Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 22 octobre 2016

Une gueule de fachosphère

Poursuivons bravement la chronique de l’élection qui vient • Marine Le Pen déjà à l’Élysée • Zemmour, rentier de la provoc’ • La droite au libéralomètre • Macron se casse la voix • Zinzin en islamie • Hollande ou la gauche relative

Vos réactions (14)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vers Le Pen et au-delà

L’an dernier était paru La Présidente, une bande dessinée imaginant justement l’élection de Marine Le Pen en 2017. Voici la suite : Totalitaire. Si le projet est le même – « il est encore temps d’éviter le pire », résume un autocollant sur la couverture –, le récit s’aventure plus avant dans la politique-fiction, cette fois à la veille des élections de 2022. Alors que la présidence frontiste enfonce la France dans un ordre autoritaire et sécuritaire, un "front républicain" se forme derrière un candidat improbable, Mohamed Labbes, qui fédère autour de lui… Valls, Montebourg, Bertrand, Pécresse ou Le Maire.


C’est dire en quoi ce second volume présente la même faiblesse que le premier, en poursuivant une diabolisation exclusive du FN qui occulte à quel point les partis de gouvernement, PS compris, lui ont emboîté le pas et cautionné ses idées. Les auteurs ironisent pourtant sur le fait que l’exécutif lepéniste n’a eu qu’à étendre les lois liberticides adoptées par le gouvernement socialiste… Mais en précipitant le scénario vers une fuite en avant fasciste du régime, ils entretiennent encore le mythe du barrage à édifier aujourd’hui, sans voir que les digues ont rompu il y a longtemps. Ni considérer la responsabilité des politiques économiques préconisées par tout ceux-là.

La Présidente, tome 2 – Totalitaire, de François Durpaire et Farid Boudjellal, Les Arènes BD / Demopolis, 20 euros.

Géopolitique du siège de campagne

Pour les conseillers en communication, il s’agit souvent d’attirer l’attention sur l’information qui arrange leur client en la détournant de celle qui l’ennuie. Opération réussie pour ceux de Marine Le Pen avec l’annonce du lieu choisi pour son siège de campagne. Au 262 rue du faubourg saint-Honoré, soit… « tout près de l’Élysée », ont retenu les médias.


À 207 numéros et un kilomètre et demi de distance, ce voisinage est pourtant lointain. Il aurait été plus pertinent de souligner que la candidate dont le slogan est "Au nom du peuple" a choisi de rester très loin de ce dernier, portant son choix sur un quartier emblématique des milieux d’affaires et de la grande bourgeoisie.

Dividendes de la provocation

Les néoréactionnaires comme Robert Ménard et Éric Zemmour ont bien compris le fonctionnement du système médiatique dont ils sont eux-mêmes le produit. La principale force de leur rhétorique est non seulement qu’elle échappe à toute rationalité, et donc à toute réfutation, mais aussi qu’elle se nourrit de l’écho que leurs provocations susciteront mécaniquement. Un écho dû pour une part à la complaisance active ou passive des médias qui les répercutent, pour une autre aux indignations que l’on croit devoir leur opposer.


Avec ses unes fangeuses, Valeurs actuelles doit ainsi beaucoup de sa médiatisation – gratuite – à ceux qu’elles ulcèrent et qui les relaient sur les réseaux sociaux. L’éditeur d’Éric Zemmour n’a pour sa part pas craint d’afficher son cynisme en faisant de la réprobation un argument de vente, avec cette publicité parue dans Le Figaro. Et en accueillant l’apologue de la France mythologique, la municipalité biterroise de Robert Ménard a donné dans le même registre. Autant de manières, aussi, de traduire l’impuissance générale face à la radicalisation identitaire.

Libéralomètre

Autant s’adresser aux spécialistes : pour mesurer le degré de libéralisme des candidats à la primaire de la droite, on se référera donc au baromètre mis au point par le think tank Génération libre, qui a évalué les propositions des sept prétendants, thématique par thématique. Surprise : on pensait Nathalie Kosciusko-Morizet libérale plutôt au sens anglo-saxon, mais c’est bien elle qui arrive en tête devant François Fillon – Nicolas Sarkozy apparaissant en avant-dernière position.


