Accueil > Monde | Par Guillaume Liégard | 25 janvier 2015

Triomphe de Syriza : ce n’est qu’un début, mais quel début !

Avec 36,34 % et 149 députés, le succès de Syriza est historique. Sa portée est immense pour le pays, mais aussi pour l’Europe et pour la gauche qui veut être de gauche.

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Avec 36,35% et 149 députés, le succès de Syriza est historique. Sa portée est immense pour le pays, mais aussi pour l’Europe et pour la gauche qui veut être de gauche. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur grec et après dépouillement de 99,80% des bulletins, la coalition de la gauche radicale obtient 36,34 % des voix contre 27,81 % pour la Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras.

Dans la dernière ligne droite, la dynamique du changement, la perspective d’une rupture avec les politiques de la Troïka qui ont littéralement dévasté tout un pays a été irrésistible. Avec 149 sièges, Syriza rate cependant de peu la majorité absolue au parlement qui est de 151.

Un immense bonheur

La première réaction est d’abord celle d’une joie intense. Le peuple grec qui, tout au long de ces années, a été martyrisé sur l’autel de la finance a choisi la voie de l’espoir et de la dignité. Les pressions en tous genres, les menaces de la Communauté européenne, les chantages du FMI… rien n’avait été épargné aux électeurs grecs. Leur vote, limpide, exemplaire est l’expression du refus des politiques d’austérité aux conséquences dramatiques sans céder aux sirènes de l’extrême-droite et du populisme.

« Le choix est plus clair que jamais. Soit la Troïka revient et poursuit le travail de Samaras et la catastrophique politique d’austérité, soit on va vers une renégociation dure et difficile avec nos partenaires pour reconquérir une vie digne », avait déclaré Alexis Tsipras à la sortie de son bureau de vote en milieu de matinée. Et bien, c’est fait, ce soir l’espoir renaît.

Une tâche immense

Le succès électoral acquis, le plus dur est désormais à venir. D’abord parce ceux qui ont tout fait pour barrer la route à un changement de politique en Grèce n’ont en rien abdiqué et vont s’échiner désormais à torpiller les aspirations au changement du peuple grec : la Commission européenne, bien sûr, mais aussi les gouvernements allemands et français. En 2012, François Hollande à peine investi, avait déclaré à quatre jours des précédentes législatives : « Si l’impression est donnée que les Grecs veulent s’éloigner des engagements qui ont été pris et abandonner toute la perspective de redressement, alors il y aura des pays dans la zone euro qui préféreront en terminer avec la présence de la Grèce dans la zone euro ». Un message qui ressemblait bigrement à une menace. Il ne faut pas oublier que 70% des aides à la Grèce sont allés au secteur de la finance, c’est à dire in fine à des banques françaises et allemandes.

Ensuite, la Grèce est un petit pays de 11 millions d’habitants qui ne représente que 1,6% du PIB de la Communauté. Cette réalité économique et démographique pèse évidemment dans la capacité à renégocier avec les autres pays. Face à cette coalition des puissants, la vigilance, le soutien et la solidarité des forces de gauche européennes vont être indispensables dans les semaines et les mois à venir.

Une victoire de portée européenne

La victoire de Syriza dépasse de beaucoup les frontières de la Grèce. C’est « un message qui n’affecte pas seulement les Grecs mais qui résonne dans toute l’Europe », a déclaré à la télévision Mega Panos Skourletis, le porte-parole de Syriza. C’est, en effet, toute la gauche européenne qui peut être revigorée. Ce succès est une première victoire qui en appelle d’autres et qui peut déclencher un effet domino salvateur.

Les élections générales en Espagne à la fin de l’année 2015 sont un autre espoir si comme c’est possible Podemos remporte le scrutin. « Nous prendrons d’abord Athènes, puis Madrid », a déclaré récemment Alexis Tsipras. Ce n’est qu’un début, mais quel début !

Lire aussi :
Portrait d’Alexis Tsipras, meilleur espoir européen

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Vos réactions

  • Super mais Syriza est au pied du mur.Rdv aux prochaines élections.Car c ’est là que Syriza aura montré ou pas
    Son bilan.

    eric Le 26 janvier 2015 à 06:11
       
    • Vous parlez de Bilan : vous connaissez sans doute que c’est un banquier mondialement qui après avoir sciemment maquillé les comptes de la Grèce a permis à celle-ci d’entrer dans l’Euro. Conclusion : ne faisons jamais confiance à un Bilan, c’est une photographie qu’on maquille comme on veut, en fonction de ce que l’on veut obtenir ! Ce qui est sûr, c’est que la finance a perdu contre le peuple. Les banquiers peuvent mourir (voir Lehmann) pas les peuples ! Vivent les Grecs !

