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Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 17 novembre 2014

Congrès du PS : une date et bien des possibles

Le congrès du Parti socialiste aura lieu en juin 2015. Actée par le Conseil national ce week-end, la date ne satisfait personne. L’échéance est annoncée à hauts risques pour le gouvernement. Elle l’est aussi pour les gauches du PS et les frondeurs.

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Réuni samedi 15 novembre au Palais Bourbon, le Conseil national du Parti socialiste a validé les annonces faites au cours de la semaine précédente : le congrès aura lieu début juin 2015, quelques semaines après les élections départementales. Cette date constitue un compromis entre la direction du parti, l’exécutif gouvernemental et les frondeurs.

L’Élysée voulait un congrès début 2016, pour investir le candidat à la présidentielle et son programme, une manière délicate de faire valider le virage social-libéral qui s’est accéléré avec l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. La tenue des "états-généraux du Parti socialiste", dont la phase de contribution vient de se clore le 9 novembre, a pour but de « reformuler et renouveler l’identité du Parti socialiste dans un monde traversé par de grands bouleversements, économiques, sociaux et environnementaux », selon les termes de la direction du parti. Si les débats ont lieu dans les états-généraux, pas de raison de les avoir au congrès…

Un compromis et des tensions

Les gauches du PS, elles, militaient pour un congrès au printemps 2015, afin de le séparer de l’échéance présidentielle. Il devait être aussi l’occasion de « mener la clarification politique » sur la nature du Parti socialiste, « notamment dans le cadre de l’exercice du pouvoir ». Les différentes écuries en présence – Un monde d’avance (Benoît Hamon et Henri Emmanuelli) et Maintenant la gauche (Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel) – partagent ces objectifs.

Pour les gauches du PS, juin sera trop proche de l’échéance électorale majeure pour que cette dernière ne hante pas les débats. Du point de vue de l’Elysée, le congrès se tiendra trop tôt pour empêcher totalement la tenue de débats sur la politique du gouvernement et sa légitimité. Surtout, ce congrès se tiendra entre deux échéances à hauts risques : les élections départementales, qui auront lieu en mars, et le scrutin régional, annoncé pour décembre.

Pour un parti dont le socle militant se réduit chaque jour un peu plus, où le poids des élus (passés, présents ou potentiels) s’accroît d’autant, la tenaille que constitueront les résultats des élections départementales et la possible déroute des élections régionales (probable perte de l’Île-de-France, bascule potentielle de deux régions actuellement dirigées par le PS au FN), va placer les délégués sous une tension maximum.

Des frondeurs fragiles

Côté gouvernement, l’absence de résultats en matière économique (désormais considérée comme l’alpha et l’oméga de son action) ne mettra pas la direction sortante en position de force face à une opposition coincée entre la volonté de se faire entendre et un légitimisme qui l’empêche de voter contre le budget 2015. Pour autant, Jean-Christophe Cambadélis n’est pas totalement désarmé pour affronter l’échéance. Il dispose d’une solide expérience de la tactique politique et, surtout, de l’absence de "plan B" du côté des frondeurs.

Les deux courants représentant la gauche du PS ont pour eux d’être bien organisés, assez structurés politiquement. À eux deux, ils ont réussi à peser 32,88 % avec un illustre inconnu face à Jean-Christophe Cambadélis, lors de l’élection du premier secrétaire en avril dernier. Avec la dégradation de la situation économique et sociale du pays générée par la politique du duo Valls-Hollande, ils ont réussi à amalgamer au sein de Vive la gauche ! des ex strauss-khaniens, des aubristes, des hollandais historiques… Cette recomposition se fait moins sur une politique alternative clairement identifiée que sur la revendication du discours du candidat Hollande, notamment le discours du Bourget marqué par le célèbre « mon adversaire c’est la finance ».

Par ailleurs, la sortie du bois opérée par Benoît Hamon, candidat à la prise de la rue de Solférino, n’est pas de nature à cimenter cet agglomérat hétéroclite. Du côté de Maintenant la gauche, les dents grincent. « On n’a pas bossé comme ça depuis des années pour passer les plats », glisse un des cadres de l’équipe Maurel-Lienemann. Ambiance.

"Cohabitation" interne ou nouvelle défaite de la gauche du PS ?

Reste enfin l’inconnue Martine Aubry, qui a préféré snober le Conseil national du 15 novembre pour solenniser l’arrivée de son bras droit François Lamy dans le Nord. Tout le monde s’accorde à reconnaître que la maire de Lille fera basculer le congrès dans un sens ou dans l’autre.

