Accueil > Monde | Entretien par Fabien Perrier | 7 septembre 2015

Zoe Konstantopoulou : « Tsipras a accepté de dissoudre Syriza »

De retour de New York où elle s’est exprimée devant l’ONU, la présidente du parlement grec Zoe Konstantopoulou explique sa rupture avec Alexis Tsipras et rappelle qu’en Grèce comme au sein de l’Europe, « la première question est celle de la démocratie ».

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Dix-huit heures de vol aller et retour, un programme chargé ne laissant que peu de temps au sommeil... En se rendant à New York, pour la quatrième Conférence mondiale des présidents de parlement sous l’égide des Nations unies, Zoe Konstantopoulou, la présidente de la Vouli, n’avait pas de temps à perdre : le parlement grec vient en effet d’être dissout. Mais elle tenait à participer à cette « occasion unique de dialogue et de coopération qui s’offre aux parlements au plus haut niveau » pour faire passer un message : la dette est utilisée comme moyen de pression sur les peuples – quand bien même l’audit mené a démontré qu’elle était illégitime, odieuse et illégale.

« Il est capital que la situation grecque soit connue par les parlementaires du monde et qu’il soit révélé à la face du monde qu’en ce moment, en Grèce, la démocratie est attaquée », confie-t-elle. Elle a voulu défendre ses engagements de campagne et son mandat : avec trente autres députés élus en janvier, elle est critiquée. Alors qu’elle ne sera pas sur les listes établies par l’état-major de Syriza pour les élections du 20 septembre, elle livre son analyse sur la situation grecque à son retour de New York.

Regards. Comment faire reconnaître les conclusions présentées dans le rapport sur l’audit de la dette et, ensuite, obtenir l’annulation d’une part de la dette ?

Zoe Konstantopoulou. Il est très important de montrer ce qui s’est vraiment passé en Grèce et de révéler le vrai rôle qu’ont joué les banques, les politiques menées et les politiciens corrompus, les représentants des institutions, dans cette affaire de la dette grecque. C’est celle de la victimisation de toute une population, de la marginalisation de générations innocentes par ceux qui veulent toujours que leurs crimes soient payés par les peuples et les sociétés. La société et l’État grecs disposent de plusieurs voies pour se défendre contre cette injustice : juridique, politique et diplomatique. Chaque fois qu’il y a violation des dispositions internationales, il y a des remèdes, y compris juridiques. À mon avis, la Grèce devrait non seulement revendiquer l’abolition de la dette, mais aussi des réparations pour les dommages provoqués par cette politique criminelle contre la population.

« Syriza a été détruit par la décision de violer toute résolution collective et de passer en force les textes »

Le gouvernement grec d’Alexis Tsipras a-t-il vraiment pris en compte les conclusions des travaux sur l’audit de la dette fournies le 18 juin ?

Malheureusement, l’impression est que ces conclusions n’ont jamais été exploitées sur le plan des négociations, ni sur celui des discussions au sein de l’Eurogroupe ou des institutions créancières.

Vous avez soutenu Alexis Tsipras jusqu’à la fin du mois de juillet. Comment la rupture est-elle survenue ?

Je ne parlerai pas de rupture, mais d’une prise de conscience : celle qu’après un moment, le premier ministre – qui a démissionné – a non seulement entrepris de faire adopter par le parlement le mémorandum le plus antisocial, le plus injuste, le plus dur contre la société, mais il a aussi accepté de dissoudre notre parti.

Il garde l’étiquette Syriza...

Syriza a été détruit par la décision de violer toute résolution collective et de passer en force les textes.

Comment la gauche peut-elle survivre dans ces conditions ?

Cette situation déplorable correspond sans doute à la volonté de faire d’un gouvernement de gauche en Grèce une simple parenthèse. En ce qui me concerne, je lutterai pour que la gauche soit représentée d’une manière sincère, qui corresponde à son histoire, à notre programme, et à nos valeurs communes.

« L’histoire ne s’est pas terminée ce 13 juillet »

Envisagez-vous de créer un parti ?

Les partis ne sont pas créés du jour au lendemain. Ils sont le produit d’une série de délibérations, de procédures collectives, et pas le produit de la décision unilatérale de n’importe quelle personne. Je veux aider à ce que nous créions ensemble un front très étendu, très radical et fidèle à la défense de la société et à la défense du peuple.

Mais Alexis Tsipras dit, lui aussi, qu’il reste fidèle à la défense du peuple, qu’il a été obligé de signer le fusil sur la tempe. En réalité, le cas grec ne pose-t-il pas plutôt la question du rapport de forces au sein de l’UE et de l’euro ?

Cette décision a certes été le produit d’un chantage, mais l’histoire ne s’est terminée le 13 juillet. Or il n’est pas possible de comprendre les décisions prises par le premier ministre par la suite, notamment son refus de laisser son parti et son groupe parlementaire s’ériger en protection du gouvernement, la société, le peuple. La décision d’agresser toute personne qui a choisi de résister aux textes et procédures imposés ne peut pas être justifiée par cet argument du chantage. Au moment où nous abandonnons notre collectivité, au moment où les créanciers qui effectuent ce chantage sont plus informés et plus proches du gouvernement que les camarades et les responsables de la procédure parlementaire, nous vivons un glissement dans une direction qui ne correspond plus à notre mandat, et qui ne peut être conciliée avec une prise de position radicale.

