Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 9 novembre 2015

Un "Mouvement commun" pour faire avancer la gauche

Lancé ce dimanche en présence de la plupart des dirigeants de la gauche critique, le Mouvement commun – entre mouvement social et mouvement politique – veut réconcilier acteurs associatifs, syndicaux et citoyens avec la construction politique.

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C’était l’endroit où il fallait être. Ce dimanche 8 novembre, en pleine campagne pour les élections régionales, le lancement du Mouvement commun, porté par le député PS frondeur Pouria Amirshahi, a réussi son pari. À Montreuil, plusieurs centaines de personnes – militants politiques et associatifs, représentants du mouvement social, de Paris et de province – ont participé à ce moment fondateur, qui a bénéficié de la présence bienveillante de la plupart des ténors de la gauche critique.

« Ni parti politique ni écurie présidentielle », le Mouvement commun entend renouer avec « l’espoir » et le « rassemblement » d’une famille dont l’émiettement se poursuit. Les initiateurs, forts d’un appel signé par deux mille personnes, invoquent autant Podemos que la première campagne d’Obama, l’ébullition de la révolution citoyenne en Tunisie ou l’expérience grecque. Tout pour renouer avec la convergence des différentes familles de la gauche, qu’elle soit politique, associative, syndicale ou citoyenne.

Politiques à l’écoute des associatifs

Dès 13h45, des dizaines de personnes sont déjà massées. On est surpris de se retrouver là, on se salue, on s’embrasse. Les premiers échanges ont lieu sur le trottoir devant La Parole errante, nom du lieu d’accueil. Tout un symbole, comme si la parole de gauche errait plus dans le mouvement social que dans sa traduction politique.

Dans les ateliers qui permettent, après une courte présentation, aux présents de participer à la mise en marche du Mouvement commun, une voix s’élève : « Depuis dix ans, les effectifs du mouvement associatif augmentent régulièrement et ceux des partis ne cessent de diminuer… Vous ne trouvez pas que ça pose question ? » Dans la foulée de la rencontre "Échanger pour changer", organisée par Pouria Amirshahi en septembre 2014, les militants politiques se font humbles, à l’écoute. Guillaume Balas, eurodéputé et secrétaire général de la tendance socialiste Un monde d’avance, assiste à l’intégralité de son atelier, prenant beaucoup de notes et intervenant peu.

Antoine de Cabanes, militant communiste, lui aussi, participe studieusement au groupe de travail réuni dans la vaste salle montreuilloise. À l’instar de Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-les Verts, Antoine voit dans l’organisation du travail des échos aux "chantiers d’espoir" initiés en début d’année par cinq cents personnalités majoritairement issues de la gauche de gauche. La différence du Mouvement commun est de taille : c’est au sein de la sensibilité socialiste qu’émerge le mouvement social lancé à Montreuil. « C’est parce qu’elle témoigne des bougés au sein de la famille sociale-démocrate que cette initiative est intéressante », se félicite Manuel Menal, militant communiste parisien.

Passerelles entre les composantes de la gauche

Auréolé de son récent vote contre le budget présenté par le gouvernement, Pouria Amirshahi réussit le pari de crédibiliser une dynamique auprès de partenaires assez prompts aux préalables. Ainsi, la Montreuilloise Dorothée, en rupture de PS depuis 2013, ne peut retenir un « Pouria, oui, il est bien… Mais il est encore au PS ». La volonté du Mouvement de travailler aux convergences sans exiger de préliminaires et, pour cela, de « se projeter après 2017 », se heurte déjà à des réflexes bien ancrés. Éric Coquerel mène, « sans arrière-pensées ni préventions », la délégation du Parti de gauche (PG) : « Tout ce qui apparaît comme une démarche critique de la politique du gouvernement nous intéresse ».

Mais le numéro deux du PG prend le temps de rappeler une des « faiblesses » du Mouvement commun : « Contourner 2017, alors que les forces anti-austérité rassemblées pourraient casser la baraque, nous semble une erreur. Et cette volonté ne doit pas laisser penser que rien n’existait avant. Nous ne sommes pas devant une feuille blanche. » Et de rappeler les Comités unitaires anti-libéraux, le Front de gauche… pendant que Marie-Noëlle Lienneman, sénatrice PS de Paris, mentionne Gauche avenir comme une des nombreuses passerelles entre les composantes de la gauche.

C’est effectivement dans cette dynamique, inscrite depuis 2005 et la campagne de gauche pour un "non" au traité constitutionnel européen que se situe le Mouvement commun. L’envie d’avancer ensemble, de se rassembler autour d’actes concrets, l’emporte parmi les présents.

