Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 12 octobre 2015

Tombent les chemises, tombent les masques

L’arrestation à grand spectacle, ce matin, de six salariés d’Air France accusés d’arrachage de chemise démontre une conception très sélective de la violence : celle d’un système qui cache systématiquement la sienne.

Vos réactions (13)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Six salariés d’Air France ont donc été placés en garde à vue ce lundi 12 octobre, dont quatre arrêtés à leur domicile dès six heures du matin : bel exemple de célérité d’une justice trop souvent accusée d’extrême lenteur. Il faut dire que l’affaire était grave et ne pouvait souffrir une simple convocation de justice. Terrorisme ? Important trafic de stupéfiants ? Bien plus grave, puisqu’il s’agit d’un crime de lèse-majesté ou, pour être plus précis, d’outrage à patrons. Devant un tel méfait, il fallait une réaction rapide et déterminée, Manuel Valls s’y était engagé, l’horreur de la situation l’exigeait.

On serait bien en peine de trouver un équivalent récent dans d’autres mobilisations ayant, elles aussi, fait l’objet de débordements. Les Bonnets rouges, pour ne pas parler de la multirécidiviste FNSEA, ont eu la pleine impunité. La grande délinquance financière qui détourne des milliards d’euros est au mieux poliment convoquée quand elle n’est pas absoute moyennant le paiement de quelques pénalités. Mais ce ne sont pas réellement des violences physiques, c’est toute la différence, objectera la cohorte des bien-pensants. C’est oublier les déclarations de Bernard Cazeneuve visant à couvrir les forces de répression lors de la mort de Rémy Fraisse à Sivens : « Ce n’est pas une bavure ». Pourtant, lui n’y a pas laissé sa chemise, mais sa vie. Ce cas, parmi bien d’autres, rappelle que l’impunité policière est aussi une réalité française.

Cette violence qu’on ne veut pas voir

Au-delà, c’est la petite musique qu’il y aurait d’une part des violences symboliques, acceptables, et des violences physiques, insupportables bien sûr, qui est révoltante. La violence sociale d’un plan de licenciements est elle aussi physique. À chaque fois, ce sont des vies brisées, des dépressions à répétitions, souvent des suicides. La direction d’Orange qui, par ses pratiques a généré plusieurs dizaines de suicides, n’a jamais été inquiétée. Pourtant, disons-le, celles et ceux au sein de la direction qui ont organisé, planifié ces méthodes sont des assassins et devraient relever de la Cour d’assises.

Lors d’un débat vif avec Clémenceau à l’Assemblée nationale en juin 1906 (lire ici), Jean Jaurès répondait ceci à celui qui, ministre de l’Intérieur, réprimait durement les grèves :

« Un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière, dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. »

Décidément, Jean Jaurès, c’est un tout autre socialisme que celui des commis du Medef qui gouvernent aujourd’hui la France. Qui en douterait ?

Vos réactions (13)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Alors que la presse des patrons et leur gouvernement s’en prennent aux travailleurs et pas aux profiteurs, voici ce qu’on peut lire dans la presse financière...

    Bloomberg : "S’en prendre au patron sont des outils incroyablement efficaces"

    A déguster ici http://wp.me/p5oNrG-f1h

    Charles Le 12 octobre 2015 à 18:25
  •  
  • Guillaume Liégard, vous mélangez tout.

    Il s’agit ici de violence physique à personne, commise par des individus identifiés et qui relève du code pénal. (pour mémoire un des vigiles a été sérieusement blessé)

    La violence sociale, c’est autre chose et il est irresponsable de mettre de l’huile sur le feu d’une situation suffisament complexe.

    Concernant Rémy Fraysse il y a une enquête en cours. Qui aboutira certainement a un non lieu je le concède, mais les zadistes , vous le savez ne sont pas non plus des pacifistes.

    Ne pas tout mélanger, c’est trop facile. On n’est quand même pas chez Air France dans Germinal.

    totoLeGrand Le 12 octobre 2015 à 18:51
       
    • "Toto le Grand",je vous ai connu plus inspiré dans vos interventions,avec lesquelles j étais souvent en accord,notamment sur l intégrisme djihadiste.
      Vous êtes devenu platement suiviste d un système basé sur la lâcheté et l injustice sociale.
      Le charme ravageur et la sympathie naturelle que dégagent Valls ou Sarkozy auraient ils agi sur vous ?Ou trouvez vous le système actuel sexy ?
      Ou,tout simplement,vous vieillissez.Désolé de vous le dire et de le constater...

      HLB Le 12 octobre 2015 à 20:57
    •  
    • HLB
      Une entreprise qui a 5 milliards de dettes, et perd 2,9 millions d’euros par jour est vouée à la disparition si elle ne restructure pas.
      S’il suffisait de casser la gueule des dirigeants pour que tout reparte, ça se saurait.
      C’est puérile tout ça.
      Clémentine a beau se révolter, tout comme Tsipras en Grèce, après on fait quoi ?

      totoLeGrand Le 13 octobre 2015 à 01:04
    •  
    • Ce n’est pas la faute des salariés si ces beaux messieurs de la direction d’Air France ont commis des erreurs stratégiques, pas plus que ne sont responsables ces mêmes salariés des conséquences de politiques néo-libérales qui ont consisté à privatiser les aéroports, en augmentant les taxes portuaires, en se confirmant aux dictats européens qui interdisent à un Etat d’aider qui que ce soit en vertu de l’ectoplasme concurrence "libre et non faussée" dès lors qu’il s’agit de biens publics, ce qui est une autre affaire, bien sûr, quand ’il s’agit de faire cadeau de prébendes au patronat Ce n’est pas la faute des salariés si ce gouvernement a troqué quelques ventes de rafales au Qatar contre l’ouverture à Qatar Airways, une compagnie d’un pays dont on sait qu’il est un modèle de démocratie et de droits de la femme.

