Accueil > Politique | Entretien par Marion Rousset | 26 mai 2014

Christian Laval : « Le Front de gauche n’a pas su capter l’immense colère sociale »

Au lendemain des élections européennes, Christian Laval, co-auteur de La Nouvelle raison du monde et de Commun – essai sur la révolution au XXIe siècle, réagit aux résultats du Front national. Et lance un appel pour la réinvention d’une gauche internationaliste.

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« La "victoire" du FN aux élections européennes est le résultat direct de la politique néolibérale de Hollande et de son équipe lamentable. Devant l’affaiblissement des structures économiques et les crises sociales, nous risquons de voir beaucoup de gens dériver vers le Front national. D’autant que le Front de gauche n’a pas su capter l’immense "colère sociale" aujourd’hui déviée en partie dans les voies racistes et xénophobes.

La seule carte originale à jouer pour la gauche radicale aurait été de proposer des listes européennes internationalistes. Elle aurait dû réaliser par exemple un tract commun avec les Allemands, les Belges, les Italiens, les Grecs et tous les autres pour défendre une politique de rupture commune avec austérité et le néolibéralisme. Il aurait fallu mettre en avant l’exemple italien le plus porteur d’avenir : L’Altra Europa con Tsipras. Mais plutôt que de mettre l’accent sur la construction d’une autre Europe, le Front de gauche reste beaucoup trop dans le jeu des institutions françaises. Ce n’est pas la brève visite de Tsipras, président du parti grec Syriza, en France qui aura suffi.

« Ce drame que nous vivons, c’est celui de la disparition de l’internationalisme »

Le national a pris le dessus sur tout autre mode d’opposition à l’Europe actuelle. La nostalgie pour le programme du Conseil national de la Résistance et la référence à l’État social, aussi importantes et explicables soient-elles, témoignent d’une vision qui fait de l’espace national le seul espace possible de redistribution. L’un des dangers les plus graves qui nous guettent est le développement du nationalisme de gauche : une certaine manière d’invoquer la "patrie", un appel à faire du franc la seule monnaie qui nous sauvera, cette obsession de rendre à la nation sa "souveraineté" perdue, cette tentation de faire de l’État français le dernier rempart face à la barbarie.

À certains moments, les meilleurs esprits se laissent aller aux passions tristes. Ce drame que nous vivons, c’est celui de la disparition de l’internationalisme. Depuis trop longtemps, dans le champ politique, personne n’a remis en chantier les nouvelles tâches internationales à mener. L’altermondialisme n’est pas relayé politiquement. Pourtant, une mobilisation internationale, une coordination visible et un programme commun européen sont la seule manière d’éviter les dérives nationalistes. La tâche fondamentale de notre époque est de réinventer la gauche politique sur des bases clairement internationalistes. »

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  • Certes je pense que le FdG aurait fait considérablement mieux en mettant en avant Tsipras beaucoup plus, mais ce n’est pas tant une question de la force de l’internationalisme que la faiblesse du FdG. En Ile de France ce que j’ai vu du FdG était nul, le FdG avait l’air de prendre les gens pour des cons, presque personne ne croît plus au FdG comme une nouvelle force dynamique. Quand j’ai vu le tract où il y a le soutien d’Ian Brossat, Pierre Laurent qui ne fait que rappeler aux gens que ça ne va pas au FdG/PCF, etc., je me suis rendu compte que je n’allais pas voter pour le FdG. Néanmoins je suis allé voter le NPA, parce que je ne voulais pas faciliter pour "Nouvelle Donne" (quelle blague) non plus.

    Pour moi, le plus décevant était peut-être de constater que le PG et Ensemble se sont laissé taire par le PCF cédant un peu au niveau de têtes de listes. En somme le FdG est maintenant associé par la grande majorité des gens à ce fonctionnement politique malsain dont ils en ont marre. La seule chose à faire maintenant est de rompre avec le PCF pour dynamiser la gauche.