NKM n’atteint toutefois que 65% de conformité aux idées de nos ultralibéraux : jamais satisfaits malgré l’adhésion massive des politiques mondiales à leurs préceptes, ils continueront à prétendre que si ces politiques ne marchent pas, c’est parce qu’elles ne vont pas assez loin.

Zinzin et le complot juif

L’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan a un peu désarçonné le monde (alors que le jury a bien compris qu’il vaut mieux le lire que l’écouter). Pas Henry de Lesquen, qui est resté à cheval sur ses obsessions antisémites.


Zinzin en islamie

Le marché de la logorrhée raciste est porteur, et cela n’a pas échappé au secteur de l’édition. Philippe de Villiers vient ainsi de publier un "livre choc" (selon l’expression du Figaro, qui en a publié les "bonnes feuilles") sur l’islam, dont on peut saluer l’effort de vocabulaire.

En effet, loin de se contenter du lexique de base de la fachosphère, le Fou-du-Puy a puisé dans son imagination pour claquer des formules comme "sacristains en djellaba", "conquérants du coran" ou "dévots utiles". Il n’a pas vu la vierge, mais « un petit angelot qui se promène au-dessus des toits dans le vent des cloches », soit l’esprit de la France catholique. Ces cloches sonneront-elles encore demain ?, interroge le titre. On les entend encore très bien aujourd’hui, en tout cas.

Ligne droite éditoriale

À ce propos, félicitations à Albin Michel pour sa très belle année.



Macron pousse la chanson

Technocrate jamais passé par les urnes, Emmanuel Macron fait des efforts pour acquérir le bagage tribunicien qui lui manque. De passage à Montpellier pour y présenter le troisième volet de son "diagnostic sur la France", il a conclut son discours, ses petits poings serrés, en s’égosillant avant d’entonner la Marseillaise. Après une entame un peu enflammée, il est revenu mezzo voce. Ses troupes ne l’ayant pas vraiment suivi à pleins poumons, l’hymne national a pris l’allure d’un cantique de fin de messe. Il y a encore du boulot.



Copé !

Autre homme politique peu armé pour galvaniser les foules, Jean-François Copé semble avoir un rapport pathologique avec les points d’exclamation qui concluent chacun de ses tweets. Les profs qu’il veut supprimer pourraient pourtant lui expliquer que ce n’est pas en criant plus fort qu’on impose "l’autorité" dont il se fait le chantre.

Relativisme politique

L’idée est récurrente chez François Hollande, qui trouve bien ingrates les critiques venues de sa gauche. Il l’a de nouveau formulée dans l’interview accordée à L’Obs. On peut lui donner raison, à condition de comprendre que la politique du moins pire sur lequel lui et le PS fondent leurs dernières espérances électorales n’est qu’une politique de l’à peine moins pire.

Vos réactions (14)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Franchement rien à foutre de ces élucubrations ....qui pendant ce temps nous détournent de l’Essentiel ....et "regards" donne acces à ce type de diversion ?

    PrNIC Le 22 octobre 2016 à 12:37
  •  
  • Oui, l’article est sympathique.

    Mais ... Clementine Autain ayant donné son soutien à la candidature de Jean Luc Melenchon et aux insoumis, l’ intégrale des articles et des journalistes de "Regards" devraient parler des insoumis, selon une ligne directice du PG, par exemple, ou d’un membre collectif des insoumis qui remplacerait l’équipe actuel. Et qui ferait un filtrage de ce qu’il faut publier ou pas, ainsi que d’un filtrage dans les commentaires comme il se fait sur le blog de Jean Luc. Sinon, on entends des voies discordantes qui sement la confusion dans l’esprit des futurs electeurs potentiels. IL y en a assez de cette démocratie et de cette soi disante "Liberté de presse" qui ne font que faire gagner le PSCF, la droite, ou le FN. Stop !!!!!

    Titanic Le 22 octobre 2016 à 14:11
       
    • Poil à l’escalope !

