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Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 10 mars 2014

EELV au révélateur des municipales

Les écologistes jouent gros avec les élections municipales, dont les résultats devraient être décisifs sur leur choix de poursuivre une participation au gouvernement peu probante pour sa contribution environnementale, et qui fait déjà l’objet d’un âpre débat en leur sein.

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Si Emmanuelle Cosse, la nouvelle secrétaire nationale affirmait dans les colonnes de Regards « On y est et on l’assume », le Conseil fédéral des 8 et 9 février 2014 a adopté, à l’unanimité moins un blanc, la motion suivante : « EELV exprime une opposition ferme à l’orientation économique environnementale et sociale de la politique gouvernementale telle qu’elle a été exprimée par François Hollande lors de sa conférence de presse de janvier ». Ces deux approches contradictoires traduisent le vague à l’âme grandissant au sein des écologistes.

L’aspiration à l’autonomie

Une enquête du CEVIPOF portant sur plus de 12.000 adhérents ou sympathisants EELV et réalisée en juin 2013 apporte des enseignements clairs sur les aspirations des écologistes pour les élections municipales. En effet, seuls 3% des adhérents souhaitaient « toujours présenter des listes de coalition gouvernementales » quand 23% désiraient « des listes autonomes dans tous les cas » et 74% « tantôt des listes autonomes, tantôt des listes de coalition avec un autre parti ». Nul doute que l’évolution ultérieure de la situation a accentué la défiance de la mouvance écologiste vis à vis du gouvernement. La démission de Noël Mamère de EELV, le renoncement du gouvernement sur la fermeture de Fessenheim, l’acharnement de Jean-Marc Ayrault à Notre-Dame-des-Landes et l’inflexion encore plus libérale de la politique gouvernementale depuis la conférence de presse du président de la République au mois de janvier nourrissent un fort ressentiment dans une fraction croissante de EELV vis-à-vis du gouvernement de François Hollande.

La même enquête indiquait un trouble plus important encore en ce qui concerne le second tour. Les adhérents pensent à 59% que, lorsqu’un maintien est possible (score supérieur à 10%), les listes EELV devraient néanmoins s’allier aux socialistes. Mais 41 %, ce qui est considérable, estiment que les listes écologistes doivent « se maintenir de façon autonome chaque fois que possible ». En 2008, les Verts, en capacité de se maintenir dans trois grandes villes – Lille, Montpellier et Grenoble –, avaient choisi des stratégies divergentes : fusion avec la liste PS-Modem à Lille, maintien à Grenoble et fusion avec la LCR à Montpellier. Dans ces deux derniers cas, les listes sur lesquelles figuraient les écologistes avaient progressé de manière notable entre les deux tours.

Faire oublier le score d’Éva Joly

Inquiet de l’impopularité du gouvernement, et à l’approche d’élections européennes qui s’annoncent très difficiles pour eux, les écologistes espèrent tirer leur épingle du jeu avec les élections municipales. Pour une partie de la direction de EELV, l’enjeu est d’effacer l’affront de l’élection présidentielle. « Il faut faire oublier le score d’Éva Joly à la présidentielle et rétablir un rapport de force avec le PS », déclare un cadre du parti.

S’imposer comme un partenaire incontournable du Parti socialiste demeure un objectif délicat, tant les écologistes restent tributaires des socialistes pour obtenir des élus. A la tête d’une soixantaine de mairies dont seulement trois de plus de 20.000 habitants (II° arrondissement de Paris, Sevran et Montreuil), EELV entend selon Jean-Vincent Placé « multiplier par 1,5 et peut-être même 2 » son nombre d’élus municipaux. L’hypothèse semble hasardeuse. La défection de Dominique Voynet à Montreuil obère très certainement toute possibilité de préserver la ville dans le giron écologiste, et les négociations avec les socialistes parisiens seront difficiles si les résultats sont très faibles dans la capitale. Surtout, l’inconnue majeure réside dans l’ampleur de la sanction électorale qui sera infligée aux listes de la gauche gouvernementale. La perte probable d’une centaine de ville pour la gauche aura un effet non négligeable sur le nombre d’élus.

