photo cc Denis Bocquet
Accueil > Politique | Par Pablo Pillaud-Vivien | 19 avril 2017

« Vivre quelque chose d’inédit dans l’histoire de la gauche »

[La campagne de plus près – 2/4] Nous poursuivons notre prise de température de l’électorat loin des cercles politiques, cette fois dans un cabinet d’architecture où s’expriment attentes et positions contradictoires pour les candidats "de gauche".

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Les cabinets d’architecture n’ont pas la réputation de voter à droite. Surtout si, comme celui à la rencontre duquel nous sommes allés, ils sont spécialisés dans le logement social. Mais, à dire vrai, l’embrouillamini des discours politiques actuels et l’atmosphère de peur un peu rance qui plane au-dessus des toutes prochaines élections pourraient avoir raison de leurs convictions – ou au moins pour certains d’entre eux.

Des six personnes qui composent ce cabinet, sis au pied de la Bibliothèque nationale de France à Paris, trois vont voter Jean-Luc Mélenchon de façon quasi-certaine : il s’agit du couple qui dirige l’agence et du plus jeune des salariés, âgé d’à peine vingt-cinq ans. Leur argumentaire est clair et limpide et convoque des éléments de langage que l’on entend souvent : « On se situe à un croisement des chemins », « la gauche est enfin susceptible de l’emporter », « on est tellement proche de la victoire que ce n’est pas le moment de lâcher prise ».

« À la fin de la fin, je crois que je suis d’accord avec Mélenchon »

Ce sentiment d’être sur le point de « vivre quelque chose d’inédit dans l’histoire de la gauche » irradie littéralement les discours, les sourires et les esprits des trois "pro-Mélenchon" comme ils se définissent eux-mêmes. « Et puis, on n’est pas tout le temps d’accord, mais j’ai réécouté certaines de ses interventions sur YouTube et en fait, finalement, à la fin de la fin, je crois que je suis d’accord. »

Néanmoins, il en faut très peu pour que se fissure la fine écorce de confiance dont il peine à envelopper le candidat des insoumis : « Honnêtement, il me fait peur », n’hésite pas avouer l’un d’eux. « Si ça se trouve, il va se transformer en dictateur et ce sera de notre faute… Franchement, cela aurait été plus simple si Hamon n’avait pas été au Parti socialisse (sic) et s’il avait pu faire une vraie campagne », enchaîne une autre. Certes, cela fait beaucoup de si, mais cela traduit surtout que les électeurs de Mélenchon, si celui-ci arrivait au pouvoir, l’attendent déjà au tournant…

Mais tous ne sont pas de cet avis là : l’un des salariés, lui, pense voter pour Emmanuel Macron. Il est de gauche, certes, de tradition socialiste même, mais vu qu’il ne croit absolument pas en les chances du candidat Benoît Hamon, il s’est reporté sur le candidat d’En Marche. Et il va même plus loin : le candidat du PS aurait « vingt ans d’avance ». Alors, comme il ne veut pas avoir à choisir en François Fillon et Marine Le Pen au second tour, il préfère mettre toutes les chances de son côté dès le premier tour et voter pour « un gagnant ».

D’autant que même si Jean-Luc Mélenchon remonte dans les sondages, il est hors de question de voter pour lui à cause de son alliance avec les communistes, « la crème de crétins » selon ses propres termes, et sa volonté de sortir de l’Europe – même si on a tenté de lui expliquer, en vain, que ce n’était pas vraiment le cas…

« Voter pour Hamon, ce serait presque comme voter blanc »

Tout ça, ça fait un peu hérisser le poil à la Belgo-canadienne qui travaille deux postes plus loin – et qui ne pourra pas voter. Pour elle, ce n’est pas tant Benoît Hamon qui aurait vingt ans d’avance que la France qui aurait vingt ans de retard. Et pour cause : on s’apprête à élire Marine Le Pen, « une option qu’il faut à tout prix éviter ».

Mais son point de vue d’observatrice extérieure à la vie politique française et aux affects afférents lui permet de rejeter dos à dos tous les candidats : Mélenchon serait trop agressif et égotique, Hamon n’aurait pas la carrure et « voter pour lui, ce serait presque comme voter blanc », Macron représente tout ce qu’elle abhorre en politique, à la fois sur le plan individuel car c’est « le symptôme d’une élite qui a oublié le peuple » et dans son programme éminemment libéral.

Mais le cas le plus intéressant est celui de l’abstentionnisme volontaire : lui qui a toujours voté, cette fois ne va pas se déplacer jusqu’à l’isoloir. « Personne ne me convient et je me suis rendu compte il y a peu que le fait de ne pas voter pouvait être un choix », assume-t-il. Alors oui, il est de gauche, oui, il se battra contre les idées de Macron, de Fillon ou de Le Pen si l’un d’eux est élu, mais les candidats de gauche n’arrivent pas à le convaincre suffisamment pour qu’il puisse imaginer voter pour eux. Et puis, un peu comme Nathalie Arthaud finalement, il est persuadé que l’avènement de la gauche et de ses idées ne passe pas, ne passe plus par la présidentielle.