      Claude Le 22 octobre 2016 à 15:37
    •  
    • L’appel à la censure et à la soumission au chef ... C’est tout le contraire de la culture des travailleurs et jeunes en lutte, autrement le contraire de ce qu’il faut faire pour reconstruire une gauche d’émancipation sociale et démocratique.

      A propos de démocratie, elle n’a jamais été plus menacée depuis Vichy que par cette circulaire scélérate, dont les journaux ne parlent pas . On les y obligera.

      Jean-Michel Le 22 octobre 2016 à 19:52
  •  
  • Il se prépare une grosse saloperie avec le CETA en ce moment et les Wallons doivent se prendre un coup de pression façon Syriza 2015 !
    Il faut vraiment faire du bruit sur cette arnaque, et on en peut plus de voir cette murène lapine sur toutes les couvrantes des magazines, basta !
    Si on s’intéresse à ces histoires de fachosphère il y a suffisamment de journaux comme Marianne et Cie.. non ?

    Arouna Le 22 octobre 2016 à 15:32
       
    • D’abord le TAFTA, aprés, en suivant le CETA avec le canada. Bon, on pourrait pas parler plutôt des accords commerciaux avec la Chine, qui bouffe notre economie depuis longtemps ; le tout en exploitant ses ouvriers à outrance ? Cà me semblerait , économiquement, plus réaliste.

      (Je tiens à préciser que je ne bois plus de coca cola, cà me suffit comme combat contre les américains, je voudrais un support de mes concitoyens de gauche , comme par exemple, ne plus acheter de produits chinois, comme téléphone, télé, ordinateur, chaussures, vétements fabriqués en chine, dans l’attente que le peuple chinois ne récupère ses droits)

      bdpif Le 22 octobre 2016 à 16:27
    •  
    • Ah ah elle est bien bonne celle là ; "Mettez là en veilleuse et occupez vous plutôt des chinois..."

      On dirait du Alain Madelin voir du Philippe de villier !!

      Chapeau l’artiste !

      A votre avis avec quel pays ce cher Deng Xiaoping a t’il mis en place cette politique d’atelier du monde ? Le Burkina Faso ?

      Arouna Le 22 octobre 2016 à 17:45
  •  
  • cette revue aurait mérité un paragraphe concernant la décision que vient de prendre le PC "rencontrer les frondeurs".
    il devient de plus en plus clair que l’objectif poursuivit par le PC n’est pas de construire une alternative de rupture.
    le combat essentiel semble être d’empêcher que Mélenchon arrive devant le candidat du PS.
    d’essayer de mettre en place une candidature issue de combine politicienne.
    c’est désespérant
    qui y a t il derrière cette politique ?

    daniel Le 22 octobre 2016 à 17:06
       
    • Bonjour Daniel, vous savez, le fait que Melenchon arrive en face du PS n a, d’après moi, aucun intéret pour les francais, et ouvriers surtout si, face une gauche divisée en plusieurs camps on tombe sur un second tour Droite / extrême droite, et donc une victoire, annoncée par tous depuis des mois, de la droite. Donc, d’aprés moi, et aprés avoir lu tout les communiqués du PCF, dans leur journal l’humanité, ils essaient de faire un front de gauche rassemblé pour faire face à la droite. Faire front avec le PS, c ’est moche, c ’est sur, mais c ’est le camp de gauche qui rassemble le plus (Avec vos doigts, faites l’addition Macron+ Hollande= montebourg+ PCF). Melenchon est seul, il croit encore à l’exemple Espagnol avec podemos, mais au jour d’aujourd’hui, il ne peut pas passer, tout simplement parce qu’il ne convainc pas une majoritée des gens de gauche de voter pour lui. Le mieux à faire pour lui serait d’abandonner son nouveau projet des insoumis et de se rallier avec toute la gauche pour empecher que la droite ne passe et que les ouvriers ne se ramasse des lois antisociale à outrance. Qu’en pensez vous ?

      bdpif Le 22 octobre 2016 à 17:20
  •  
  • Les lois antisociales ? On en a jamais autant eu !
    Et pas malheureusement, de la faute de Hollande, qui serait "plus à droite" que Hamon, Mélenchon, Laurent, ou autre...
    Tout simplement, parce que le capitalisme est en crise. Peu importe qui sera élu, ce ne sera que la marionnette impuissante du vrai pouvoir, qui est le capital, qu’aucun ne propose d’exproprier.
    On peut en crever, ou en sortir, mais par la préparation, au fil des luttes, des instruments et des méthodes qui conduiront à un affrontement général et victorieux. Patience et détermination. Pas d’autre issue.

