Accueil > Economie | Par Jérôme Latta | 4 septembre 2014

Austérité : la France victime du syndrome de Stockholm

Pour l’économiste américain Paul Krugman, non seulement la thérapie de choc de l’austérité et de la politique de l’offre se trompe de diagnostic, mais elle ne fait qu’aggraver les maux d’une économie française avant tout… hypocondriaque.

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Paul Krugman n’est pas seulement un économiste brillant, américain et keynésien, il a aussi un sens de la formule qui fait mouche dans ses chroniques pour le New York Times. Il avait ainsi qualifié d’« effondrement intellectuel » la capitulation de François Hollande et de son Pacte de compétitivité devant les dogmes austéritaires, s’alignant ainsi sur « l’impuissance du centre-gauche européen ».

Adhésion servile à l’austérité

Pour commenter, cette fois, le remaniement express de la fin août (« Le président Hollande a finalement montré un peu de nerf en supprimant énergiquement toute critique de son adhésion servile à l’austérité exigée par Bruxelles et l’Allemagne. »), il a évoqué sur son blog un « syndrome de Stockholm ». « Qu’est-ce qui peut bien faire croire à Hollande et son équipe que la situation peut encore se retourner ? », demande-t-il, alors que les politiques menées depuis quatre ans en Europe n’ont pas obtenu la moindre relance économique et ont même conduit à la déflation.

Krugman ne s’en tient pas à ces formules, mais ne renonce pas à l’ironie lorsqu’il passe en revue une série d’idées reçues sur l’économie française, chiffres à l’appui. Il montre ainsi qu’en termes de PIB réel, la France fait moins bien que l’Allemagne, mais nettement mieux que la zone euro, ou encore que le taux d’emploi des 25-54 ans (un peu moins de 81%) est bien plus élevé que celui des États-Unis (76%). « Heureusement que nous savons tous que c’est la France le pays en crise, sinon vous pourriez être perturbés par des chiffres montrant que la performance de l’emploi y semble bien meilleure que la nôtre », commente-t-il.

Accélération du cercle vicieux

Rapporté au PIB, le déficit commercial de la France est, lui, dans les eaux de celui des États-Unis, très loin de celui atteint par ceux-ci durant le "Bush Boom" du milieu des années 2000. L’économiste estime par ailleurs que l’inflation, qui fluctue à la baisse sous l’objectif conventionnel des 2% depuis 2008, indique un problème de demande bien plus que d’offre, à rebours de la politique menée par le gouvernement. Il observe enfin qu’alarmés par la capacité de remboursement de la France, les investisseurs internationaux refusent de lui prêter de l’argent autrement qu’à des taux d’intérêts à long terme… historiquement bas.

« L’économie de la France ne ressemble en rien au tableau que tout le monde en dresse », résume-t-il. Pourtant, François Hollande s’enfonce dans une politique de l’offre qui serre toujours plus les ceintures. «  Et le résultat en est l’accélération d’un cercle vicieux dans lequel l’austérité fait chuter la croissance, ce qui aggrave les déficits, ce qui conduit à toujours plus d’austérité. » Paul Krugman conclut par une ultime punchline : « Ce dont souffre la France, c’est d’hypocondrie, de maladies imaginaires – et cette hypocondrie la conduit à adopter une thérapie de charlatans qui est la véritable cause de son mal. »

L’éditorial intitulé "La Chute de la France", publié dans l’édition imprimée du New York Times, enfonce le clou. « L’Europe a désespérément besoin que le chef d’une de ses économies majeures se lève pour dire que l’austérité tue toute perspective économique sur le continent. Hollande aurait pu et aurait dû être celui-ci, il ne l’est pas. (…) En trahissant la France, il trahit l’Europe tout entière – et personne ne connaît encore l’ampleur des dommages qui en résulteront. »

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  • Même si, son point de vue d’économiste est très pertinent. Je n’ai d’ailleurs pas la prétention de le lui contester. Il n’en demeure pas moins vrai, qu’en France, il y a de grandes réformes structurelles à accomplir et qui trainent depuis 20 ans. Sans doute Hollande aurait il gagné à engager ces réformes dès son arrivée au pouvoir, elles auraient permis d’effectuer de substantielles économies de fonctionnement de l’état, ce qui aurait évité de trop couper dans les dépenses. Avec se réforme des régions, il tente mais de manière très française, donc, imposée par le haut, de son bureau, d’imposer une réforme souvent contre l’avis des populations. Décidément, il fait tout à l’envers. Il avait sûrement mésestimé l’ampleur de la crise et pas pensé aux réformes à mener, comme s’il n’avait pas suivi la politique depuis 10 ans...A sa décharge, ses prédécesseurs n’ont rien fait de mieux, surtout Chirac qui a été un roi fainéant ! A quand, par exemple, une VERITABLE décentralisation dans ce pays, pour l’emmener au niveau des autres pays Européens ? Avec de VERITABLE pouvoirs accordés aux régions, ça aurait du être le préalable au découpage, (charcutage) des régions sur un coin de bureau à 21h.
    A quand la dissolution ? Seule solution désormais pour Hollande !

    Pagan Le 9 septembre 2014 à 02:24
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  • Keynésianisme ou politique imbécile de l’offre (car c’est bien la demande qui génère l’investissement puis l’offre), nous restons idéologiquement et de manière très majoritaire (même dans "la vraie Gauche") dans le système néolibéral. Ce système est... toléré. Il faudrait faire avec...
    C’est à dire dans cette économie mafieuse et dérégulée, commandée par les paradis fiscaux qui siègent pour décider à Bruxelles, à Londres, à Paris ...et à l’Elysée.

    La trahison "socialiste" bat son plein. L’apprivoisement des Sociaux-Démocrates par le néolibéralisme, depuis les années 80, est une catastrophe pour les Peuples d’Europe à systèmes sociaux développés et bouche toute perspective de développement pour les pays du sud et de l’est européen.

    Tant que la Gauche française progressiste et humaniste n’est pas capable de rassembler toutes ses composantes, des Socialistes de Gauche aux Communistes, pour faire le procès du néolibéralisme mafieux et de ses valets politiques, puis de construire un projet à vocation majoritaire, autour d’une économie de marché à vocation sociale, régulée et contrainte face aux acteurs économiques, la France subira la domination allemande (pas besoin de guerre pour cela, la Grèce le démontre) et restera sous la menace de l’accès au pouvoir du National-Socialisme du Front National ...qui saura comment faire baisser le chômage en combattant les ennemis intérieurs, avant d’aller sur le chemin des aventures des années 30...

    On ne peut pas composer avec le néolibéralisme financier et mafieux, avec un renard libre dans un poulailler libre ou quand ce sont les loups qui deviennent les gardiens des bergeries.

    Assez d’incantations à Gauche ! Assez de discours sur l’amélioration de la politique néolibérale ! Les Peuples d’Europe attendent la France depuis plus de 30 ans. Pour une toute autre Europe, au service des Peuples, avec une Gauche française qui reprenne son flambeau historique, celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

    JANCAP Le 31 juillet 2015 à 16:42
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