Accueil > Environnement | Par Catherine Tricot | 4 août 2014

Des toits pour tous

Aussi ancien que les rêves d’Icare, le toit est pour les hommes un lieu de leurs utopies. Les architectes en ont fait un support de leurs folles audaces. Les enjeux contemporains – ceux de l’écologie et celui de la ville dense – lui donnent une dimension nouvelle.

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Longtemps destiné à se protéger de la pluie, du froid et du chaud, le toit de nos maisons est désormais très habité. La révolution du toit-terrasse a ouvert les portes aux rêves et aux usages divers et variés. Tant qu’il était pentu, recouvert de chaume, tuiles ou d’ardoises, le toit servait surtout à permettre l’écoulement des eaux, à protéger de la neige et du vent… et à couvrir un grenier, espace utile, espace tampon qui modérait le froid et la chaleur de l’espace habité.

Avec le béton armé, et avec l’attirance pour le modèle de la maison méditerranéenne, la modernité se dessine avec des toits plats. C’est le premier temps des utopies. Le Corbusier dessine un immeuble collectif à Marseille qu’il envisage comme un village avec ses services, son laitier et son hôtel, son épicerie… et sa piscine. Sur le toit. Le rêve des architectes modernes est de libérer le sol pour les déplacements, les toits pouvant accueillir les activités complémentaires au logement. Un peu comme si le foncier était pour le marché et le contingent, le ciel pour les activités libres et collectives.

Territoire de la tuyauterie

Le rêve n’a guère duré. La piscine est rapidement sans eau. Mais on retient la leçon à New York comme à Rio où les toits des tours sont colonisés par des installations cette fois privatives : un bar, un terrain de tennis… Le ciel offre une vue inédite et grisante sur la grande ville. La nouvelle aristocratie
urbaine en profite. Ça, c’est pour l’élite. Le tout-venant se décline autrement. Pendant un demi-siècle, les toits-terrasses deviennent le dépôt de toutes les installations techniques qui se multiplient dans les bâtiments contemporains. Climatisation, ventilation, antenne télé et relais téléphonique… sont installés sur les toits transformés en genre
de décharge à ciel ouvert.

La situation est en train de se retourner à nouveau sous les pressions environnementales et économiques (la cherté du terrain). Si les espaces publics au sol, comme les parcs, sont nécessaires, ils ne sont pas du tout rentables en égard du prix du mètre carré. En d’autres termes, aujourd’hui, un espace comme Central Park aurait peu de chance d’être retenu dans un projet d’urbanisme. Par ailleurs, l’obligation pour les bâtiments de répondre à des contraintes thermiques et de rétention de l’eau de pluie a engendré un nouvel usage des toits : le toit planté. La couche de terre constitue un manteau isolant et la pluie peut être stockée quelque temps avant de rejoindre les canalisations des villes.

Reconquérir l’espace

Cela a donné des idées. Puisque l’espace devient rare, pourquoi ne pas utiliser les toits en jardin, collectif, partagé ou familial ? Un immeuble de l’office HLM de Vitry a installé un jardin partagé sur le toit de l’immeuble Candide. Joli. L’idée de favoriser des cultures bio est même promue ici ou là. En tout cas, un toit planté, c’est aussi davantage d’humidité en ville. Voilà qui est bon pour lutter contre le halo de chaleur des milieux urbains.

Dans la lancée de cette réappropriation des toits, d’autres idées fleurissent. À l’occasion de la réhabilitation d’une cité sur un coteau de la Seine, l’OPH de Villeneuve-Saint-Georges rêve d’installer des tables et des bancs pour une aire de pique-nique avec vue imprenable sur la vallée de la Seine. À Paris, dans le 20e populaire, un jardin public et un gymnase partagent le même toit ! Dans la vieille "maison du fada", à Marseille, une salle d’exposition sur le design a ouvert ses portes.

Que seront les toits de demain ? Il est certain que, devant la cherté du terrain, ils ne seront plus oubliés, délaissés. Seront-ils publics, privés ? Cela dépendra ici comme ailleurs de qui rêvera le plus fort.

Article initialement publié dans le e-mensuel de janvier.

La cinquième façade

Sur les toits de New York, d’Alex MacLean, La Découverte 2012.

Voici un livre qui fait survoler des espaces insoupçonnés de New York : les toits. Depuis son hélico, Alex MacLean a photographié des perles cachées : un jardin partagé, une piste de danse, une cour de récréation, des volières, un restaurant, une œuvre d’art. Il nous livre un propos au croisement de l’art, du documentaire et de la sociologie urbaine. Si le phénomène d’appropriation des sommets est plus visible dans les quartiers chics, il intéresse les urbanistes : les toits seront-ils un jour considérés comme une réponse aux impératifs de densité auxquels sont confrontées les villes ? (A.P.)

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