    Jean-Michel Le 22 octobre 2016 à 20:17
  •  
  • Rappel de la charte des commentaires : "Les velléités de truster les échanges, ou de les rabattre sur des sujets sans rapport avec le sujet de l’article seront traitées de la même manière [suppression des messages]."

    Merci de la respecter.

    La rédaction Le 22 octobre 2016 à 21:33
       
    • Je n’avais pas encore été censuré par Regards ! Et voilà, à ma grande surprise, c’est fait ! Vous trouverez mon commentaire censuré par Regards sur mon "blog Magne Mediapart"
      L’auteur de cet article part du principe qu’un FN peut être élu(e) Président(e) de la République en France. On peut toujours jouer à se faire peur, pour pousser les idiots à voter utile ! Et à se transformer en idiots-utiles !
      .
      Voter utile : ce serait donc voter pour un candidat PS ? Et même peut-être pour Juppé ? Vous devinez à qui je fais allusion ! C’est de la politique à la gribouille ! Il se jette dans une mare pour ne pas être mouillé par la pluie qui vient !
      .
      J’ai voté Chirac en 2012, c’était inutile car les Français ne veulent pas dans leur grande majorité des Le Pen et du FN ! Et même une chaise serait élue face au FN à la Présidentielle !

      Pierre Magne Le 23 octobre 2016 à 08:55
  •  
  • bdpif

    il ne faut pas être un grand politique pour pronostiquer un duel droite/fn au deuxième tour à partir de la situation actuelle.
    quand au premier tour, cela va vraisemblablement se repartir comme cela : Droite autour de 30 %, idem FN 30 % petit candidat environ 10 % restera donc environ 30 % entre Mélenchon et PS donc il est possible de battre cette droite socialiste, et en cela créer de meilleures conditions pour reconstruire un projet alternatif et d’espérance.
    Rallier toute la gauche dites vous, mais la plupart de ces frondeurs ne le sont que parce qu’ils savent que se présenter devant les électeurs avec le bilan de Hollande, c’est la raclée assurée.
    le bilan de Hollande c’est aussi d’avoir tué l’espoir chez tous ceux qui s’abstiennent, notamment les jeunes, les ouvriers, les précaires.
    c’est quand tous ceux la reprendront la conscience qu’une autre politique est possible que l’espoir reviendra.
    et je pense qu’aujourd’hui Melenchon avec tout ces défauts peut contribuer à recréer un espoir.
    nous n’avons pas besoin d’une opération politicienne entre gens qui ne sont d’accord sur pas grand chose

    daniel Le 23 octobre 2016 à 00:59
  •  
  • Le 2ème tour de Mai 2017, dans 9 mois(?) comme si vous y étiez !
    Se laisser intoxiquer de la sorte par des lecteurs de "Regards" est symptomatique du sentiment d’impuissance que génère la résignation des "veautants", comme aurait dit le Gd Charles. Cette attitude défaitiste, pétainiste, se doit de ne pas perdre de vue que le "Tout sauf Marine", cela fait 15 ans presque, qu’on nous la joue et depuis 15 ans c’est de pire en pire. Peut-on se résigner ainsi après 6 mois de manifs’ ? Leur reprise, le 15 Septembre, montre que la mobilisation perdure et que le "terrain" est le seul étalon des possibles réels : Mélenchon est donné à 14% environ, 9 mois avant, alors qu’en 2012, il était à 5%, 5 mois avant. Son score probable nous contraindra tous, pour les législatives, à une mise en commun des axes de l’Alternative indispensable à tous. A l’assaut du Libéralisme néo- ou ancien. Soutien aux syndicalistes traînés devant les Juges !

    Courage !

    michel.mourereau Le 25 octobre 2016 à 20:05
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.