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Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 21 décembre 2015

Une victoire de Podemos contre le bipartisme

Podemos a presque réussi son pari : si la formation ne se place pas devant les socialistes, et si le système résiste, l’hégémonie du duo PP-PSOE est mise à mal. Une nouvelle page de la politique espagnole s’ouvre, plus incertaine que jamais.

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Les Espagnols ont voté ce dimanche 20 décembre et les résultats sont historiques. Le Partido popular (PP) de Mariano Rajoy est ridiculisé avec 28,7% des voix, soit 123 sièges. Le Parti socialiste (PSOE) humilié avec 22% des suffrages, soit 90 sièges. Vient ensuite le véritable gagnant, Podemos, qui obtient contre toutes les estimations sondagières 20,6% des votes, soit 69 sièges. Jamais un parti à gauche des socialistes n’avait été aussi fort.

Ciudadanos subit la surcote des sondages et ne parvient qu’à glaner 13,9% des voix, soit 40 sièges. Izquierda unida (IU) disparait avec 3,7% des suffrages, pour n’obtenir que deux élus. Restent 26 sièges que quelques partis régionaux se partagent. Tout ceci avec plus de 73% de participation.

Le bipartisme en déroute

Il fallait entendre, ce dimanche, les acteurs du vieux monde, les partisans de la "caste" : ils criaient victoire, comme si la médaille d’or suffisait en démocratie. Ils plaçaient Podemos quatrième, parce que Podemos seul est bien quatrième. Mais troisième avec ses alliés – des alliances conclues avant les élections, une idée incompréhensible pour certains. En témoignent les couleurs des fêtards dans les rues espagnoles cette nuit, où le violet était dominant. La médaille de bronze l’emporte bien.

Jamais le bipartisme PP-PSOE n’aura vécu une telle déroute. Les socialistes obtiennent le plus mauvais résultat de leur histoire. Le PP son plus mauvais résultat depuis 1989. Et même si l’on cumule leurs scores, jamais le bipartisme n’avait été si faible : 50,7% des suffrages. Un tiers des députés appartiennent à de nouveaux partis (Podemos et Ciudadanos). La situation espagnole est plus que claire : le bipartisme fait partie du passé. Place désormais à une tripartition dans laquelle chaque formation oscille autour des 20-25%, plus Ciudadanos juste en-dessous des 14%.

Podemos, la seule dynamique

La participation est en hausse là où Podemos avait déjà réalisé de bons résultats aux élections locales. Et le parti de Pablo Iglesias peut se targuer d’arriver en tête en Catalogne, au Pays Basque, en Asturies, ainsi que deuxième à Madrid (où le PSOE s’écroule à la quatrième position).

Ces bons résultats dans des communautés autonomes fortes s’expliquent. Par exemple en Catalogne : non seulement la droite indépendantiste s’effondre au profit de son homologue de gauche, mais l’appui de la maire de Barcelone, Ada Colau, ainsi que la promesse de reconnaître le droit à l’autodétermination ont pesé en faveur de Podemos. À cela il faut ajouter la belle mise en commun des forces de gauche progressistes qui, presque partout, ont associé partis régionaux et Podemos. Un front qui a même devancé les régionalistes dans les communautés où ils sont historiquement les plus forts.

Seul Izquierda unida a cédé à l’égoïsme. Avec seulement deux élus, IU est désormais un parti sous respiration artificielle. Très rapidement hier soir, les espagnols faisaient leurs calculs. Avec les voix d’IU dans le même lot que Podemos, la gauche radicale n’aurait pas obtenu 71 élus (69+2), mais 85.

Le système résiste

Comme le dit Antonio Avendaño, journaliste à Publico, nous assistons à « la troisième mort de Franco » : « Après 1975 et 1982, maintenant meurt le système politique légué par le dictateur ». Pour autant, le système électoral persiste à avantager les deux grands partis. Podemos aurait même pu obtenir plus de voix que le PSOE sans pour autant avoir plus de sièges au Congrès.