    Christian Laval semble ici utiliser l’élection française comme un prétexte pour avancer des idées qui lui sont chères. Au point qu’il ne semble pas voir que beaucoup de choses intéressantes se sont passé à gauche ces élections en Europe, juste pas en France. La gauche française est malade, mais ce n’est pas par manque d’internationalisme, c’est par manque de répondre aux attentes des gens. Soit le FdG rompt avec le PCF, soit le FdG devient une chose qui ne sert qu’à étouffer la gauche et aider le FN, ça veut dire à rien.

    Michel E. Le 26 mai 2014 à 18:08
       
    • Les lectures critiques des échecs politiques sont toujours alimentées in fine par le désir de "rompre". Dans le Front de Gauche, il n’y pas de force motrice, les communistes sont de plus en plus critiques, certainement agacés par la politique de clivage du PdG et la crainte de perdre ses dernières positions électives. Le PdG, impatient de conquérir un statut hégémonique au sein de la gauche politique (quelle est, en vérité, la place à prendre ?), tourne en rond avec un discours qui oublie trop souvent la question sociale. Et la figure médiatique de JL Mélenchon a fini par s’user, comme son discours.
      Il faut passer à autre chose.

      Robby Le 31 mai 2014 à 12:13
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    • @Robby
      Je suis d’accord pour passer à autre chose, c’est à dire une vraie gauche française qui s’oppose au PS et à l’UE.

      Michel E. Le 31 mai 2014 à 12:16
    •  
    • Pour les types tel ce Michel E. , tous les malheurs de France et du monde viendraient du PCF ! Sans le PCF,Michel et ses semblables viveraient dans le meilleur des mondes possible !!

      Je conseille donc à ces petits gars d’élargir un peu leurs champs de vision.

      aspaar Le 2 juin 2014 à 09:27
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    • Cette position simpliste n’est pas la mienne. Le PG me semble être la composante la plus saine du FdG et le parti politique français le plus sain. Au moins, là il y a des gens, notamment l’économiste Jacques Généreux il me semble, qui envisagent la sortie de l’euro, etc. Les autres composantes semblent vivre dans un monde assez surréaliste et sectaire (tabou de remettre en question l’UE, une foi aveugle en un jeu d’alliance avec EELV et le PS, etc.). Au PCF, on trouve encore des gens qui remettent en question l’UE, l’idée d’aller continuellement tapiner pour ce parti de droite qu’est le PS en échanges de quelques places, etc., mais ils sont marginalisés, et le grand manque du parti se trouve au niveau écologique (+ un fonctionnement interne et une façon de se comporter avec les autres qui sont non-démocratiques, très autoritaires).

      Michel E. Le 2 juin 2014 à 09:59
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  • Cela fait plaisir de lire ce fervent plaidoyer pour l’internationalisme de M. Christian Laval, inconnu de mes services jusqu’à présent. Face à la montée de tout un tas de choses très déplaisantes, cela reste encore la seule voie pour celles et ceux qui combattent pour un monde moins pénible à vivre. C’est pour cette raison, et uniquement celle-là, que j’ai voté NPA, même si ces gens se sont embourbés dans une politique d’isolement folle et destructrice - d’abord pour eux. La "patrie républicaine", une forme de protectionnisme, le cadre national, la référence à l’Etat sans en préciser la nature, non, ce n’est pas là-dessus que l’on combattera le Front National et le retour à Germinal.

    kashmir4 Le 26 mai 2014 à 19:29
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  • On peut se focaliser sur le total des élus FdG ...mais il me parait plus important de comptabiliser le total national des électeurs ayant voté pour le FdG et le total national des "exprimés ...Où pouvons nous trouver ces résultats ?

    PrNIC Le 26 mai 2014 à 19:29
       
    • Les résultats définitifs, suffrages exprimés etc. se trouvent sur le site du ministère de l’intérieur.
      http://elections.interieur.gouv.fr/ER2014/FE.html
      Le FdG totalise 1 million 200 mille suffrages.
      Sur 19 mio de votants et 46 mio d’inscrits.

      Entièrement d’accord avec le plaidoyer du camarade Laval.
      Que faire ?