      Si je concède que le manifestations de rage des salariés d’air France se situent à un niveau infra-politique, encore faut-il en comprendre la genèse qui mène des travailleurs à un tel point d’exaspération, quand est écartée toute autre possibilité de s’exprimer, ce qui va encore s’amplifier avec les lois du banquier Macron. La violence sociale des morts par accidents du travail, oui celle Rémi Fraisse qui passera aux oubliettes comme il en fut par le passé sous des gouvernement de droite affirmée, la violence pharmaceutique d’un Servier coupable de centaines de morts avec son médiator, j’en passe et des meilleures, oui ces violences-là, mortelles aussi, sont d’une autre trempe qu’une chemise déchirée, cependant que jamais sanctionnées si ce n’est qu’au prix de quelques milliers de d’euros de pénalité qui ne grèvent pas les poches du capital.

      Entre ces violences ci et ces violences là, vous comprendrez (ou peut-être pas, d’ailleurs je m’en balance) que ma compréhension aille aux premières.

      Babeuf

      Babeuf Le 13 octobre 2015 à 08:44
  •  
  • Sarkhozny en son temps avait qualifié les banlieusards de « racailles » et annoncé qu’il nettoierait leurs cages à lapins au karcher. Lui qui voulait il y a quelques années supprimer la « pensée 68 » avec son sinistre Duc Ferry est toujours aux prises avec son spectre. Il prend aujourd’hui des accents gaulliens en dénonçant la « chienlit » après l’épisode de la chemise déchirée au comité d’entreprise d’Air France.
    Notre inénarrable premier sinistre, Manuel Valse fait mieux en traitant les salariés d’Air France de « voyous ».
    Voilà le vrai visage des promoteurs du dialogue social : celui d’humbles serviteurs des grands patrons qui ont toujours été les fantassins de la guerre civile que le capital mène contre le travail. Ceux là, à la gauche de gouvernement comme sans surprise à sa droite, font le job en bons petits soldats et sans états d’âmes.
    Ils seraient pourtant avisés de se souvenir comme Sarkhozny du réveil régulier du génie insurrectionnel français et du caractère tranchant du raccourcissement républicain.

    ombline desbassayns Le 12 octobre 2015 à 20:35
  •  
  • Très bon article de Guillaume Liégeard,qui met en lumière,par l exemple,ce qu est, en réalité,le PS dans sa grande majorité.Quelle sera la réaction des "frondeurs" ?Et surtout,des organisations syndicales visées par cette criminalisation(CGT,SUD,FO) ?

    J espère que la leçon sera retenue pour les futures échéances électorales,et que Clémentine ne réitérera pas ses appels de soirs de 1e tour à voter à droite,enfin PS.

    Pour moi,il est impensable d imaginer voter pour ces gens là,(et je ne pense pas être un cas isolé )Quelles qu en soient les conséquences...

    HLB Le 12 octobre 2015 à 21:31
  •  
  • Justement, parce qu’elle a appelé à voter pour la droite, je me refuse à lui accorder encore du crédit. Ses analyses sont peut être acceptables. mais plus jamais un bulletin de vote pour ceux qui envisagent de s’acoquiner avec des traîtres incendiaires.

    VB

    Laurence Bondoin Le 12 octobre 2015 à 23:42
       
    • où avez-vous entendu que Clémentine Autain appelait à voter pour la droite ?

      Babeuf

      Babeuf Le 13 octobre 2015 à 12:27
    •  
    • où avez-vous entendu que Clémentine Autain appelait à voter pour la droite ? A moins que vous considériez que le "PS" est à droite, auquel nous sommes d’accord...

      Babeuf

      Babeuf Le 13 octobre 2015 à 12:29
    •  
    • entièrement d accord,Laurence.Le PS a clairement choisi le camp du capitalisme ET LE REVENDIQUE,CHAQUE JOUR,PAR SON ATTITUDE !!Alors,arrêtons, une bonne fois pour toutes ,de faire des contorsions,en radotant des consignes de "rassemblement de la gauche",comme si de rien n était.
      Quelle sera l étape suivante ?L appel à voter Sarkozy "pour faire barrage au FN" ?Refaire l erreur de 2002 ,en votant Chirac,pardon "en votant contre Le Pen",formulation hypocrite qui traduit la honte de l énoncer ?
      Donc:Macron,les mesures anti sociales,anti services publics,la criminalisation de l action syndicale,les cadeaux au MEDEF/CGPME...tout est pardonné ?(pour paraphraser Charlie)
      Rendez vous au soir du 1e tour des régionales,mais je crains que l histoire se répète.
      Quant à l allusion de Guillaume Liégeard à Trotsky,que je sache"il n est pas de sauveur suprême"et ce que dit Trotsky n est pas parole d évangile

      HLB Le 14 octobre 2015 à 00:28
  •  
  • Sous, presque le même titre, en complément :

    "QUAND LES CHEMISES TOMBENT, LES MASQUES AUSSI"
    http://guillaumeetievant.com/2015/10/10/quand-les-chemises-tombent-les-masques-aussi/

    Rodfab Le 13 octobre 2015 à 15:15
  •  
  • Erratum. dans mes lignes d’hier j’ai oublié de taper le mot "cas" après "auquel". ("auquel CAS nous sommes d’accord"). Bien évidemment, je suis d’accord avec Laurence. Il y a déjà beau temps que je ne vote plus pour le Parti Scélérat.

    Babeuf

    Babeuf Le 14 octobre 2015 à 09:16
  •