Accueil > Culture | Par Clémentine Autain | 8 avril 2015

Tout n’est pas bon dans le mouton

Je suis un mouton. Télérama, Le Parisien ou Les Inrocks m’ont enjoint d’aller dare-dare voir Shaun le mouton, le nouveau long métrage d’animation des studios Aardman, connus pour les aventures de Wallace et Gromit. Partie au taquet, je suis rentrée atterrée.

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Les panneaux sur les bus avaient produit tous leurs effets sur mes enfants, hurlant de joie à la perspective de voir au cinéma l’adaptation de la série télévisée. De cette sortie, je suis revenue avec une question : les critiques de cinéma ont-ils tous été endormis comme le fermier du film ?

D’accord, il n’y a aucun doute sur un fait : ce cinéma muet est sublime sur la forme et joliment burlesque pour brosser les situations. Saluons le talent esthétique. Mais peut-on en oublier le propos de fond que sert ce formidable décor ? En réalité, Shaun le mouton, c’est un peu la version modernisée de La Chèvre de monsieur Seguin. Du propos réac en barre. C’est l’histoire d’un mouton, Shaun, qui vit avec son troupeau dans la ferme d’un paysan et qui a envie de changer d’air. Comme la chèvre d’Alphonse Daudet, dans un élan de curiosité et de liberté, le mouton d’Aardman veut sortir de son pré-carré. Il enferme alors son maître dans une caravane qui dévale le chemin et s’échoue brutalement. Le berger perd tout contrôle de la situation et se retrouve loin de son exploitation, dans le tourbillon d’une grande ville.

Shaun et son troupeau entreprennent d’aller chercher le fermier. Et les voilà aux prises avec le terrifiant Trumper, chargé d’attraper les moutons égarés. Mais rien ne les arrête : ils vont ramener leur maître à la ferme et retrouver leur vie paisible. Happy end : tout le monde est revenu à sa place, les moutons sont bien gardés, loin de cette folie urbaine.

Si la fin est plus gaie puisque Shaun et ses amis sont sains et saufs alors que la chèvre de monsieur Seguin a péri, la ressemblance avec l’une des histoires les plus conservatrices racontées aux enfants depuis des générations est là : attention, quand on cherche à sortir du cadre, à prendre des libertés, le danger guette. Shaun le mouton a en prime le parfum en vogue du « c’était mieux avant », avec une opposition ville / campagne pour le moins caricaturale. Bref. Une morale poussiéreuse masquée par une performance esthétique.

Et les critiques nous parlent de « folle épopée », d’une « histoire captivante » ou de « comédie décalée » ? « Tout est bon dans le mouton ! », nous dit même Télérama. Qu’il me soit permis de les envoyer tous paître… Ou voir Maya l’abeille, dans sa version actuellement au cinéma. Le parfum est plutôt celui des années 1968. Si le film est assez ringard sur la forme, la morale – celle que je préfère – est sauve. Maya, qui a interdiction de sortir de la ruche, veut aller voir ce qui se passe dans le pré. Elle ose et aura raison de son audace : c’est elle qui va sauver les abeilles de la méchante reine.

Shaun le mouton , de Mark Burton et Richard Starzak. Grande-Bretagne-France, 1h25 mn.

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • ’Du propos réac en barre. ’ ?
    Mais que veut dire cette expression, ’Du propos réac en barre. ’ ?
    Vouloir se protéger d’un monde violent est ce ’ Du propos réac en barre. ’ ?
    Alors ’quid ’de la sécurité sociale,des allocations chômages,de la lutte contre l’insécurité,les violences,les intolérances,les ignorances,les abus de l’argent ?
    N’est ce pas ’cette gauche bobo ’ qui empêche le progrès des forces à la gauche du PS,par sa déconnexion avec les enjeux actuels de dérégulations et de déprotections des plus exposés ?

    Mohamed Le 8 avril 2015 à 04:38
  •  
  • Clémentine Autain a trouvé sa voie, le film d’animation pour enfants comme Cohn-Bendit le foot, qu’ils y rstent !

    Fulgence Le 8 avril 2015 à 10:18
  •  
  • Vouloir se protéger d’un monde violent, ce n’est pas se replier bâtiment dans ses frontières ou dans l’illusion niaise du c’était mieux avant. ça, c’est la définition même du réac : le rêve du silence des pantoufles et d’une société de petits propriétaires bien protégés derrière leurs barbelés et devant leur télé ; Clémentine Autain a parfaitement raison de le critiquer, même si ça fait ricaner ceux pour qui l’imaginaire proposé aux enfants, c’est un sujet mineur, et qui après chialent quand les enfants une fois grands virent droitards.

    Valdo Le 8 avril 2015 à 18:10
       
    • Depuis toujours c’est d’abord dans les familles et parfois plus tard contre la famille que se construit la conscience politique des individus. Aux parents d’être les éveilleurs de citoyenneté, les antidotes indispensables aux multiples conditionnements médiatiques et institutionnels (Programmes et manuels école, collège, lycée...) dont leurs enfants sont la cible. A nous enfin en luttant contre le système, les politiciens, les médias à la solde des profiteurs sans scrupules d’aider les exploités à ne pas capituler et à faire leur possible pour armer leurs enfants d’un esprit critique et solidaire.

