GUE/NGL
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 27 mai 2014

Au Parlement européen, la gauche radicale passe la quarantaine

Avec au moins 42 députés (contre 34 auparavant), le groupe GUE/NGL voit sa représentation progresser très sensiblement. La conséquence de poussées nettes, mais inégales et localisées dans certains pays seulement. Tour d’Europe des notes d’espoir.

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Les élections européennes ont d’abord été marquées par une poussée de la droite populiste. Les faits ont été abondamment commentés, notamment avec la victoire de UKIP au Royaume-Uni et du Front national en France. Pourtant, même si la progression est plus modeste, le scrutin du 25 mai traduit aussi une poussée du côté de la gauche radicale. Le groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) qui comptait 34 membres dans la précédente législature devrait, désormais, réunir au moins 43 députés (50 selon la projection plus optimiste de Transform !).

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Victoire en Grèce

Syriza, qui avait obtenu 4,70% et un siège en 2009, est devenu le premier parti en Grèce en réunissant 26,51% (7 sièges). À ce succès européen s’ajoute la victoire aux élections régionales dans la région de l’Attique, obtenue sur le fil du rasoir (50,2%). Cette région qui comprend Athènes représente 30% de la population grecque. De son côté, le Parti communiste grec (KKE) obtient 6,03% et un élu (-1), mais remporte la mairie de Patras, la troisième ville du pays. La gauche radicale a donc le vent en poupe et pèse désormais plus du tiers de l’électorat. Il faut toutefois noter que les relations exécrables qu’entretiennent Syriza et le KKE empêchent toute alliance entre ces deux formations.

Espagne : deux succès pour le prix d’un

Les résultats dans l’État espagnol sont doublement prometteurs. D’abord avec la forte progression de la coalition Gauche unie (IU-ICV), qui devient la troisième force du pays et confirme son redressement des élections législatives de 2011. En obtenant 9,99% et 6 sièges, IU triple son score de 2009 (3,73% et deux élus).

Mais l’autre nouvelle, c’est l’irruption de Podemos (« Nous pouvons ») sur la scène politique espagnole. Issue du puissant mouvement des indignés, cette toute nouvelle organisation (elle a été créée il y a trois mois), est arrivée en quatrième position, recueillant 7,93% et 5 sièges. La traduction sur le plan politique du mouvement social qui occupa, notamment, les places espagnoles en mai 2011, est un événement considérable, porteur d’avenir. La consolidation de ce bon résultat et les rapports avec des forces comme IU sont désormais un enjeu majeur pour les mois et les années à venir.

Timide renaissance en Italie, déconvenue du Bloc de gauche au Portugal

Au cours des dernières années, l’Italie a été le théâtre d’un désastre complet pour les formations de gauche. Dans un pays où le puissant Parti communiste (PCI) a compté 1,5 million de membres jusqu’au milieu des années 1980, il ne restait que des décombres. Un fragile espoir renaît pour la gauche radicale, qui a obtenu 4,5% avec la liste Altra Europa et 3 élus au parlement européen. C’est une belle percée obtenue en menant une campagne s’appuyant tout particulièrement sur la figure d’Alexis Tsipras.

Au Portugal, lors des élections de 2009, les deux frères ennemis de la gauche radicale, le Parti communiste (PCP) et le Bloc de gauche avaient obtenus respectivement 10,73% et 10,66%. Cinq ans plus tard, si le PCP confirme son enracinement avec 12,69% et 3 élus (+1), le Bloc de Gauche ne réalise que 4,56% et obtient un seul élu (-2).

Légère progression en Scandinavie

La Scandinavie est une région de fort euro-scepticisme. La Norvège et l’Islande ne font pas partie de la Communauté européenne et seule la Finlande fait partie de la zone euro. Les résultats au Danemark font apparaître une très légère progression de la gauche radicale, qui passe de 7 à 8% loin des 10% promis par les sondages. En Suède, le Parti de gauche (Vänsterpartiet) obtient 6,30% contre 5,66% en 2009 et préserve son élu.

Si la stabilité prévaut au Danemark comme en Suède, en revanche les élections ont été marquées par une poussée de la gauche en Finlande. L’Alliance de Gauche (VAS) obtient 9,30% et retrouve le siège de député européen perdu en 2009. La radicalité de ce parti ne doit toutefois pas être surestimé, du moins à l’aune de nos caractérisations usuelles. Le VAS, qui est issu du parti communiste finlandais, vient de quitter au printemps 2014 le gouvernement finlandais dans lequel il détenait deux portefeuilles. Ce gouvernement d’union nationale est dirigé par Jyrki Katainen membre d’une organisation de centre-droit et ancien vice-président du PPE (le groupe où siègent les députés UMP).

