Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 25 août 2014

Démission du gouvernement : le temps des clarifications

L’annonce de Manuel Valls après les charges de ses ministres "frondeurs" achève la perte de légitimité du président et de son Premier ministre. Le moment est peut-être venu, au-delà d’une recomposition dont on ne peut rien attendre, d’une décomposition du régime lui-même.

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Cela n’aura pas traîné. Après les déclarations fracassantes d’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, la réaction du couple exécutif était attendue. L’information est tombée ce lundi matin avec la démission du gouvernement Valls.

Il faut dire que la situation n’était pas banale : un ministre de l’Économie qui fustige la politique économique du gouvernement, c’est du jamais vu. Et quand le ministre de l’Éducation exprime « une proximité » avec les frondeurs qui n’ont pas voté la confiance au gouvernement, c’est pour le moins original. Sur les réseaux sociaux, le chef du groupe EELV au sénat, Jean-Vincent Placé décryptait ainsi la situation : « Si Montebourg est encore en place ce soir, il n’y a plus de Premier ministre. »

La décision de constituer un second gouvernement Valls, « plus cohérent », s’inscrit dans le credo des déclarations du chef de l’État de la semaine dernière : « garder le cap », « plus vite, plus fort. » On pourrait ajouter « On ne change pas une politique qui a échoué. » Il est encore trop tôt pour dire quelle sera la composition exacte de ce nouveau gouvernement, et notamment s’il comportera des ministres EELV. Mais c’est à coup sûr à un nouveau rétrécissement politique de la majorité gouvernementale que nous assistons. Incontestablement, celui-ci procède d’une clarification politique. Après la rupture avec Cécile Duflot au printemps dernier, ce sont désormais toutes les voix discordantes au sein même du Parti socialiste qui vont être évincées.

La crise de régime à son terme ?

Dès lors, une question se pose, existe-t-il une majorité parlementaire pour voter la confiance au nouveau gouvernement ? Ce n’est pas sûr. Le couple exécutif n’a désormais aucune légitimité à poursuivre une politique qui a déjà fait tant de dégâts et qui suscite tant de critiques de la part de celles et ceux qui ont porté François Hollande au pouvoir. Réprouvés par les électeurs à deux reprises, sans partenaires pour gouverner et contestés au sein de son propre parti, Hollande et Valls devraient être désavoués.

Face à la crise sociale, économique et politique que connaît notre pays, la crise de régime peut atteindre son terme. La Ve République étant à bout de souffle, l’heure n’est-elle pas venue de lui donner le coup de grâce ? Ce saut permettrait d’ouvrir le champ à une recomposition politique à gauche de nature à régénérer l’espoir. L’accélération de la crise politique et institutionnelle vaut sans doute mille fois mieux que la certitude du désastre.

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  • François Hollande a été élu par toute la gauche sur une promesse : le changement. Or 2 ans plus tard il nous explique qu’il est social(sic) démocrate et veut mener une politique de l’offre. Forcément lorsqu’on fait une politique qui se situe à l’inverse des promesses de campagne on fait des déçus.... Hollande ne respecte ni ses engagements ni ses électeurs. Normal que sa majorité et son gouvernement se désintègrent petit à petit... Il s’attendait à quoi d’autre ? A moins que cela soit calculé pour liquider ce qui reste encore de la "gauche" au PS... Ce scénario n’est peut être pas si invrésemblable que cela... Vite la 6 ème république et un grand rassemblement alternatif de gauche !

    Nini13 Le 25 août 2014 à 15:23
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  • Hollande s’est envoyé un boomerang quand il a nié son électorat de Gauche - pas celle que tous couillons a dans la bouche comme on met un cierge à l’Église.

    Ce boomerang, il se le prend en pleine face, désormais.

    Mais ce sont toujours les mêmes qui vont payer : le peuple.

    L France est à un tournant historique dans la lutte contre les productivismes et contre les libéralismes. Mon réalisme me pousse plus vif pessimiste tant notre peuple s’est détourné de la chose politique.

    Demain sera comme hier. Il est vraiment temps de bosser à l’Université populaire pour après-demain.

    Jean-Marc Le 25 août 2014 à 17:37
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  • Le "grand rassemblement alternatif de gauche" doit se faire sur des bases saines et non sur des bases anciennes de type programmatique des années 70 avec les "bons" socialistes de service de sinistre mémoire dont Montebourg et Hamon seraient les dignes successeurs du CERES d’Epinay en 1971.

    C’est pourquoi la naissance d’un Mouvement pour la VIe République annoncé ce Dimanche par JLM par adhésion individuelle de tous ceux qui encartés ou non à telle ou telle organisation politique , syndicale ou associative doit être saluée comme l’irruption de nous tous pour empêcher la toujours possible dépossession de la politique par tous les intrigants de tous poils. Plus de directions sans vigilance révocatoire des citoyens !

    C’est le seul chemin qui vaille pour être crédibles ! Pour renverser le mouvement de la France pauvre vers l’abstention ou la tentation fascisante !.

    La direction du PCF est donc plus que jamais au pied du mur ; j’attends donc de la réunion du 6/09 une clarification qui doit être impérativement définitive. Il y va de l’avenir de la gauche. Dans chaque localité où c’est possible, les militants de toutes les associations, syndicats et partis qui souhaitent l’émergence d’un nouveau type de citoyenneté doivent se réunir le plus vite possible pour définir des bases organisationnelles viables ,durables, inédites. La réunion du 6/09 devrait en donner l’impulsion fondatrice et marquer la fin de l’épisode lamentable de la période 2012-2014.

    Les mois qui viennent seront décisifs pour l’avenir.

    Dominique FILIPPI Le 25 août 2014 à 17:50
       
    • La tentative de la social-démocratie - à travers l’opération Monte-Hamon - de se refaire une virginité politique ne pourra être mise à mal que par la réussite EN BAS du Mouvement pour la VIe République...Rappelons-nous que c’est sur ce thème que Montebourg avait fait une primaire "honorable " en 2011 mais pour lui ne nous faisons pas d’illusions , c’est un slogan digne du "changer la vie" de Mitterrand ...C’est tout dire...Ce ne peut être que le peuple qui impose une VIe République aux politiciens ; mieux qui les oblige à devenir des politiques.

      Dominique FILIPPI Le 25 août 2014 à 19:22
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    • ça m’emballe pas trop, de réduire un projet politique à une VIeme République.

      Certes, c’est un point important du programme "L’humain d’abord !" et j’y souscris.

      Mais l’engagement de dizaine de milliers de rouges et/ou verts ne peut se réduire une révolution institutionelle.

      Que deviennent le droit au logement ? Les luttes pour l’émancipation ? la hausse des salaires ? L’écologie ? La paix ? La défense des services publics ? la défense des droits de l’Homme ?

      Je ne vois pas forcement de réponse à tous ces grands enjeux (et j’en passe) dans une VIeme République. Il n’est même pas sûre que la constituante que l’on appelle de nos voeux aboutisse à une République qui ressemble au projet que le Front de gauche peine à dessiner.

      Yohooo Le 28 août 2014 à 23:53
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  • @Yohooo

    Ce n’est pas une affaire institutionnelle mais républicaine et la VIe n’aura de sens que si elle est explicite sur tous les points que vous mentionnez ; d’abord et avant tout elle n’est concevable que si le peuple se met en mouvement donc qu’il devient un peuple révolutionnaire....ce qui ne signifie pas des flots de sang partout...encore qu’il serait bien naïf de croire que les privilégiés renoncent à leurs privilèges par crétinisme légaliste !

    Dominique FILIPPI Le 29 août 2014 à 09:04
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