La rédaction de Flamme d'Afrique au travail dans le media center du FSM à Tunis (Photo: Jean de Peña / Collectif à-vif(s))
Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 29 mars 2013

Au FSM, des journalistes africains produisent leur média

Si le faible écho que donnent les grands médias occidentaux au FSM témoigne d’une minoration politique de l’évènement, sa couverture a minima par la presse africaine s’expliquerait plutôt par un manque de moyen. Depuis dix ans, Flamme d’Afrique tente d’y remédier.

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Comment parler plus en détail des enjeux majeurs soulevés dans les Forums sociaux (migration, environnement, alimentation...) aux populations souvent concernées au premier chef, celles du Sud ? « Il est évident que beaucoup des thématiques abordées sont centrales dans nos pays, note Noël Tadegnon, journaliste togolais. Mais rares sont les médias africains qui ont les moyens d’envoyer des journalistes couvrir les rassemblements. Du coup, les populations sont très peu informées de ce qui s’y dit et s’y déroule. Quand elles savent que cela a lieu... »

Un déficit d’information que tente de combler Flamme d’Afrique. Lancé en 2003, ce média évènementiel qui entend porter, relayer et faire entendre « les autres voix de l’Afrique » a été mis en place par l’Institut Panos d’Afrique de l’Ouest. L’un des 7 instituts d’un réseau qui s’est assigné pour mission de « favoriser le pluralisme des médias, soutenir l’accès à une information indépendante, diversifiée et responsable, et contribuer à l’expression des populations les plus marginalisées ». Implantés à Paris, Londres, en Afrique de l’Ouest, de l’Est, du Sud, en Asie du Sud et dans les Caraïbes, les instituts Panos organisent depuis plus de 25 ans des ateliers et sessions de formation dont bénéficient des journalistes du monde entier. Des partenariats, y compris sur des productions médiatiques, sont noués avec des organisations publiques et privées. Oxfam et l’Union européenne sont de l’aventure. Il y a de l’argent.

« Pour ce projet, l’Institut de Dakar a identifié les journalistes travaillant sur des thématiques traitées dans le Forum et les a sponsorisé pour venir couvrir l’évènement », explique Noël. Il fait parti des douze journalistes présents à Tunis, 5 femmes et 7 hommes, venus du Ghana, du Mali, du Maroc, de Mauritanie, d’Ouganda, du Sénégal et du Togo. Une véritable petite rédaction temporaire qui fonctionne comme telle et produit de l’info en trois langues, anglais, arabe et français. Le temps du FSM, deux numéros papier (8 pages format A3) de Flamme d’Afrique auront été tiré à 13 000 exemplaires et distribués sur le campus El Manar. Avec l’idée que beaucoup de ces journaux repartiront avec les altermondialistes chez eux un peu partout dans le monde et notamment sur le continent africain. La diffusion est aussi assurée par un web journal interactif, multimédia et bien fourni, avec une newsletter pour la communication. Servis par les moyens déployés par Panos, les journalistes de Flamme d’Afrique peuvent également s’appuyer sur une expérience de dix ans. L’initiative s’est rodée lors des sommets (régionaux ou mondiaux) de Durban, Dakar, Porto Alegre, Nairobi, Bombay... « On n’est jamais satisfait à 100 % mais globalement notre production est honnête. considère Noël. On est vraiment sur de l’info, nous n’avons aucun lien avec les comités d’organisation des Forums. Et on travaille sur les sujets qui nous intéressent comme les migrations, mais on donne la parole à tout le monde ». Leur premier numéro papier propose des sujets sur le traitement médiatique du printemps arabe, le statut de la femme, des images de la marche d’ouverture... Un vrai petit quotidien du FSM.

Leur quotidien, les journalistes de Flamme d’Afrique vont vite y retourner. Beaucoup dans l’équipe sont salariés dans des médias de leurs pays d’origine. Noël, 37 ans, est lui pigiste indépendant à Lomé. « J’ai travaillé pour des journaux au pays mais je ne me retrouvais pas dans les lignes éditoriales imposées par des patrons qui avaient des contrats ou des accointances avec des dirigeants. Je ne veux pas faire l’éloge de l’oppresseur. J’ai préféré reprendre ma liberté ». Qui peut avoir un prix. Couvrant des manifs à Lomé, Noël dit avoir été blessé deux fois par la police, depuis avril 2012. « Pas toujours facile d’être un journaliste indépendant », soupire-t-il. Mais pas question pour autant de renoncer à parler aux africains de ce qui les concerne. Dès son retour à Lomé, il va continuer à travailler avec un webmedia consacré aux enjeux environnementaux sur le continent.

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