Dépasser la crise des partis

Beaucoup des participants, y compris parmi les dirigeants présents, diagnostiquent les partis politiques en bout de course. Cécile Duflot résume la contradiction : « Nous avons besoin de partis mais ils ne peuvent pas résumer le projet, le réarmement politique ni même le questionnement du rapport de la gauche au pouvoir ». À quelques dizaines de mètres, Soumia Zahir, « ex élue, ex militante, ex responsable fédérale, ex… », est plus sévère : « Les partis politiques sont coupés de la réalité, du terrain… Ils envoient des éléments de langage aux militants qui vont à porte-à-porte. Les partis ne sont plus que dans la reproduction des élites ». Échaudée et craignant l’eau froide, elle est pourtant venue avec, encore, de l’espoir.

Comme Soumia, Marie-Christine Viergeat, eurodéputée apparentée Front de gauche, se réjouit d’un rassemblement qui dépasse « les intérêts partisans, forcément de court-terme ». « Des mots de l’appel me réjouissent, notamment cette volonté de mettre du "nous" à la place du "je" », poursuit la parlementaire élue dans le Sud-Est. Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, une des composantes du Front de gauche, salue « un état d’esprit qui inscrit une dynamique non dans un nouveau cartel de partis mais dans une mobilisation citoyenne ». Pour elle, « ce qui fonde cette initiative n’est pas soluble dans un soutien à la politique gouvernementale. Les signataires se trouvent placés devant la responsabilité de faire émerger une nouvelle force politique, résolument de gauche. »

Le Mouvement commun ne sera donc « ni un parti, ni un club, ni un think tank », mais « un mouvement interactif, inventif et créatif », martèle Anna Melin, une des fondatrices de la nouvelle mouvance. Peu importe si une bonne partie des dirigeants de gauche présents passent plus de temps à discuter à l’extérieur plutôt que d’assister aux travaux des ateliers. « Cela montre qu’ils ont toujours envie et besoin de se parler, sourit Fanélie Carrey-Conte, députée socialiste de Paris, en sortant de son groupe de travail. Si, déjà, nous leur offrons un espace pour échanger, alors que la campagne est difficile, c’est déjà bien. »

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Vos réactions

  • Un mouvement de plus. Pour rassembler, encore et toujours, et s’émietter toujours davantage, faute d’un porte parole faisant l’unanimité.
    Un porte parole qui ne se la joue pas, qui ne fait pas le beau, qui ne fait pas carrière, aux accents non autoritaires, qui ne se distingue pas plus que nécessaire au sein d’une équipe représentant l’ensemble des courants. Pas un guide suprême se croyant investi pour répandre la bonne parole sur tout et n’importe quoi, sur l’Ukraine, sur la Syrie, sur Poutine, par exemple. Pas un porte parole repoussoir sur les médias aux yeux de nombre d’électeurs moyens, comme on l’entend dire si souvent.
    Que celui ou celle qui se sent visé prenne ses cliques et ses claques.

    Jean-Marie Le 9 novembre 2015 à 06:54
       
    • Malheureusement pour vous, celui que vous honnissez, à l’égal sans doute des sociaux-libéraux, est celui qui a le mieux porté jusqu’à maintenant le flambeau de la radicalité. On peut aimer ou non son style, c’est tout autre chose.
      On sent poindre dans vos propos une sorte de haine malsaine à son égard qui n’a rien a envier avec celle distillée chaque jour par ses adversaires, y compris ceux qui font mine, parfois, d’être ses partenaires. C’est le seul à tenir la route pour 2017.
      Sur la Syrie et Poutine, l’on voit bien que la machine à décerveler marche fort bien. A force de trop regarder France 2 ou lire le monde, on devient plus atlantiste que les atlantistes partisans du choc des civilisations ou néocons de tout poil.

      rody Le 9 novembre 2015 à 11:40
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    • Vous parlez de qui ? de Pierre où de Clémentine ?

      alain Le 9 novembre 2015 à 13:32
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  • ce "mouvement commun", soit il réifie les ‎Front de Gauche‬ avec les ‪‎NPA‬ et ‪‎LO‬ (Lutte Ouvrière), soit il rajoute aux subdivisions du versant minoritaire de la Gauche française...

    laurentgantner Le 9 novembre 2015 à 10:57
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  • 175 ème mouvement de ce type avec toujours les mêmes universitaires et militants parisiens, invoquant encore et encore des citoyens qui se désintéressent absolument d’eux, avec toujours aucune idée novatrice de comment faire etc.

    A l’année prochaine pour encore une création improbable visant à "rassembler" pour une "alternative sociale et écologique" à la gauche du PS et patati et patata.

    Robert Le 9 novembre 2015 à 14:48
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  • les "rassemblements citoyens" existent déjà et vont se former dans leurs assemblées citoyennes locales. C’est vrai que les militants du pcf et de ensemble le boude encore (150 sur 1800 en idf !), mais c’est au moins une base antilibéral et anticapitaliste et pas un nouveau truc de récupération socialdemocrate

    klaus Le 9 novembre 2015 à 17:22
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  • la graphie en italique apporte un style primesautier.
    Enfin,tout ça débouchera sur un programme commun,ou pas,sinon quel est l’intérêt ?
    expliquez moi,merci

    paolo Le 9 novembre 2015 à 19:02
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