Grâce à cette loi électorale complexe, le PP limite la casse en perdant pas loin de 4 millions d’électeurs par rapport à 2011. Le PSOE se paie même le luxe de surprendre par son "bon résultat" malgré sa perte de 1,6 millions de voix. Il faut dire qu’un élu coûte huit fois plus cher en voix à IU qu’au PP. On appelle cela une "démocratie représentative"…

Mieux encore, au Sénat, où le système électoral est encore plus inéquitable, le PP conserve sa majorité. Un des seuls pouvoirs du Sénat étant le droit de véto sur le Congrès…

Une issue encore incertaine

Hier soir, c’était la première fois que les Espagnols partaient se coucher sans savoir le nom de leur premier ministre. Ils devront encore patienter un moment avant de connaître la véritable issue de ces élections, qui préludent à un nouveau système : celui des pactes. Et encore, ni le bloc de droite, ni le bloc de gauche n’a les moyens de former une majorité. La clé de ces élections pourrait être entre les mains des partis régionaux. Plusieurs options s’ouvrent alors :

 Une alliance PSOE-Podemos-IU-régionaux, dans laquelle on voit mal comment le soutien des régionaux à Podemos (auxquels il doit sa victoire) pourrait fonctionner sans la proposition du "droit à décider" de l’indépendance des communautés autonomes. Une idée que le PSOE rejette et rejettera.
 Une alliance PP-Cuidadanos-régionaux. Mais compte tenu des relations plus que dégradées entre Rajoy et les leaders régionaux, cela semble impensable.
 Une grande coalition PP-PSOE. Sans commentaire.

Pablo Iglesias a déjà mis ses conditions sur la table : réforme de la constitution, réforme du mode de scrutin, fin des expulsions de logement, renforcement des politiques sociales. Des "lignes rouges" déjà strictes pour les socialistes.

Après le Portugal, c’est l’Espagne qui ouvre la voie d’un renouveau politique. Le chemin sera long et sinueux, la destination est incertaine. Reste l’hypothèse du blocus total, qui mènerait droit à de nouvelles élections législatives, d’ici deux mois. Si Podemos se montre ferme et juste sur ses positions, cette impasse pourrait devenir une voie royale.

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Vos réactions

  • Je suis l’avancé du parti Podemos depuis quelques temps, et ils ont des idées très intéressantes ! Les choses bougent en Espagne, elles ne tarderont pas à bouger en France.

    Marc de Gymlib

    Marc Le 21 décembre 2015 à 12:32
  •  
  • Est ce que Clémentine et JLM vont aller danser le Flamenco place de la république comme ils dansèrent le Sirtakis lors de l’élection de Siryza ?
    Pour fêter une élection extérieure alors que chez nous c’est la bérézina.
    Contrairement à ce que dit Marc de Gymlib les choses ont bougé en France . Le FN est à 30% est le FG a disparu.
    Alors que nos leaders se remettent en question ou se posent les bonnes questions.
    Nos leaders nous mênent à la catastrophe.

    You2 Le 21 décembre 2015 à 15:19
       
    • oui ca bouge en espagne, mais les jeunes politiques de podemos dansent sur de la salsa alors qu’en France, nous penseurs de gauche se trémoussent sur du pasodoble.
      Melenchon 64 ans , krivine 74, aubry 65, royale 62 , laurent 58 ;
      quand a nos jeunes, ils ont été formatés par la machine a reproduire la chefferie , clementine 42 a et besancenot 41a .
      Tres sympa mais aussi retors que leurs ainés.
      Ii y a urgence a dissoudre nos groupuscules afin de donner de l élan a un rassemblement plus large , ouvert a tous , sans passé ,ni cv politique et qui excluera les vieux qu ’ont toujours raison. pardon ( cons) raisons.

      buenaventura Le 21 décembre 2015 à 16:05
  •  
  • Izquierda Unida, céder à l’égoïsme ???? Ils ont voulu intégrer une coalition, mais en gardant leur identité. C’est Podemos qui les a refusés de manière égoïste parce qu’il n’en avait pas besoin. Il voulait qu’IU rentre dans le rang derrière lui et disparaisse. t’es sûr que c’est un signe de démocratie le "tous unis .... derrière moi" ?

    dis donc, camarade, tu devrais relire un article de regards : http://www.regards.fr/web/podemos-anatomie-d-un-objet,8050

    "un secrétaire général unique qui désigne lui-même son équipe." Tu sais, comme le système RPR, puis UMP !