      Goldwasser Le 27 mai 2014 à 00:11
  •  
  • Comment vendre l’Europe à des électeurs qui ne veulent surtout pas l’acheter !
    .
    Une liste européenne ! Mais ils sont contre l’Europe ! Totalement viscéralement contre l’Europe !
    Elle ne leur apporte que des craintes pour l’avenir, de la peine, de la misère ... !
    .
    Et en plus, ils entendent Mélenchon qui leur dit que l’Europe avec l’OTAN, avec le grand marché transatlantique... leur apportera, encore plus de misère demain, et la guerre avec la Russie aujourd’hui, et avec la Chine ou l’Inde demain !
    .
    Ils raisonnent les électeurs ! Peut-être simplement, mais dire qu’ils ont tout faux est risqué ! Ils ont compris que la politique européenne les mène dans le mur ! Eux ! Ils en ont la preuve tous les jours ! Le chômage, la retraite, la santé, l’école, leur pouvoir d’achat ! Les mensonges de Hollande !
    .
    Donc si l’on désire changer la société démocratiquement, il y a intérêt à coller aux sentiments profonds de la majorité des électeurs ! Il serait bien difficile de les faire changer d’opinion sur les faits matériels qu’ils observent ! Les mêmes résultats du scrutin des européennes pour le Front de Gauche en 2009 et 2014 semblent aller dans ce sens. Je souhaite bien du plaisir à ceux qui voudront faire changer d’opinion les électeurs ! (coller aux sentiments profonds de la majorité des électeurs, c’est ce que fait depuis toujours le FN !)
    .
    C’est triste pour un intellectuel, mais c’est comme cela dans la vraie vie !

    Pierre Magne Le 27 mai 2014 à 11:06
       
    • Si une majorité d’électeurs veut que les Juifs portent une étoile jaune, faut-il abonder dans le sens desdits électeurs ? Il faut faire attention avec ce genre de raisonnement.

      kashmir4 Le 28 mai 2014 à 11:25
    •  
    • Un tract commun a toutes les composantes de PGE et + si affinités, pourquoi pas. Ca aurait au moins le mérite de montrer que "l’objet" Europe n’est pas en cause en lui même mais qu’il s’agit simplement et donc fondamentalement de rapport des forces. Actuellement c’est le libéralisme version PPE et sociaux démocrates qui règnent en maitre sur l’objet Europe.
      Ensuite n’oublions pas le rôle assigné aux Médias d’alimenter la thèses du MAL manque de pot il n’y a pluies l’’URSS alors on s’en prend à l’aspect "normalisation de tout ce qui fait le quotidien" comme cela on ne voit pas l’industrie financière à l’œuvre. Enfin ce qui fait considérablement défaut c’est l’absence dramatique de la critique du TRAVAIL comme objet majeur de socialisation de l’individu, de créateur de sens collectif- bien commun-... La page du Lundi de l’Humanité permet de commencer à entrevoir tout les possibles de cette démarche de fond et notamment comment la Gauche progressiste humaine et DONC sociale peut nouer un vrai partenariat avec l’ensemble des organisations syndicales de salariés mais aussi les associations professionnelles dans l’objectif de construire le FRONT POÜLAIRE du 21° siècle porteur de la 6° République et de la Sécurité sociale professionnelle. Enfin construire cette gauche ne peut se concevoir qu’avec le PCF et je n’apprécie pas les interventions appelant à rompre avec le PCF car que dois je comprendre : le marchepied communiste n’aurait il pas bien servi quelques ambitions personnelles que l’on a vus poindre de façon irraisonnées lors de la constitution des listes FDG pour les Européennes. Je demande à être respecté normalement dans la conflictualité -cela ne me pose pas de problème - mais positive. Après que des gens considères ne plus être à leur place cela s’admet fort bien et ce n’est pas grave, car c’est l’épreuve de la vie qui tranche et de ce point de vue notre histoire politique est fort riche de ces propos fort en thèmes.
      Sur l’internationalisme, nous avons une bagarre de haut niveaux à mener avec la libération de MARWAN BARGHOUTI le Nelson MANDELA Palestinien, effectivement le PGE gagnerai à engager une bataille Européenne .

      VINET Serge Le 2 juin 2014 à 06:16
  •  
  • L’altermondialisme n’est pas un inter-nationalisme, c’est un mondialisme (comme son nom l’indique).