      Fulgence Le 8 avril 2015 à 23:46
  •  
  • Bonjour Clémentine,
    J’ai, moi aussi, été assez déçu par “Shaun le mouton”. Pas seulement à cause du contenu, mais aussi par la facture… très pauvre par rapport aux délicieux “Wallace et Gromit”, des mêmes auteurs. (En plus, je n’avais même pas l’excuse d’y accompagner des enfants.)
    Mais si je prends le clavier, c’est à propos de la référence que tu fais à “La chèvre de monsieur Seguin”. Selon moi, l’effet produit par le conte de Daudet est beaucoup plus équivoque que ce que sa morale “officielle” pourrait laisser croire. Certes, “au matin, le loup l’a mangée”… mais, avant ça, on est invité à admirer le courage et l’acharnement déployés par Blanquette pour résister (toute la nuit : au moins aussi longtemps que la Noiraude). Un résistance partagée par des générations de chèvres (Blanquette est la septième).
    Sans rire, passé la cinquantaine, j’y vois encore une éthique de résistance qui a peut-être bien nourri et entretenu mon engagement militant.
    Bien à toi.

    Ferdinand Le 9 avril 2015 à 16:52
  •  
  • Bonjour,
    Je ne pense pas que Shaun le mouton soit un film "réac en barre". Je n’y ai vu aucun message politique.
    Certains films possèdent un message fort, comme par exemple "Nausicaa" ou "Pompoko" de Ghibli voir même "le Lorax". D’autres ont des messages dont il faut évidement se méfier, je pense ici à "Mr Peaboby et Sherman" qui présente un Robespierre belliqueux. "Shaun le mouton" ne rentre pas dans cette catégorie, il se veut être un pur divertissement.

    Ce film est sympathique. Sans doute la critique le surcote un peu, mais si on ne veut pas suranalyser le fond,c’est un bon film pour tous les ages. Pour les plus grands il y a notamment les clins d’œil aux "Silence des agneaux" et "Taxi driver".

    Quand à Maya que j’ai pu voir aussi, je peux assurer à Clémentine que la forme "n’est pas ringarde".
    Si par ringarde, elle parle des images de synthèse, celles-ci sont bien propre et pas vieillotte du tout. Bien sur il ne faut pas comparer ces images 3d aux réalisations de Pixar, BlueSky et Dreamworks et les 160 millions de dollars (voir 260 M pour Raiponce) qui leur sont alloués par projet. Maya n’est clairement pas dans la même division que ces Géants.

    Si je sur-analysais, je dirais que Maya rend hommage à la monarchie et qu’il envoie un message pas très républicain,... mais je ne suranalyse pas.

    Rodfab Le 9 avril 2015 à 19:37
  •  
  • Quelle analyse niaise. Vaudrait mieux ne rien écrire que des articles comme ça. Moi qui pensait trouver des analyses réfléchies ici. Y en a parfois dans les commentaires.

    totoLeGrand Le 15 avril 2015 à 00:21
  •  
  • Le "c’était mieux avant" est devenu une expression stéréotypée qui à mes yeux ne veut ne veut rien dire. Cet "avant" c’est quoi au juste ? Les années 68 ou avant 68 ? Les années 90 ou les années 40 ? Et puis qu’est-ce qui était mieux, qu’est-ce qui était moins bien ? Si je pense aux animaux, oui, pour certains c’était mieux "avant", les poules pouvaient s’ébattre en plein air quand maintenant elles vivent cloitrées dans quelques cm2.
    Pour moi qui ne suis plus toute jeune, je dirai c’était mieux quand on pouvait appeler un médecin et qu’il se déplace à domicile, c’était mieux de penser qu’on aurait une retraite décente, c’était mieux d’avoir des perspectives d’emploi. Et maintenant qu’est-ce qui est mieux qu’"avant" ? C’est mieux de vivre en paix (mes parents ont vécu la guerre), c’est mieux de voter con plutôt que de ne pas voter du tout, etc, etc. Qui peut dire "c’était mieux avant" sinon Clémentine Autain quand elle parle des "réacs" qui existent plus dans sa tête que dans la réalité.

    Marif Le 29 avril 2015 à 20:35
       
    • A part mon désaccord avec votre conclusion : les réacs existent, que Clémentine dénonce... Je suis d’accord avec vous que la question mérite d’être dialectisée : l‘idéologie du « changisme », du changer pour changer, est largement entrée en crise, et il est devenu essentiel, notamment face au capital qui ravage notre modèle social, sous couvert de dénonciation des « conservatismes », de déterminer ça qu’il faut changer, et ça qu’il s’agit de conserver : ce que signifie concrètement surmonter, dépasser les conditions actuelles... Afin que changer ne signifie pas systématiquement liquider !...

      Aubert Sikirdji Le 29 avril 2015 à 21:44
  •