      mattéo Le 26 janvier 2015 à 10:59
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    • La contre-offensive des adorateurs du Veau d’Or est et sera à la mesure du danger de contagion...On n’a pas la bourgeoisie la plus bête du monde...Les chiens des médias aboient déjà en chœur et ce n’est qu’un début...Ce qui serait bien pour reconstruire une crédibilité en France - qui à l’heure actuelle n’existe pas - ce serait de trouver la forme d’organisation et le programme qui permette de s’adresser à ceux qui ont le plus besoin de changement...La France pauvre n’est pour la Mère Facho ou s’abstient que parce qu’elle ne se reconnait pas dans le FDG et EELV...cela lui apparait comme ne concernant que ceux qu’elle appelle - de façon d’ailleurs impropre - les intellos...Où sont les ouvriers , les chômeurs , les précaires dans l’électorat de JLM ?
      Qu’on me comprenne bien...si les grecs ont accordé leur confiance à Syriza c’est qu’il y a en Grèce le feu au Lac...qui pour l’instant n’a pas -pour l’instant et à court terme tout au moins- la même ampleur en France...L’effet domino ne fonctionne que si les dominos ont le même poids.la France n’est ni la Grèce ni même l’Espagne.

      Dominique FILIPPI Le 28 janvier 2015 à 09:37
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  • Oui ce résultat est une pure joie, un pur espoir pour tous aussi.

    J’espère que la Grèce va trouver partout chez les citoyens européens la solidarité nécessaire à la réussite de leur politique car je ne me fais pas d’illusions, le monde de la finance est au combat pour tuer la démocratie grecque.

    La Renaudie Le 26 janvier 2015 à 10:01
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  • 1°) Les propos de Hollande sont totalement insupportables malgré l’ambiguïté derrière laquelle ils tentent -vainement, on connaît trop la pratique aujourd’hui - de masquer une pratique d’ingérence digne de la guerre froide. Vainqueur confirmé, Syriza reçoit cependant aujourd’hui les félicitations du président français aussi prompt à aboyer avec la meute qu’à tenter de récupérer -pour un gouvernement (voire un PS ?) qui n’a plus rien de gauche - une victoire qui pourrait bien marquer une rupture majeure dans la gestion des politiques de la crise de (confiance) de la finance (et non pas crise financière car il n’y a jamais eu autant de liquidités dans les banques, celles-ci étant en fait les victimes des instruments qu’elles ont elles-mêmes créés hors de toute régulation ). Partout les vraies gauches doivent soutenir Syriza et donner une bonne (définitive ? ) leçon à cette finance internationale qui, pour assurer sa survie a réussi ( merci le lobbying ! ) à imposer à la planète une mondialisation financière dont le risque systémique permanent est désormais la principale caractéristique ! La Grèce, avec seulement 300 Mds de dettes, peut, comme n’importe quel autre "petit pays occidental" faire basculer la finance européenne et donc mondiale ! Tout simplement par ce que face à ce risque systémique aucune régulation réelle n’a été mise en place.
    2) L’hypocrisie Allemande face à la Grèce(je leur vends des sous-marins et je spécule en même temps sur la dette souveraine ) se double d’une amnésie surprenante, pour un peuple d’un haut niveau culturel : en 1953, la RFA elle-même s’est vue effacer ses dettes, notamment vis à vis d’un certain pays qui avait pour nom... Grèce. Le peuple allemand est-il en train de devenir un peuple comme les autres ? Je le crois et je l’espère. Ce n’est pas le peuple égoïste que les cinglés d’une austérité budgétaire qui a totalement failli veulent nous vendre comme exemple d’une zone Euro construite par et pour les banquiers et qui devra profondément se réformer institutionnellement pour avoir une petite chance de survie.
    3°) C’est en fait l’ensemble de la finance mondialisée qui vit des intérêts des dettes publiques (les banques américaines en USA en premier et sans Goldmann-Sachs, la Grèce n’aurait pas pu entrer dans l’Euro ! ) que leurs soutiens politiques sont cependant les premiers à fustiger ! Hypocrisie asbsolue donc ! C’est d’autant plus stupide que tout le monde sait que les dettes accumulées de la plupart des pays ont atteint de tels niveaux, qu’elles ne pourront jamais être remboursées, sauf à plonger le monde entier dans la récession et la déflation ! Les banquiers le savent mais ne peuvent évidemment pas le dire : question d’honneur de l’arroseur arrosé !
    4°) Un peu de légèreté pour finir : PIGS voudrait dire désormais : Principal Instigateur : Goldman-Sachs

    mattéo Le 26 janvier 2015 à 10:48
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