La maire de Lille se verrait bien en faiseuse de roi. Mais elle ne dispose pas d’un courant organisé comme Un monde d’avance ou d’une écurie de fidèles, comme Laurent Fabius avait réussi à s’en créer à sa grande époque. Son absence à l’Assemblée nationale la prive d’une voix forte dans le lieu qui compte pour les socialistes. Sera-t-elle prête à apporter sa caution morale à la jeune garde Hamon-Maurel si ces derniers se mettent d’accord ? Si elle y consentait, la donne serait favorable à la gauche du PS. La maire de Lille leur donnerait une solide onction de "sérieux" social-démocrate. Sera-ce suffisant pour envisager un scénario qui déboucherait sur une forme inédite de "cohabitation, politique" entre un exécutif gouvernemental et le parti dont il est majoritairement issu ? Rien n’est moins sûr tant le socialiste est légitimiste. Il faudrait aussi, pour cela, que l’accord conclu à l’issue du vote sur le traité constitutionnel européen et matérialisé par la fusion à l’occasion du congrès du Mans en 2005 soit remis en cause.

Cette donnée pourrait amener Martine Aubry à ne pas refuser les mains que ne manqueront pas de lui tendre Hollande et Cambadélis, ses anciens camarades de la gauche plurielle. L’actuel premier secrétaire est suffisamment roué pour inclure dans une motion à vocation majoritaire des proches de Valls et, en même temps, des éléments de discours de nature à satisfaire l’appétit de gauche de Martine Aubry et de ses proches. D’autant que la promotion de personnalités proches ou issues des rangs des frondeurs à des postes clés du parti contribuera à aplanir les dissensions.

Et après ?

Dans le cas, le plus probable, où la direction sortante du PS, moyennant quelques concessions programmatiques et un renouvellement de ses membres, parvient à se maintenir, la gauche du PS sera reconduite au rôle de "témoin" qu’elle occupe depuis des années. La voix des frondeurs sera amoindrie, puisqu’ils ne pourront plus entretenir le procès en illégitimité de la politique gouvernementale. Et ils se verront contraints à soutenir le candidat Hollando-vallsiste à la présidentielle – mais aussi le premier ministre qui pourrait avoir le nom, pour la fin du quinquennat, de Claude Bartolone.

Mais les militants de gauche au sein du PS pourraient ne pas se contenter de jouer les utilités "roses" au service d’une ligne politique à laquelle ils se sentent de plus en plus étrangers. Une partie d’entre eux pourrait choisir de saisir l’opportunité des élections régionales pour marquer un grand coup. Comme certains membres du PS ont quitté leur parti pour faire liste commune avec le Front de gauche lors des municipales – à Montreuil (Seine-Saint-Denis) notamment –, d’autres pourraient faire de même lors du scrutin annoncé pour décembre 2015. La perspective de listes, à gauche du PS, rassemblant socialistes, écolos et membres du Front de gauche n’est pas totalement à exclure. C’est dans ce cadre que l’on peut lire la participation de militants socialistes, notamment les socialistes affligés de Hoang Ngoc Liêm, aux marches organisés le 15 novembre par le Collectif 3A.

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Vos réactions

  • Qu’est-ce que c’est intéressant ! Que de grain à moudre pour Dartigolle et Laurent ! Vite ! Ne perdons pas une seconde !

    Dominique FILIPPI Le 17 novembre 2014 à 10:09
       
    • Partons à la recherche des "vrais" socialistes avec lesquels on pourra refaire la gauche plurielle qui a si bien réussi en 2002 !

      Dominique FILIPPi Le 17 novembre 2014 à 13:44
    •  
    • Oui, les schémas tactiques d’arrière-salle du bar-tabac de la rue Solférino deviennent risibles. Si le chien n’avait pas levé la patte contre l’arbre, il aurait pu attrapper le petit lapin. Rien à voir avec la construction d’un mouvement d’émancipation.

      Goldwasser Le 21 novembre 2014 à 01:53
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  • Pour faire revenir les vrais socialistes, il faudrait devenir socialiste.

    bdpif Le 19 novembre 2014 à 00:27
       
    • Robert Hue...

      Dominique FILIPPI Le 19 novembre 2014 à 07:44
  •  
  • Après cette victoire du droit (le respect des statuts qui prévoyait un congrés en fin 2014, imposé par la Haute Autorité ) comment préparer une victoire politique ?
    J’avais, avec ma camarade Pauline Gavrilov, dès le mois de juin 2014, par une tribune dans le Huffington Post, réclamé le respect des statuts et l’organisation rapide d’un congrès qui donnerait la parole aux militants.

    Maintenant comment faire pour que ce congrès soit l’occasion de redonner confiance aux électeurs de gauche déçus ?

    Robert SIMON Le 19 novembre 2014 à 01:00
       
    • Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

      Dominique FILIPPI Le 19 novembre 2014 à 07:45
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  • Si l’on fait l’hypothèse que la majorité gouvernementale découle de la majorité parlementaire , la logique est de ramener le PS à gauche. Que ceux qui pensent que le Front de gauche va faire 50% à lui tout seul ou avec NPA, LO...l’expriment clairement. J’avoue ne pas partager cette dernière hypothèse.

    Bernard Maurice Le 31 janvier 2015 à 22:44
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