Accueil > Environnement | Par Manuel Borras | 5 juillet 2017

Usine SNEM à Montreuil : les riverains accusent, l’administration se tait

Accusations de pollution de l’air et du sol, cas de leucémie dans le voisinage, mobilisation de riverains et de parents d’élèves, importante couverture médiatique... C’est l’effervescence depuis le 1er juillet autour de l’usine gérée par la SNEM. 

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Les tensions grandissent et la confusion règne dans le quartier Etienne-Marcel-Chanzy, à Montreuil. Un épisode de discussions âpres entre employés et riverains a été rapporté cet après-midi, lors de l’évacuation de bidons des entrepôts de la SNEM, deux jours après que la préfecture l’a averti d’une imminente « inspection approfondie » de ses installations. Éclairages sur un conflit de long terme.

"L’usine verte", de la couleur de ses façades, est exploitée depuis 1972 par la Société nouvelle d’eugénisation des métaux (SNEM). Située au 34 rue des Messiers, à Montreuil, elle traite des pièces mécaniques d’aviation pour Airbus et Safran.

Une pollution sous contrôle préfectoral

À une soixantaine de mètres de là, l’école primaire Jules-Ferry 1 accueille plus de trois cents élèves. La maternelle-Anne Frank, à environ quatre cents mètres à vol d’oiseau, une centaine. Le futur collège intercommunal de Montreuil-Bagnolet devrait, lui, ouvrir ses portes en 2018, et jouxter la rue des Messiers par une de ses façades. Enfin, juste au nord, le Parc Jean-Moulin-Les Guilands déploie ses vingt-six hectares, intégrés depuis 2006 au réseau Natura 2000 [1].

En tant qu’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), placée sous le "régime d’autorisation", soit le plus élevé des trois existant, l’usine SNEM « présent[e] de graves risques ou nuisances pour l’environnement ». L’arrêté d’autorisation, émis par la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 novembre 2007, fixe les normes et limites de son activité en termes d’émissions de substances toxiques. Le respect de cet arrêté est assuré par la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DRIEE). Celle-ci met en œuvre de régulières « inspections approfondies », afin de vérifier le « respect des normes de rejet dans l’air, dans l’eau, [la] présence des dispositifs de sécurité incendie, etc ». L’exploitant est prévenu en amont de la date de visite. En cas de plaintes du voisinage, la DRIEE organise des « inspections réactives » sur le site, « le plus souvent de manière inopinée » [2].

L’autosurveillance mise en cause

Des plaintes, Nicolas Barrot, président de l’association de riverains les Buttes à Morel, en a adressé des dizaines à la préfecture depuis qu’il a emménagé, en 2005, en face de "l’usine verte". En cause, l’état de délabrement manifeste du toit du bâtiment et, selon lui des « mises aux normes réclamées mais sans preuves d’application ». Le ton las, il dénonce la méthode de collecte d’informations de la DRIEE, basée sur l’autosurveillance. C’est en effet l’exploitant lui-même qui est chargé de collecter les données de ses propres rejets toxiques, via un laboratoire qu’il paie, puis de les mettre à disposition de la DRIEE – qui peut cependant diligenter une contre-expertise en cas d’incohérences importantes.

La « seule étude valable », aux yeux de Nicolas Barrot, a été mandatée par ses soins en 2011 à un laboratoire indépendant agréé par l’État, Analytika, sur la base d’échantillon prélevés autour de l’usine par son association. Elle met en évidence des taux de métaux lourds « très supérieurs aux valeurs acceptables dans les composts », et affirme que le caractère polluant de l’usine est « préoccupant pour les habitants du voisinage proche ». Mais elle est considérée comme non-recevable par la préfecture, qui a indiqué à l’époque par courrier à l’association qu’elle ne « correspondait pas à [ses] normes de calculs ». Solène Demonet, de l’association France nature environnement, note, prudente, qu’il est complexe de distinguer les rejets propres à l’activité de l’usine de ceux déjà présents dans le sol auparavant, sur cette zone autrefois très industrielle.

Leucémies : un risque sanitaire spécifique ?

En douze ans, trois leucémies de type LMA ont été diagnostiquées dans le voisinage de l’usine, dont un mortel [3]. Début juin, l’admission à l’hôpital Trousseau pour leucémie d’un enfant de CM2 de l’école Jules-Ferry a eu l’effet d’une bombe. Relayant la demande des habitants, la mairie de Montreuil a demandé fin juin à la préfecture la mise en place d’une étude épidémiologique sur les cas de leucémie.

Demande acceptée : la préfecture indique le 30 juin que « la cellule d’intervention en région de Santé publique France » a été saisie afin qu’elle initie une « investigation ». Celle-ci « consistera en premier lieu à valider le signalement qui a été rapporté aux autorités sanitaires ». Malgré nos sollicitations, le service presse de Santé publique France n’a pas répondu à nos demandes de précisions. À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a démontré de lien entre les activités de l’usine et les cas de leucémie. Nicolas Barrot évoque également « deux voire trois cas de purpura, une maladie rare du sang, dans le voisinage ».

« Juste ne plus être en danger »

Le troisième cas de leucémie inquiète beaucoup les parents d’élèves, et attire de nombreux médias depuis une semaine. Les riverains sont déterminés à régler la question d’ici le 4 septembre, date de la rentrée, par « la fermeture de l’usine au nom du principe de précaution ». Ils sont aussi déterminés à faire « dépolluer au plus vite, et faire payer les travaux au patron de la boîte, et non au contribuable ». Un courrier a été adressé « à toutes les autorités administratives afin de les prévenir que les parents n’emmèneraient pas leurs enfants à l’école à la rentrée si l’usine étaient encore en fonctionnement ». Des demandes vont être déposées à la mairie pour faire changer les enfants d’école. Et même, « pourquoi pas, bloquer l’usine dès le 4 septembre. »

Des actions en justice ne seront envisagées « que dans un second temps, car elles seraient probablement longues et coûteuses » [4]. Les employés de la SNEM, dont les emplois seraient menacés par une éventuelle fermeture, mais en conflit avec leur direction en novembre 2013 quant à leurs conditions de travail, et le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, en charge de la gestion du parc voisin et du futur collège intercommunal, ne se sont pas encore publiquement exprimés.

Notes

[1Réseau qui vise à « assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe ».

[2La dernière a eu lieu en 6 avril 2017, quand des voisins se sont plaint de trappes de désenfumage laissées ouvertes sur le toit. Elle a abouti à l’injonction faite à l’exploitant de « mettre en place des actions correctives d’ici trois mois », selon la préfecture.

[3En 2005, un enfant de huit ans a été hospitalisé puis guéri. Une chance que n’a pas connu un riverain de quarante-huit ans, décédé en 2010 un an après la découverte de son cancer.

[4Plusieurs possibilités s’offriraient alors aux plaignants, selon les cas de figure : demande de mise aux normes, de fermeture, demandes de réparation...

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  • Il a aussi de magnifiques deversements de pollutions industrielles dans la Seine. Dommage qu’on ne puisse joindre des photos sur ce site.

    irae Le 5 juillet à 21:11
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