    Pour qu’il y ait l’inter-nationalisme, il faut qu’il y ait nation.

    Vive les nations !

    Coma81 Le 28 mai 2014 à 22:11
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  • L’internationalisme ne se décrète pas, il se construit. Et d’ailleurs la construction de l’union européenne telle qu’elle existe est un exemple de réussite de l’internationalisme des libéraux. C’est la raison pour laquelle il ne sera pas possible de le déboulonner de l’intérieur. C’est exactement le même dilemme qui s’est posé pour ceux qui voulaient changer la CFDT de l’intérieur ou les autres qui voudraient changer le PS de l’intérieur. Pour porter un autre projet syndicale que celui de la CFDT il fallait en sortir. C’est ce qu’on fait ceux qui on crée SUD. Pour changer de projet de société, il fallait quitter le PS c’est ce qu’on fait les fondateurs du Parti de gauche. pour créer un autre internationalisme, il faut donc quitter l’Europe et travailler avec ceux qui œuvrent dans l’autre voie, c’est-à-dire les pays progressistes de l’Amérique latine par exemple. Nous devons donc revendiquer la sortie de la France de l’Europe et reconstruire ensuite une autre union qui n’exclut aucun pays pourvu qu’il partage le même projet de société ou du moins des projets qui puissent converger. Or l’erreur du Front de gauche est de vouloir rester dans l’Europe en espérant infléchir les orientations politiques et économiques, ce qui est peine perdue. Et c’est en partie une des raisons qui explique que le Front de gauche n’arrive pas à coller avec le sentiment général qui rejette de plus en plus nettement cette Europe qu’une grande majorité pense avec raison, incapable d’évoluer vers un projet qui mettrait au cœur les priorités sociales.

    Philippe S Le 29 mai 2014 à 02:45
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  • Snobinard moralisateur de merde.

    Coma81 Le 29 mai 2014 à 09:34
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  • Coma81, voilà une contribution éblouissante ! Quelle élégance et, surtout, quelle puissance d’argumentation !

    Le peuple de gauche VOMIT la droite solférinienne, sa politique sarkozyste, le P"s" multiplie les trahisons, les reniements, les mensonges. Il n’y a AUCUNE différence entre le PS et l’UMP. Cela, les plus démunis, dont je suis (895 euros par mois de pension d’invalidité, essayez de "vivre" avec ça !) le subissent tous les jours. Le PCF a toujours et partout trahi les pauvres, bradé les luttes sitôt que ça devenait un peu sérieux (cf mai 68), et le PCF crèvera avec les solfériniens dans les poubelles de l’Histoire.
    Lamentables serpillères des socio-kollabos, les communistes se refusent à la RUPTURE TOTALE ET DÉFINITIVE d’avec ce parti de bourgeois pourris de fric et de privilèges (vous avez vu la baraque de Bartolone ?) et paiera cette obstination criminelle et imbécile de sa vie. Ceux qui crèvent à petit feu du libéral-fascisme peuvent remercier l’ordure fasciste Pierre Laurent d’être allé à la bonne sou-soupe solférinienne de droite. Bon appétit, salopard ! Et que le rata pour lequel tu as baissé ton froc, en bon communiste que tu es, t’étouffe !

    Auxi Le 30 mai 2014 à 00:21
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  • Pourquoi faut il laisser à l’extrême droite le champ du nationalisme ? Seuls les capitaux ont aujourd’hui intérêt à l’ouverture des frontières et des marchés. Pour les autres, ceux qui travaillent , l’Europe n’est qu’une façon d’être dépossédé de nos décisions. La seule vraie surprise de ces élections est que le PS arrive encore à attirer des millions de voix avec un slogan aussi pourri et hypocrite que "non à l’austérité de Bruxelles.

    michel 06 Le 30 mai 2014 à 23:26
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  • Je vois que les lecteurs de Regards et la direction de Regards n’ ont strictement rien compris à la situation de la gauche française ... Christian Laval sait parler d’ école dans les salons de la FSU , sait faire la grande gueule à l’ Institut de Recherches de la FSU , nous ressert un débat enfoui des 5000 personnes ayant pris un jour , comme moi , pris leur carte au NPA ou à la LCR , à refaire le monde à Port Leucate au bord d’ une plage à siroter des bières ou au fond d’ un Café Equitable de Marseille ... Non M Laval , avant de parler "internationalisme" , il faut aller chercher les classes populaires là où on les a laissées , entre le périphérique et l’ A 86 , au fond de nos campagnes esseulées et abandonnées et y mailler durablement le territoire en terme de présence militante et associative , comme le faisait le PC à une époque ...

