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Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 6 juillet 2015

Un "non" pour changer l’Europe

Le séisme politique que les pouvoirs hostiles à Syriza avaient tenté de conjurer a bien eu lieu. S’ils ne vont pas renoncer à écraser la fronde, la Grèce a choisi de changer son destin, et a peut-être déjà changé celui de l’Union européenne.

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L’écrasante victoire du "non" au référendum en Grèce constitue, en ces heures qui lui succèdent immédiatement, une immense victoire. D’abord contre le chantage, la propagande et les peurs agitées devant les électeurs, dans leur pays comme sur tout le continent. Elle dit aussi que la dignité des Grecs, bafouée avec une rare constance depuis cinq ans, ne peut pas l’être plus. Elle dit encore une réalité soigneusement occultée ici : les Grecs ne peuvent craindre plus de misère que n’en ont provoqué les politiques d’austérité.

Elle récompense aussi un courage politique que les préceptes au fondement de cette UE avaient cru éradiquer en affirmant la fin de l’histoire et la fin de la politique et l’impossibilité de toute alternative. Il n’est pas dit que l’onde de choc de ce 5 juillet suffise à faire advenir, cette fois-ci, une telle alternative. Mais elle en restaure la possibilité, ne serait-ce que dans les esprits. La suite de la crise – qui n’est plus seulement grecque, mais bien européenne – est indiscernable : le "non" est effectivement le « saut dans l’inconnu » agité ces derniers jours pour épouvanter les foules. Mais ceux qui ont le plus de raisons d’avoir peur sont ceux qui ont le plus à perdre.

La mesure du désaveu

Le tour pris par les négociations donnera assez vite, lors des prochains jours, une idée des nouveaux rapports de forces immanquablement instaurés par l’issue du référendum. La Troïka ne va pas aimablement céder devant le verdict populaire, mais envisager de faire rendre gorge au gouvernement d’Alexis Tsipras et de faire payer aux Grecs leur vote.

Cependant, les gouvernements et les institutions européens sont désormais dans l’obligation de considérer les conséquences d’un grexit ou d’un défaut grec pour leurs propres intérêts, les risques pour le système financier dont ils sont devenus les auxiliaires, les conséquences d’une rupture de cette union monétaire qu’ils ont si ardemment défendue. Le refus, en particulier, d’admettre la nécessité si largement admise d’une restructuration de la dette, est-il encore tenable ?

Avec un peu de candeur, on peut espérer que les administrateurs l’UE prennent aussi la mesure d’un désaveu qui s’étend et s’étendra de plus en plus, bien au-delà de la Grèce. Avec beaucoup de candeur, on se dira même qu’ils sentiront le parfum de poudre sur tout le continent, feront le constat de leur échec et se rappelleront soudainement la différence entre un parti de gauche radicale et un parti d’extrême droite. Perdons toute réserve, envisageons carrément que les partis socio-démocrates prennent conscience de la déroute politique perpétuelle à laquelle ils se sont condamnés. Et quitte à forcer sur les opiacés, imaginons François Hollande déterminé à ne pas laisser filer une énième occasion historique.

61,3% d’optimisme pour la suite

Quoi qu’il en soit, est-ce que les individus et les institutions qui gouvernent l’Europe peuvent encore s’acharner dans la défense forcenée d’un dogme de plus en plus discrédité ? C’est certes le scénario le plus probable, ce serait même le remake d’un film éculé et les médias dominants sont prêts à le diffuser. Mais est-il encore réaliste, tant les digues, aussi massives soient-elles, semblent n’avoir jamais été aussi fissurées ? Est-il réellement permis d’avouer si ouvertement un tel mépris pour la démocratie, une telle indifférence pour les peuples ? Car si les eurocrates ne peuvent déjà plus enrayer l’émergence des contestations citoyennes, cela signifie que leur heure est bientôt passée.

La suite des événements est donc incertaine, mais elle est ouverte. Le "non" grec peut précipiter une crise politique au sein de l’UE et rompre un consensus austéritaire dont l’absurdité est certifiée de toutes parts, l’Allemagne semblant partie pour faire le choix d’une radicalisation qui peut l’isoler et faire apparaître des divergences. Quelque chose d’important s’est en tout cas passé, et même dans l’hypothèse d’une brutale répression économique de la rébellion grecque, on peut croire que l’Europe de la finance et du libéralisme se verra significativement ébranlée.

Sans attendre la mise en œuvre de ce programme, l’appel d’Alexis Tsipras en faveur d’« une Europe de la solidarité et de la démocratie » doit enfin rencontrer un écho. Solidarité, démocratie, justice … Si le premier ministre grec peut, avec plus de légitimité que n’importe lequel de ses homologues européens, prononcer de tels mots, c’est parce que lui seul a tâché de leur donner un sens dans ses actes.

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Vos réactions

  • Excellente synthèse. Je pense que la Sainte-Alliance va se remettre très vite au travail car il lui A TOUT PRIX contrecarrer ce camouflet. L’Allemagne et son caniche français sont prêts à tout faire - y compris en prenant de gros risques -pour que la victoire démocratique des grecs ne s’étende à d’autres pays.Les américains sont également à la manœuvre...La bourgeoisie dans la crise préférera toujours Hitler au Front Populaire.Aucun doute n’est permis : la bourgeoisie est féroce quand ses intérêts de classe sont en jeu.

    Dominique FILIPPI Le 6 juillet 2015 à 11:37
       
    • il lui faut à tout prix

      Dominique FILIPPI Le 6 juillet 2015 à 11:38
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  • Jérôme Latta ! Je trouve votre analyse absconde. Totalement basée sur des principes abstraits. Bien sûr qu’il faut respecter la démocratie (ce qui effectivement je vous l’accorde n’est pas le principe des institutions européistes). Les financiers, c’est qui ? Et bien ce sont nous, les contribuables français. La Grèce va pouvoir faire faillite comme dit Maurice (c’est à dire ne pas nous rembourser). Mais la seule question qui se pose c’est après on fait quoi ? Est qu’on garde ces Grecs dans l’Euro et l’Euro-groupe en annulant leur dette et en recommençant à leur donner de l’argent (de nos impôts) ou est qu’on va enfin se séparer d’eux leur rendre leur draghme et les laisser se débrouiller ? Et en finir avec cet Euro qui est une absurdité économique ?

    totoLeGrand Le 6 juillet 2015 à 16:22
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