Gustave Doré, "L'Avare qui a perdu son trésor".
Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 25 février 2014

Dépenses publiques : dépenser moins ou dépenser mieux ?

Après avoir montré qu’il ne fallait pas confondre dépenses collectives et dépenses sociales, et que la France était dans la "bonne moyenne" pour les premières, demandons-nous comment améliorer l’efficacité des secondes.

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En matière de dépenses sociales – c’est-à-dire dans les domaines de l’éducation de la santé, du logement ou de l’emploi –, les dépenses publiques en France sont plus élevées sans que les résultats soient à la hauteur (lire "Baisser la dépense publique vous dis-je !"). Mais l’objectif doit être l’amélioration des services publics et pas la baisse des dépenses.

Dépenser moins, c’est pire

Prenons l’éducation. Les dépenses publiques représentent 6% du PIB soit 1% de plus que la dépense publique moyenne dans la zone euro et 1,7% de plus que l’Allemagne, mais 1% de moins que le R.U. Encore faut-il tenir compte de la démographie. La France dépense plus dans l’enseignement secondaire parce que sa fécondité plus élevée a entrainé une augmentation des effectifs plus forte à partir du milieu des années 1990.

Surtout, le problème réside-t-il dans ce poids légèrement plus lourd des dépenses publiques ou dans les résultats médiocres du système scolaire français ? Certes, l’argent public ne fera pas à lui seul le bonheur du système éducatif français. « Les élèves français souffrent d’un enseignement peu modernisé depuis les années 1960, très académique et taillé sur mesure pour la culture des élèves de milieux favorisés » juge Louis Morin, économiste à l’Observatoire des inégalités. « Mais, souligne-t-il, le manque de moyens va encore dégrader les choses. Il n’aidera pas à recruter les meilleurs enseignants, à réduire le nombre d’élèves par niveau (du primaire et de l’université notamment), ou à offrir des conditions matérielles d’études dignes de ce nom aux étudiants (campus, bibliothèques, logements, etc.). Du côté des enseignants, l’hypocrisie règne : une évaluation et des exigences limitées, en contrepartie de salaires peu élevés pour un bon nombre ». Inutile de préciser que le gel des salaires de la fonction publique « mis à l’étude » par le gouvernement ne ferait qu’aggraver cette situation.

Dans le domaine de la santé, les dépenses publiques françaises sont supérieures d’un point aux dépenses moyennes de la zone euro et d’un point et demi à celles de l’Allemagne. Mais elles ne représentent que 75% des dépenses totales de santé, 25% restant à la charge des ménages – directement ou par des assurances santé complémentaires. La part des ménages ne cesse même de croître pour les soins courants. On peut certainement améliorer l’efficacité du système de santé français, puisque la dépense de santé totale par habitant est parmi les plus hautes des pays développés, sans que cela se traduise au niveau des indicateurs de santé de la population. Au début du siècle, la France figurait en tête des classements mondiaux des systèmes de soins. Elle a reculé, depuis, à la 7e place.

L’amélioration du système de santé et l’efficacité des dépenses publiques posent une vraie question. Elles nécessitent une remise à plat et un grand débat public contradictoire, comme l’ont préconisé des professionnels de la santé dans un appel lancé en août 2013. « Nous sommes en train de passer, alertent-ils, sans débat démocratique, d’une logique de prise en charge solidaire pour tous, à une logique d’assistance pour les plus pauvres et d’assurance pour les plus riches ». Les contributions à ce débat de Didier Tabuteau, professeur à Sciences Po, des économistes du CAE ou celles de Gérard Cornilleau de l’OFCE convergent sur plusieurs points, et au moins sur celui-ci : la baisse des dépenses publiques est une mauvaise réponse.

Même constat pour le logement : les dépenses publiques sont en France plus élevées que la moyenne (plus de 2% de PIB, soit environ 45 milliards selon le ministère du Développement durable) pour des résultats médiocres. Plus de 3,5 millions de personnes mal logés dont 150.000 sans logis, le nombre de demandes de logements sociaux en instance dépasse 1,7 million, la cherté des logements rend l’accession de plus en plus inaccessible pour une part croissante de la population, la part des dépenses liées au logement dans le revenu des ménages ne cesse de croitre (elle approche les 40 % en moyenne pour le quart des ménages les plus modestes). Les politiques publiques en la matière n’ont pu empêcher une croissance très forte des prix de l’immobilier en France. Les mécanismes d’aides à la personne pour la location et pour l’accession sont inflationnistes. Ils font monter les loyers et les prix de l’immobilier et profitent peu aux locataires et aux accédants à la propriété. Là aussi, une remise à plat et un vaste débat public seraient nécessaires.

Et que dire de l’emploi ? Les dépenses publiques en faveur de l’emploi dépassent les 80 milliards, mais sur ce total, le système d’assurance sociale de l’indemnisation du chômage en représente seulement 22. Depuis 2009, le chômage augmente, les cotisations stagnent, le système est déficitaire et le patronat réclame des économies sur le dos des intérimaires et des intermittents du spectacle ! Mais à côté de cela, il y a quelques 40 milliards de dépenses fiscales d’allègements et d’exonération de cotisations sociales "en faveur de l’emploi" dont l’efficacité est tout sauf évidente, et qui restent soigneusement à l’écart du débat public.

Et en plus, ce n’est pas le moment

La reprise économique n’est pas là (lire "Déflation : l’Europe doit changer de cap"). Une politique budgétaire restrictive va tendre à aggraver la situation. La dépense privée ne relaiera pas la dépense publique. On va voir se perpétuer les cercles vicieux de la politique d’austérité qui entraîne la baisse de l’activité, qui entraine la baisse des recettes publiques et la hausse des dépenses sociales (chômage, aides à l’emploi...), qui entraine la hausse des déficits, qui fait la politique budgétaire restrictive, et ainsi de suite. Il est certes de bon ton de prétendre que les politiques d’austérité budgétaire n’échouent que lors qu’elles sont conduites à coup de hausse des prélèvements alors qu’elles réussiraient mieux lorsque l’on coupe dans les dépenses. Sauf que dans la vraie vie depuis 2009, c’est plutôt le contraire qui se passe, comme le montrent des études de l’OFCE, du FMI ou d’économistes issus de banques centrales européennes et américaines, de la Commission européenne, de l’OCDE et du FMI...

Lire aussi : « Baisser la dépense publique, vous dis-je ! »

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