Aurait-il raison ? On veut bien essayer Mélenchon une dernière fois, mais si ça rate comme en 1981, alors faudra pas nous en vouloir de ne plus croire du tout dans notre système démocratique ensuite. À bon entendeur, salut.

@tephendedalu

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Vos réactions

  • Cette retranscription d’une réalité parmi tant d’autres est intéressante ! La dernière phrase surtout m’interpelle :

    On veut bien essayer Mélenchon une dernière fois, mais si ça rate comme en 1981, alors faudra pas nous en vouloir de ne plus croire du tout dans notre système démocratique ensuite. À bon entendeur, salut.

    Quel coup du sort pourrait empêcher de rendre aux citoyens les clés de son destin ? Un "coming-out" dictatorial de Mélenchon ?

    carlos Le 20 avril à 10:54
       
    • Bonjour Carlos,

      en tout cas, vous avez gagné, je vais voter Melenchon.
      Pourquoi ?
      1. Je vais voter contre mes idées en votant pour lui. Pour moi, c ’est un pro dictateur. Mais il n’ aucune chance de passer au second tour.

      2. Le PG, insoumis, a passé 5 ans à casser du PS, il a gagné, Hamon, mon candidat est mort politiquement.

      3. J’ai cédé au chantage des insoumis, qui refusaient de voter au second tour contre Lepen "Au nom de mes idées". Et tout simplement "C ’est melenchon ou rien". Ce qui veut dire tout simplement, si vous ne votez pas pour melenchon on laisse passer Lepen.

      4. Voici l’accord que j’ai donc conclus avec une proche. Je vais donc lui donner mon bulletin de vote pour Melenchon au premier tour (Beurk, beurk, beurk), et en échange, elle votera utile au second tour contre Lepen, que ce soit Macron ou Fillon.

      J’ai obéis à un chantage de la part de l’extrême gauche, mais je refuse de laisser passer le Faschisme en France.

      BDPIF Le 20 avril à 13:57
    •  
    • @BDPIF - pas d’inquiétude... Je gage que vous ne vous en trouverez pas plus mal d’avoir voter Mélenchon. Surtout lorsqu’on en sera à la constituante et que vous participerez vous aussi activement à fabriquer la nouvelle constitution pour la 6ème république...

      carlos Le 20 avril à 17:37
    •  
    • @Carlos

      Le regretter ? Bien sur que oui !
      La 6 eme République ?
      Tout les membres du PG au Gouvernement.
      Gouverneux , ministre de l’économie, Coquerel premier ministre, etc ...
      Le Venezuela pour les ouvriers et le pouvoir pour une caste de fonctionaires.

      L’inflation et la misère ... Deux simples mots pour résumer votre programme.

      Evidement, que si je vote Melenchon en echange d’un couteau sous la george pour ne pas laisser passer le faschisme, c ’est que bien sur je sais quela FI n’a aucunes chance d’arriver au second tour, par contre, je gagne l’assurance d ’un vote utile contre le Faschisme au second tour en echange.

      Savez vous combien de vos amis vont voter utile Macron ou Fillon au second tour pour ne pas laisser Lepen ? Aucuns. Cà les arrangeraient au contraire pour monter une nouvelle révolution que Le Pen passe. Et prêt à envoyer leurs témoins de Melenchon au Combat.

      La FI n’est qu’un secte. Style années 30. Mon ancienne copine est une de vos militante avec qui j’ai passé le marchais. Elle a bossé nuit et jour pour vous, dans le vain espoir des promesses populistes de son gourou. Elle est conditionée, propagandée à outrance. Et dimanche, son gourou va rentrer chez lui, avec ses 12 000 euros par mois, et elle va se taper 5 ans de bonne droite, ou de centre droit en moins pire.

      Des escrocs notoires.

      BDPIF Le 20 avril à 21:42
    •  
    • @Carlos

      Surtout lorsqu’on en sera à la constituante et que vous participerez vous aussi activement à fabriquer la nouvelle constitution pour la 6ème république...

      Rien du tout, non seulement on ne m’achete pas en échange d’un poste, mais en plus je fous de la camps de la France en suivant pour l’Espagne.

      BDPIF Le 20 avril à 21:48
    •  
    • @bdpif - ha ha ha ! Non la constituante c’est pour tous les citoyens... Tout le monde pourra defendre sa vision ! Il est pas question d’un poste ! Vous aurez mal compris... D’ailleurs il semble d’apres vos interventions que vous ayez mal compris le programme tout court...

      carlos Le 21 avril à 01:15
    •  
    • Il est pas question d’un poste !

      Vous êtes naïf ou humaniste, Carlos ...

      BDPIF Le 21 avril à 14:53
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  • On veut bien essayer Mélenchon une dernière fois, mais si ça rate comme en 1981, alors faudra pas nous en vouloir de ne plus croire du tout dans notre système démocratique ensuite. À bon entendeur, salut.

    Ha bon, et la prochaine étape, c ’est le coup d’état, c ’est ça ?

    Si cà rate, comme en 1981, ce sera la faute à vos dirigeants, point barre !!!

    BDPIF Le 20 avril à 13:47
       
    • Et vous, de quelle couleur est votre chemise pour ne pas comprendre le sens du mot Démocratie ?

      BDPIF Le 20 avril à 21:44
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