    Tsypras est un ingénieur de formation : pensez y pour désigner les futur-e-s chefs du Front de gauche , quand celui ci deviendra une organisation politique ...Cela changera des beaux parleurs au "miroir" ( miroir , miroir) qu’ on rencontre dans toute l’ extrême gauche française .

    THIERRY HERMAN Le 31 mai 2014 à 00:23
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  • Camarade Christian LAVAL, va expliquer aux travailleurs que la Sécu, décidé alors que la France était en ruine en 1945, remise en cause aujoud’hui par le PS, ne continue à vivre que dans ces esprits qui se "laissent aller aux passions tristes". Par la même occasion explique aussi aux travailleurs qu’une des conquête du CNR,les Comité d’Entreprise, que le ministre du travail socialiste F. REBSAMEN, veut supprimer, n’ont plus aucun intérêts puisque vivant uniquement dans la tête de quelques nostalgiques nationalistes. Ces derniers croyant naïvement que l’internationalisme consistait à tirer l’Europe Sociale vers le haut en s’appuyant sur les conquête sociale de la France de 36, 44 45 et 68.

    Célou 31 mai à 09.10 Le 31 mai 2014 à 09:25
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  • La seconde guerre mondiale a laissé une blessure en France, un complexe vis-à-vis de l’Allemagne. Du coup, de moins en moins de français croient que c’est possible de s’entretenir avec l’Allemagne de façon satisfaisante. La seule issue crédible en France est donc la sortie de l’UE. Mélenchon a dit que son rôle c’est de s’occuper de la France comme le rôle d’un homme politique allemand est de s’occuper de l’Allemagne, un compromis entre l’Allemagne et la France est donc sous-entendu, donc, quand Mélenchon parle de s’imposer auprès de l’Allemagne, les gens comprennent cela comme de la posture.

    Alors que les Grecs et les Espagnols ont traditionnellement une croyance forte en la possibilité de se faire entendre par l’UE, les Français ne voient pas l’UE comme un projet démocratique, mais comme un compromis entre l’Allemagne et la France. Tant que l’Allemagne n’était pas à l’offensive, les Français pouvaient croire à la possibilité pour la France d’avoir un mot à dire qui soit décisif quant à l’UE, mais depuis que l’UE s’est élargie vers l’est et que l’Allemagne est à l’offensive, de plus en plus des Français ne croient plus - et pas sans raisons - à la possibilité d’une UE en harmonie (avec la France).

    Il faut aussi voir comment la démocratie devient difficile quand on dépasse une certaine taille de population. Je dirais qu’une démocratie vivante est quasiment impossible au-delà de 100 millions d’habitants, et dans l’UE il y a plus d’habitants qu’aux Etats-Unis, avec encore moins d’implication des citoyens. Donc, de ce point de vue-là aussi, ça a beaucoup de sens de rompre avec l’UE qui - comme l’a dit Mélenchon - a ses racines dans la guerre froide. J’ajouterais : dès le début, cela a été la construction d’un bloc capitaliste, mercantile et anti-gauche dans ses fondements mêmes (l’économie de marché, le libre-échange, etc gravés dans le marbre des traités).

    Donc le FdG ne doit pas croire qu’il suffit de faire comme Syriza en Grèce, mais plutôt voir comment Syriza en Grèce se développe selon les conditions grecques, parce qu’elles ne sont pas comme en France. Une fois arrivé au pouvoir, ça me semble probable que Syriza va proposer de rompre avec l’UE, mais les Grecs ne vont pas - pour l’instant - leur faire confiance sans qu’ils essaient de s’imposer auprès de l’UE d’abord. Alors qu’en France, la gauche a tout à gagner sur une position contre l’UE dés le départ (et ça pourrait aussi influencer positivement le reste de l’Europe, parce que je vois mal en quoi c’est réaliste d’être pro-UE si on est de gauche).