La progression de la gauche radicale en Europe est réelle, mais elle tient essentiellement à deux pays : l’Espagne avec une progression de 9 sièges et la Grèce avec 6 sièges. Dans ces deux pays, qui ont payé un lourd tribut aux politiques d’ajustements structurels, un espoir, une perspective existent à gauche. Dans le reste de l’Europe la situation est beaucoup plus contrastée, en particulier dans des nations clefs comme l’Allemagne et la France. Dans ces deux pays, après des débuts prometteurs, Die Linke et le Front de Gauche marquent le pas. De toute évidence, reconstruire une gauche européenne digne de ce nom est un travail de longue haleine.

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  • Au Danemark le principal parti de gauche radical ne s’est pas présenté, mais soutenu une des listes. Ce parti fait très bien actuellement.

    En Suède il ne faut pas oublier FI, le parti féministe mené par une ancienne dirigeante de Vänsterpartiet, qui a fait une nette progression.

    Donc il ne s’agit pas que de l’Espagne et la Grèce, et - surtout - les élections européennes ne doivent pas être pris trop au sérieux non plus (vu l’abstention etc.). Mais un enseignement est clairement que la gauche a des problèmes en France, alors qu’il y a des tendances positives dans pas mal d’autres pays européens.

    Michel E. Le 27 mai 2014 à 19:12
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  • Et le Sinn Fein ? Il siège au sein de la GUE et il a fait un beau score en Irlande, tant aux européennes qu’aux élections locales.
    Sans parler de la progression des petites organisations de gauche : Socialist Party (1 siège au parlement dans une élections partielles) et des sièges aux élections locales, le People Before Profit, United Left...

    Tout cela additionné, dans un des autres pays qui a dû subir un prix élevé pour renflouer les banques et ne pas faire payer leurs actionnaires, est plutôt encourageant, non ?

    Boris Le 28 mai 2014 à 00:19
       
    • Oui, c’est aussi bizarre que Sinn Fein n’a pas été mentionné, ils ont fait leur meilleur score jamais il me semble. Un peu décevant de la part de Regards, ce genre d’article un peu "fast food"...

      Michel E. Le 28 mai 2014 à 09:45
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    • Mon article ne propose pas une radiographie des 28 pays mais opère des choix qui sont bien sûr contestables.
      Par exemple j’ai fait l’impasse sur le Parti Communiste Tchèque ainsi que sur les résultats de l’AKEL à Chypre (26,90% quand même) qui sont des partis communistes assez traditionnels en perte de vitesse.
      Pour le Sinn Fein, certes il siège au groupe Gue-Ngl mais je suis très dubitatif sur son évolution politique depuis 10 ans.
      Quant au Danemark, j’avais écrit un article spécifique avant les élections.

      Guillaume Liégard Le 28 mai 2014 à 12:23
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    • @Guillaume Liégard

      "Pour le Sinn Fein, certes il siège au groupe Gue-Ngl mais je suis très dubitatif sur son évolution politique depuis 10 ans."

      C’est peut-être plus intéressant de parler de tendances contestataires. Perso je suis dubitatif sur l’évolution de Vänsterpartiet depuis un certain temps, mais la montée de Vänsterpartiet+FI (ensemble au-dessus de 10%) peut tout de même signifier une radicalisation parmi la population (et aux élections législatives de septembre, les gens de gauche risquent de n’avoir que Vänsterpartiet comme choix, même si ce parti veut former une majorité gouvernementale avec le PS suédois, avec les conséquences que l’on connait...).

      En Italie, par exemple, beaucoup de gens de gauche votent pour 5S, alors que pas mal d’entre eux auraient voté pour la liste Tsipras avec un autre système électoral (même si les européennes sont des élections différentes, pas mal d’italiens ont dû penser en termes nationaux).

      Du coup, l’abstention est aussi intéressante, vu le manque de choix auquel beaucoup de gens sont confrontés.

      On a "la gauche radicale formelle", mais j’ose dire que la gauche radicale réelle dépasse la formelle. Donc, la gauche radicale formelle (dont font parti Sinn Fein, Vänsterpartiet, etc.) progresse, mais la gauche radicale réelle est sans doute encore plus forte.

      Michel E. Le 28 mai 2014 à 12:56
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    • Ma remarque n’était pas une critique, mais une interrogation.

      Je ne connais pas l’évolution du Sinn Fein, ma culture politique sur les partis de gauche européens est à construire. Mais si un de vos rédacteurs rêve de nous faire une petite synthèse sur l’évolution et la situation actuelle du Sinn Fein, je suis preneur. ^^

      Boris Le 28 mai 2014 à 17:17
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  • Ce qu’il y a de positif dans ces élections, c’est aussi que des partis de gauche radicale s’approchent du seuil d’obtention d’un député au parlement. C’est le cas du PTB en belgique qui la ratte de peux, mais aussi dans des pays comme la Croatie ou la Slovénie. Un des problèmes structurels de la GUE c’est son absence totale dans de nombreux pays de l’UE. L’apparition de ces partis est donc une tendance importante même s’ils ne transforment pas l’essai.
    L’échec de Die linke et du front de gauche c’est ce qui explique que cette élection ne soit pas une victoire pour la GUE.

    Maël Le 28 mai 2014 à 01:25
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