoral interne qui accorde 100% d’élus à l’équipe qui gagne. Dans le cas de figure de 49% de gens qui n’ont pas voté pour la liste Iglesias, ces 49% ont zéro représentation aux instances de direction. On peut toujours dire que, si la majorité des votants accepte ce mode de scrutin, c’est la démocratie... OK mais cela n’empêche pas de dire que l’abandon de toute représentation proportionnelle cela ne participe pas de la démarche fondatrice du parti qui voulait rompre avec le système dominant, la caste... On peut d’ailleurs remarquer en ce moment une montée énorme (un tiers de participation) 1/ de l’abstentionnisme lors du vote pour les structures municipales du parti par rapport au vote pour la direction nationale et 2/ du mécontentement dans les cercles envers le verticalisme qui se met en place. Les prochaines élections au niveau du fonctionnement des autonomies voient apparaître des listes alternatives, appuyées par de nombreux cercles, plus ouvertement critiques envers ces façons de de faire.

      Pour avoir une idée de ce virage inquiétant mais qui n’est pas irréversible, on peut remarquer que pour la direction du parti, au niveau de la communauté de Madrid, le candidat qu’Iglesias oppose à Miguel Urbán (du même mouvement Anticapitalistas que Teresa Rodríguez), qui est le candidat alternatif, occupe déjà 8 postes de responsabilité dans le parti ! Contrairement à Urbán, cette candidature n’émane pas d’une consultation libre des cercles mais tombe de la direction !

      Bref il n’est pas anodin qu’en Andalousie, la méthode Iglesias de promouvoir ses gens ait échoué et qu’il ait dû appuyer Teresa Rodríguez. Cela laisse espérer que Podemos redresse une voie de dérive incontestable et qu’il retrouve l’esprit du 15-M, des Indignés, dont il s’est nourri à son démarrage. Sí lo pueden... Oui, ils le peuvent !

      Antoine (Montpellier) Le 21 janvier 2015 à 12:21
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    • @Antoine (Montpellier)
      C’est beau le non-cumul des mandats... (Europe + région, même à EELV ils ne font pas ça !)

      "contre Syriza mais pour Podemos" : faudrait expliquer ? Le 22 janvier 2015 à 18:38
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