    Pour ma part, je n’ai aucune confiance dans ce gars car depuis tout petit, on m’a appris : "Il n’est pas de sauveur suprême :
    Ni Dieu, ni César, ni tribun."

    Pascal de Nice Le 21 décembre 2015 à 22:25
       
    • hé oui nous y voila , chefaillons du monde entier unissez vous !
      ca aussi tu ’a appris tout jeune surement
      iglesias doit rendre des comptes a des comités de citoyens et très souvent ces citoyens n’ont pas de carte du parti !
      Mais en France ; les vieux stals qui n’ont rien appris de l histoire ,ni de la fin du mur de Berlin et continuent a se méfier des gens "sans parti". Préférant être entre soi qu’avec « ces gens politiquement douteux »
      PODEMOS a eu raison de refuser izquierda unida car en fait, ce sont des boulets que les électeurs ont d’ailleurs rejetés ou laissés dans la barre de 5 % comme il le font en France.
      Tant que les partis composant le feu FDG en France ne comprendront pas que nos vieilles recettes ; incantations, pratiques ne fonctionnent plus nous attendrons le grand soir et regarderons passer la caravane du front national

      buenaventura Le 21 décembre 2015 à 23:47
    •  
    • Ah mon cher Buenaventura,

      j’aime les militants qui ont raison face aux autres, et méprisants en plus (au fait, je ne suis chefaillon de rien, et n’ai aucune autre responsabilité que simple militant, donc pas de CV politique, ; je peux rester ?).

      Donc, parce que je dit que je me méfie du culte de la personnalité, je serais stal’ ? C’est vrai que ça aidera au regroupement des forces de gauche de proposer, comme tu le fais dans ton commentaire précédent, dissolution et exclusion. C’est vachement constructif. C’est pas un peu stal’ ça aussi ?

      Je devrais peut-être être flatté de ce compliment face à quelqu’un qui prône le jeunisme de la révolution culturelle maoïste … qui a été très bénéfique pour la Chine, ça c’est sûr ! ;-)

      Amusant, d’ailleurs ta référence au FN qui gagne car c’est vrai que lui aussi a choisi une organisation sans parti, « un rassemblement plus large , ouvert a tous , sans passé ,ni cv politique et qui excluera les vieux qu ’ont toujours raison ». Ah non, tiens, pour eux, le parti ça marche …

      Une organisation qui gomme les identités de chacun dans un marais idéologique ... mouais, ça s’appelle des primaires où votent des gens qui n’ont des fois rien à voir d’autre ou des collectifs où parlent des gens qui ne représentent qu’eux-même car incapables de travailler en groupe.

      Mais tu vas sûrement m’expliquer à quel point je n’ai rien compris, je suis stal’ et devrais être exclu ;-)

      Amitiés militantes quand même !

      Pascal de Nice Le 22 décembre 2015 à 22:26
  •  
  • Ainsi Podemos aurait gagné contre le "bi partisme". Mais qu’en est il du capitalisme dans sa phase néolibérale tel qu’il règne depuis Bruxelles ?

    Monsieur HR Le 27 décembre 2015 à 19:30
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  • Pas sur qu Iglesias ne reproduise pas les formes de fonctionnement partidaire que nous connaissons
    Pas sur que la direction actuelle de Podemos soit rellement ouverte ...
    Pas sur que le programme économique de ce dernier soit en rupture avec le système capitaliste ...
    Mais c’est incontestablement une dynamique le lutte qui a permis son developpement ... C’est de ca il faut s’inspirer ... Le reste ????

    yves Le 30 décembre 2015 à 16:26
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