Accueil > Culture | Par Jérôme Latta | 26 octobre 2016

Vie et morts de François Mitterrand

Une bande dessinée revisite la biographie de François Mitterrand, confronté à ses interrogations métaphysiques, quelques jours avant sa mort. Mais aussi aux fantômes et aux ambiguïtés de sa vie politique.

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Aborder la vie de François Mitterrand sous l’angle de son mysticisme, c’est s’exposer à plusieurs risques à la fois : celui de verser dans les lieux communs sur cet aspect du personnage, celui de dépolitiser le sujet. Pourtant, en embrassant ce parti pris, Joël Callède s’offre un beau filon narratif sans céder à la complaisance. Si le portrait qu’il en fait humanise l’ancien président, il le confronte aussi à ses nombreuses turpitudes.

Tout débute par une rencontre. Alors qu’il séjourne à Assouan en décembre 1995 et en famille, quelques jours avant sa mort, François Mitterrand voit s’avancer non tout à fait celle-ci, mais Anubis en personne. La mission du dieu égyptien est de guider l’âme des défunts jusqu’au tribunal divin, mais il va embarquer ce passager-là par quelques détours : dans son propre passé, d’abord à la rencontre de lui-même. Aussi le dernier Mitterrand retrouve-t-il les Mitterrand qui l’ont précédé…

Ombres et fantômes

À commencer par celui du Panthéon – déjà un tombeau, à l’intérieur duquel il va dialoguer avec Jean Moulin et Jean Jaurès, ses premiers accusateurs. Les spectres du passé se succèdent, et le président abolitionniste doit affronter les guillotinés sous son mandat de garde des sceaux de Guy Mollet, tandis que « le fringant ministre de la IVe République » apparaît devant lui, à Alger, pour « rafraîchir la mémoire » de celui qui signa les décrets accordant les pouvoirs spéciaux à l’armée en Algérie.


Mitterrand affectait les promenades. Son double le ramène aussi, contre son gré, à Vichy, où il tente de se justifier de ses choix, avant et après son entrée en résistance, lui qui plus tard persistera à fleurir la tombe du maréchal Pétain. Il est encore rattrapé par sa propre ombre dans l’ascension de la roche de Solutré, tourmenté par ses fantômes – François de Grossouvre, Pierre Bérégovoy, les suicidés de son second septennat.

Toujours, il est ainsi confronté à l’image flatteuse qu’il voulait avoir de lui-même, et laisser à la postérité. Mais la postérité, c’est la mort. Les conversations qu’il a, entre deux rêves ambulatoires, avec son médecin, sa fille Anne ou son épouse Danielle, le confrontent à cette imminence. Le récit s’achève avec la vie de son personnage sur une tonalité métaphysique, sans lever ses ambiguïtés politiques… au moins aussi vertigineuses que ses interrogations sur ce qui vient, ou pas, après le trépas.

Mitterrand requiem, de Joël Callède, Le Lombard, 17,95 euros.

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