    Malheureusement la gauche française, au niveau des partis, est ici paradoxalement encore plus pro-EU qu’en Grèce, et je pense que le seul espoir à court terme c’est que le PG rompe avec le PCF et se déclare contre l’UE. Comme ça il existerait une base pour une gauche vivante en France que des autres partis et mouvements pourraient rejoindre. Je crains que cela risque de durer, mais on peut toujours espérer. D’après ce que j’ai entendu, le dernier billet sur le blog de Mélenchon n’est pas sans être encourageant.

    Michel E. Le 31 mai 2014 à 09:27
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  • A titre personnel, je pense que la campagne du front de Gauche n’a été ni assez européenne ni assez souverainiste.

    Pas assez européenne dans le sens qu’il n’y avait pas un programme commun à tout le Parti de Gauche Européen, structuré autour de 4 ou 5 mesures radicales permettant de donner une ampleur continentale à notre combat.

    De plus, nous n’avons pas su relayer assez les dynamiques qui existaient en Grèce, en Espagne, en Irlande, au Portugal, voire aux Pays-bas et en Scandinavie pour essayer de fissurer un peu cette image d’un raz-de-marée annoncé d’extrême-droite.

    Parler plus de la situation en Grèce, en Irlande ou au Portugal aurait aussi permis de mieux orienter le débat vers l’austérité, les racines bancaires de la crise, la brutalité du néo-libéralisme mais aussi vers l’idée de solidarité avec ces pays. expliquer que voter Front de Gauche c’était aussi soulager les Grecs, les Irlandais ou les Portugais.

    En même temps, il aurait fallu avec la même hargne disputer au Front National la position souverainiste. Parce qu’il n’y a d’expression de la souveraineté du peuple que dans le cadre national.
    Comme l’explique bien Frédéric Lordon, pour le moment, il n’existe pas de peuple européen.

    Aucun d’entre nous n’accepterait de nous voir imposer la privatisation de l’Education Nationale par une majorité libérale européenne, par exemple.

    De plus, l’inscription des principes néo-libéraux dans les traités européens, donc dans des textes qui ne sont révisables qu’à l’unanimité des pays membres, ajoutée à l’absence d’initiative législative du parlement européen rend l’idée d’une réorientation plus sociale de l’Union Européenne quasi utopique.

    Sans parler de l’absence quasi totale de la gauche radicale dans un nombre élevé d’états : une majeure partie de l’Europe de l’Est et le Royaume-Uni.

    Par conséquent le cadre actuel de la démocratie contre le marché, c’est la nation française.
    Avec les outils de lutte d’une nation : protectionnisme, contrôle de la monnaie, contrôle des changes, rupture de certains traités, etc.

    Outils que le Front National revendiquent comme siens, alors que sa volonté de lutte contre le libéralisme tient essentiellement de l’arnaque la plus totale...
    Quand l’auteur du programme économique patriotique du FN est un ancien de Natixis et Hsbc, cela sonne comme un aveu.
    Or le Front de Gauche, et plus particulièrement une partie de sa composante communiste, a force de ne pas assumer un discours souverainiste et protectionniste a laissé le champ libre au FN.

    Nous aurions dû être bien plus européen et souverainiste en même temps.
    Et pas esclaves d’un internationalisme abstrait qui suppose notre victoire dans tous les pays avant d’imaginer seulement commencer à combattre le système néo-libérale.

    C’est pourquoi je suis en désaccord frontal avec monsieur Laval.

    Boris Le 31 mai 2014 à 15:50
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  • Au cours de ces dernières élections le FN a occupé tout l’espace médiatique . Par ailleurs le PC attend de ne plus avoir d’électeurs pour se rapprocher du Parti de gauche . Car l’alliance PC-PG n’est que façade pour le moment . Le NPA et ses alliés sont ils en mesure de nous rejoindre . Ce n’est pas avec les verts et les ps mécontents que nous pourront faire une alliance durable .

    l’ Antonien . Le 24 juin 2014 à 17:58
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