Accueil > Culture | Par Fabien Perrier | 11 mars 2018

Yannis Kotsiras, allumeur d’étincelles

Chanteur parmi les plus connus en Grèce, Yannis Kotsiras ne se considère pas comme un chanteur engagé, mais il pense que musique et paroles peuvent s’inscrire dans la pensée des uns et des autres.

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Crise économique, crise des réfugiés, crise politique : la Grèce est au cœur de turbulences depuis 2010, l’écroulement d’un monde y est un sentiment partagé. Le chanteur Yannis Kotsirass s’en est saisi pour réaliser un album, Pfestis Kairos (Temps mensongers) qui tourne en boucle sur les ondes grecques. Sans doute parce qu’il rencontre et fait résonner les interrogations de la population.

« Nous, les citoyens, nous avons le sentiment que notre gouvernement ne peut gouverner, qu’il ne fait qu’appliquer des décisions prises ailleurs », explique-t-il à Regards. Et d’ajouter : « Nous nous battons pour survivre ». Et c’est ce message qu’il veut faire passer. En musique donc. « Elle, elle ne ment pas, contrairement au monde qui nous entoure. »

Le chant des exilés

Pourtant, si le titre de l’album n’est pas anodin, l’homme ne se considère pas comme un chanteur engagé. « Je ne crois pas que la musique puisse changer le cours des choses. Elle peut juste provoquer de petites étincelles dans les esprits », précise-t-il. C’est ce qu’il a voulu faire avec son morceau Kathe fora (Chaque fois). Il est l’un des plus grands succès de 2017 en terre hellène. Il y évoque, justement, ce monde qui s’effondre et notamment les migrants qui ont voulu trouver refuge en Grèce.

« Chaque fois que ce monde s’écroule
Garde moi hors de l’eau
Dans la vague forte et glaciale de l’exil
Ma lumière, rester au sec »

Pour lui, « c’est un devoir d’aider ceux qui ont été poussés à quitter leur pays. Nous devons leur tendre la main. Il est inadmissible qu’ils soient repoussés à l’eau », poursuit-il. Il l’a donc dit en musique. Il l’a aussi mis en actes. Il s’est, par exemple, engagé en soutenant des associations ou en participant à des concerts. « C’était un impératif pour moi », affirme l’artiste, qui compte parmi les plus populaires de Grèce. « Peut-être parce que mon père était pêcheur », suggère-t-il. Mais aussi, parce qu’il a la conviction que la Grèce est à la fois une terre d’accueil et une terre de migrations.

« De nombreux Grecs sont eux-mêmes des réfugiés », pointe-t-il en allusion aux années 1920, au cours desquelles de nombreux Grecs ont été chassés de Smyrne et sont venus à Athènes. Mais aussi, « beaucoup ont dû quitter le pays et sont désormais exilés à l’étranger », rappelle-t-il. Lui qui trimballe ses concerts sur les routes grecques depuis 1996 a pu le constater.

Un pont entre l’Orient et l’Occident

Le public des salles où il se produit depuis plusieurs semaines est composé à la fois de la diaspora grecque et de curieux qui ont connu, en vacances le plus souvent, les succès comme Alexandria (en hommage à la ville et aux habitants d’Alexandrie), To tsigaro (une chanson d’amour, et de cigarettes – le péché mignon des Grecs) ou encore Efta potiria (une histoire de verres cassés...).

Un hasard ? Sans doute pas. À l’image de son pays natal, sa musique est un pont entre l’Orient et l’Occident. Les thèmes abordés en témoignent ; les compositions le confirment. Elles reposent sur l’ethnotiko : une base d’instruments traditionnels de Grèce (bouzouki, clarinettes, tambours...), des airs actuels qui s’appuient sur une base rythmique traditionnelle.

Contrairement à ce qu’évoque son titre, les rythmes du CD, souvent enjoués et les instruments (bouzouki, clarinette...) rappellent qu’avec la musique grecque, le soleil et la bonne humeur de l’Orient ne sont jamais loin. « La musique ne ment pas », répète-t-il.

Mais inspirera-t-elle, dans ses airs comme ses thèmes, les Européens du Nord qui ont longtemps pensé que la Grèce était un pays à part, et que les politiques menées sont légitimes au regard de la dette du pays ? « Nous sommes le pays qui travaille le plus au sein de l’Europe selon les statistiques de l’OCDE », se contente de répondre Yannis Kotsiras. Une réponse en forme d’étincelle.

Yannis Kotsiras se produira à l’Alhambra, à Paris, le 12 mars.

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