La Grèce doit-elle donc rester dans l’euro ?

À mon avis, la première question est celle de la démocratie. Il faut bien voir dans quelles conditions fonctionne l’Europe en ce moment. Il n’est pas acceptable que sous prétexte de servir l’appartenance à une zone monétaire commune, l’euro fonctionne d’une manière antidémocratique avec, pour conséquence, la violation de toute garantie constitutionnelle, parlementaire et de tout acquis en matière de droits de l’homme. La monnaie n’est qu’un moyen d’atteindre la prospérité sociale. La prospérité des peuples et des sociétés est censée être un but de l’Europe. Alors que la monnaie devrait servir cet objectif, l’euro est actuellement utilisé par des gouvernements des États membres de l’Europe pour adresser des chantages, subordonner des pays et exercer un totalitarisme économique qui va à l’encontre de toute valeur européenne. Je n’accepterai jamais de parler juste de la monnaie avant de résoudre la question de la démocratie.

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  • "Je n’accepterai jamais de parler juste de la monnaie avant de résoudre la question de la démocratie." (Zoe Konstantopoulou)

    Où l’on voit bien que la cause majeure de l’échec de l’UE est la conséquence directe de l’imposition forcée du TCE, contre la volonté ou sans l’avis des peuples. Ce quasi coup d’état ne pouvait que revenir en boomerang.

    Jean-Marie Le 7 septembre 2015 à 13:53
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  • il suffit de lire le rapport des "5 présidents" concernant le projet de renforcement de l’union monétaire (en 3 étapes jusqu’en 2025) pour vérifier que la question de la démocratie dans l’UE, des choix démocratiques nationaux vs les traités européens (cf l’inoubliable "pas de choix démocratiques contre les traités européens" de junker, un de ces 5 présidents) est vraiment le cadet de leurs soucis, et on pourrait même dire qu’ils s’en foutent totalement. http:++ec.europa.eu+priorities+economic-monetary-union+docs+5-presidents-report_fr.pdf (j’ai mis des + à la place des /). la démocratie est effectivement LE problème dans l’UE.

    zozefine cigale Le 7 septembre 2015 à 18:29
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  • Le dernier paragraphe de l’entretien apporte cette idée que la question de la démocratie devrait passer avant celle de "sortir ou non de l’euro", sur laquelle on se focalise peut-être trop.

    La dictature de l’euro et le défaut de démocratie au plan européen mais aussi national sont évidemment liés, comme la démonstration vient d’en être faite.

    Sortir de l’euro en conservant le même système de "gouvernance" oligarchique ne changerait pas grand chose. Inversement restaurer une vie politique réellement démocratique amènerait inévitablement à poser la question de la manière dont sont décidées les politiques monétaires, économiques, budgétaires, et donc à remettre en question les politiques actuelles.

    BLep Le 7 septembre 2015 à 18:39
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  • « Avis à la gauche française, toutes tendances confondues : au cas où vous ne vous en seriez pas rendu compte, le tournant néolibéral de Mitterand-Delors (avec des ministres communistes au gouvernement) en 1982-1983 et les reniements qui ont suivi, c’était de la petite bière comparé à ce qui se passe actuellement en Grèce. Pensez-y et essayez d’éviter de paraître ridicules quand vous relirez dans quelques mois ce que vous écrivez ou ce que vous dites maintenant. »

    Professeur Kouvelakis

    Coma81 Le 8 septembre 2015 à 18:29
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  • Est-il vrai Monsieur, comme il a ete ecrit dans la presse grecque, que vous avez suivi Mme Konstantopoulou a New York aux frais du Parlement grec ? Vous n’etes peut-etre pas au courant, mais comme il est bien explique, cela est illegal, a moins que vous soyez parlementaire ou bien employe du parlement. Ce qui veut dire, et a condition que les articles en question sont exacts, que vous personnellenent avez ajoute a la dette grecque dans le but de faire la promo de Mme Konstantopoulou.

    Amicalement Le 9 septembre 2015 à 12:14
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  • Je trouve qu’au lieu de passer son temps à se flinguer mutuellement, il serait plus utile de trouver ce qui unit que toujours ce qui divise. Je pense que Tsipras a évité le pire pour son peuple en refusant , le fusil sur la tempe, de sortir de l’Euro , ce que voulaient les Allemands quelles qu’en soient les conséquences. Maintenant, il appartient aux grecs de défendre jour après jour ce qui peut l’être contre les diktats d el’EU et surtout ne pas laisser la droite achever le travail des Allemands et d el’EU en se battant les uns contre les autres en oubliant l’ennemi principal.

    BLOCH Francois Le 9 septembre 2015 à 12:20
       
    • Relisez le texte de Zoe Konstantopoulou, c’est Tsipras qui va achevé le travail des allemands et de l’UE, en s’alliant avec le Pasok. Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

      Mac Cullers Le 10 septembre 2015 à 10:47
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    • Si si, il faut "flinguer" la gauche européiste.

      Coma81 Le 10 septembre 2015 à 19:39
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