Accueil > Spécial Cahuzac | Par Emmanuel Riondé | 11 avril 2013

Cahuzac, l’argent, les fachos, les chauves et le Parti socialiste

Entre autre révélations de l’affaire Cahuzac, celle concernant son compagnonnage avec des militants d’extrême-droite n’est pas la moins intéressante.

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Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis, Julien Dray, Henri Weber sont quelques uns des cadres (ou ex-) du Parti socialiste français qui sont passés dans leur jeunesse par des organisations trotskystes. Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Alain Madelin sont les plus connus de ceux qui, à l’UMP, ont fait leurs classes politiques dans les rangs de l’extrême-droite. Deux familles politiques, des cheminements individuels comparables : après un engagement dans des organisations politiques radicales, le choix de rejoindre un parti notabilisé, exerçant le pouvoir ou en capacité de l’exercer, et s’ouvrir ainsi la voie d’une possible « carrière politique » individuelle. Chacun peut, une fois installé, laisser rappeler de temps à autre qu’il fût un jeune « révolutionnaire » : cela vaut certificat d’enracinement idéologique et est plutôt apprécié des militants de base.

Jérôme Cahuzac propose un autre type de trajectoire. Comme l’a révélé Le Monde au lendemain de ses aveux du 2 avril, l’ancien ministre du budget a eu dans les années 90 des liens avec des militants du Groupe Union défense (GUD). Le GUD, syndicat d’extrême-droite revendiquant l’action violente et dont l’âge d’or se situe dans les années 70-80 est encore actif aujourd’hui. Notamment à Lyon où il se décline aussi sous le nom d’Union Défense de la Jeunesse (UDJ) à l’Université, et d’Union des lycéens nationalistes (ULN) dans les lycées. Proche du Front national et de Marine Le Pen, imbriqué avec la mouvance identitaire, le GUD est une pièce importante et légitime de la sphère facho française (lire « Cahuzac, Le Pen et le GUD, ce groupuscule radical aux fréquentations pragmatiques », synthèse instructive de Nicolas Lebourg).

Quels étaient les liens de Cahuzac avec le GUD ? Ils proviennent d’abord nous dit Le Monde, de relations familiales. Son ex-femme, Patricia Cahuzac, est la cousine de la femme de Jean-Pierre Emié, un ancien du GUD associé au sein de son cabinet d’avocat avec Philippe Peninque, lui aussi "ex-gudard". En 1976, ce dernier avait soutenu à l’Institut d’Études Politiques de Paris un mémoire intitulé « La Politique à coups de poing ou l’extrême droite extraparlementaire de 1968 à 1975 », une « longue litanie des exploits des gudards, à coups de barres de fer et de cocktails molotovs » selon Nicolas Lebourg. C’est Philippe Peninque, aujourd’hui conseiller de Marine Le Pen, qui a ouvert le compte de Jérôme Cahuzac dans la banque suisse UBS en 1992.
Avec lui et Jean-Pierre Emié, Cahuzac fait du sport, de la boxe notamment. Avec un autre homme venu lui aussi du GUD, Lionel Queudot, ils s’associeront au sein d’une petite entreprise, La Rumine, pour « investir dans des mines au Pérou ».
L’entreprise en question est une SCI, société civile d’investissement, forme juridique généralement adoptée par des familles acquérant un bien immobilier. On ne se met pas en SCI avec quelques vagues connaissances, cela nécessite une relation de confiance éprouvée. Contrairement à ce que tente de minimiser Libé dans son édition de lundi, tout indique que Jérôme Cahuzac a donc bien été très proche pendant plusieurs années de militants de l’extrême-droite la plus dure. Et ses liens avec eux allaient bien au-delà du cognac partagé à la fin du repas familial une fois par an.

A cette époque, rappelons-le, Jérôme Cahuzac est un chirurgien qui a fait le choix d’exercer son métier dans le privé et la chirurgie capillaire, c’est-à-dire la pose d’implants dans un quartier cossu de Paris. Le genre de choix, tous les médecins interrogés le confirment, qui indique clairement que la priorité du bonhomme est l’argent. Et alors ? Il ne s’agit pas ici de porter un jugement moral sur le fait que, de toute évidence, Jérôme Cahuzac aime l’argent. C’est son problème.

On peut par contre, c’est légitime, s’interroger sur la longévité et l’irrésistible ascension politique au sein du Parti socialiste d’un personnage ayant un tel profil. Résumons : Cahuzac a longtemps fraternisé avec des militants d’extrême-droite ; il a été partie prenante d’une entreprise dont l’objet était de gagner des sous via des mines (c’est à dire un lieu où travaillent des mineurs, figures symboliques, s’il en est, de la classe ouvrière) implantées dans un pays du Sud ; Médecin, il a choisi de gagner sa vie en posant des cheveux à des bourgeois chauves des beaux quartiers de Paris. Ces dernières semaines, alors qu’il était dans la tourmente, plusieurs responsables de droite ont eu l’occasion de dire tout le bien qu’ils pensaient de « quelqu’un qui était un ministre du budget très sérieux » dixit Claude Guéant. Que peut-on bien faire dans un parti qui se dit « de gauche » quand on a ce parcours, de telles affinités et de tels soutiens ?

Suite à ses aveux, Jérôme Cahuzac a été exclu du PS. Mais deux ans après l’affaire DSK, le « grand parti » de la gauche française dont les secrétaires généraux successifs qui connaissent leurs classiques, truffent leurs discours de références à Jaurès, a une nouvelle fois l’occasion de se poser la question. On attend la réponse, elle nous intéresse.

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