Une stratégie à géométrie variable

Lors d’une conférence de presse, Emmanuelle Cosse, a annoncé qu’il y aurait une liste d’union avec le PS dans la moitié des 244 villes de plus de 30.000 habitants. Une déclaration qui confirme l’annonce faite par le Parti socialiste d’un accord avec EELV dans 170 des 430 communes de plus de 20.000 habitants. En dehors du PS, EELV a conclu d’autres alliances, ou a choisi de partir seul, selon les villes. « Dans 37% des cas, EELV a une liste autonome », a déclaré Emmanuelle Cosse ajoutant que « dans 7,5 à 8% des cas nous avons une liste avec le Parti communiste français et dans 1,5% des cas avec le Parti de gauche ».

Le choix de l’autonomie est particulièrement marqué dans les villes de plus de 100.000 habitants. Dans ces métropoles, les écologistes estiment que la sociologie leur est plus favorable. Une analyse qui doit pourtant être démontrée car, à la différence des scrutins antérieurs, les élus EELV sont désormais comptables de nombreuses années de gestion commune avec les socialistes. Les difficultés de la campagne à Paris ne sont donc pas simplement l’expression d’un débat politique confisqué par le duel Anne Hidalgo-Nathalie Kosciusko-Morizet. Comment représenter une autre voie lorsqu’on participe à l’exécutif de la ville depuis plus de 10 ans ?

Deux scénarios

Si le choix de l’autonomie n’est pas nécessairement corrélé à un positionnement critique à l’encontre de la politique gouvernementale, il en va tout autrement dans des villes comme Rennes ou Grenoble. Dans ces deux villes, une alliance a été conclue entre EELV d’une part, le Parti de Gauche et Ensemble d’autre part. Il manque à l’appel le PCF qui n’a pas souhaité, même au premier tour, rompre son alliance historique avec le PS. Dans ces deux villes, mais aussi dans beaucoup d’autres de moindre importance, c’est d’abord un positionnement politique lié à la gauche des Verts qui a permis ce type d’alliances.

Les élections municipales des 23 et 30 mars nourrissent deux scénarios bien différents pour EELV. Dans un premier cas, les listes autonomes peuvent aspirer être le creuset d’un électorat de gauche déboussolé, mais qui n’entend pas infliger une sanction trop lourde au gouvernement. Le vote écologiste incarnerait, ainsi, un vote défouloir à bon compte, un peu comme lors des européennes de 2010. Dans cette hypothèse, la stratégie de la direction sortirait renforcée. L’autre scénario est que la sanction contre la politique gouvernementale s’exerce aussi sur les listes écologistes – d’autant que le bilan sur les thématiques propres à EELV apparaît bien maigre. L’orientation de Cécile Dufflot serait alors considérablement affaiblie, et la possibilité d’une sortie rapide du gouvernement se reposerait avec acuité. Premiers éléments de réponse dans deux semaines.

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  • Sauf erreur, il n’y a pas de liste EELV + PCF sans le PG. La répartition devrait donc être : 37 % de listes autonomes, 9,5% de listes avec le Front de Gauche (dont 1,5 % sans le PCF), le reste en listes communes avec le PS.

    Wild ar-Rachid Le 10 mars 2014 à 13:23
       
    • C’est tout à fait exact (même s’il y a peut-être des exceptions). Toutefois, ce sont les déclarations de E. Cosse, donc je ne les ai pas réécrites ;-)

      Guillaume Liégard Le 10 mars 2014 à 15:25
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    • J’avais bien compris ;-)

      Wild ar-Rachid Le 10 mars 2014 à 15:59
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  • si on comprend bien le rédacteur, le PCF reste en alliance à Grenoble (comme à Paris) avec le PS car "Comment représenter une autre voie lorsqu’on participe à l’exécutif de la ville depuis plus de 10 ans ?"
    quel enfer !

    fraises des bois Le 15 mars 2014 à 10:04
       
    • Ce n’est pas du tout ce que j’ai écrit.
      Le PCF reste en alliance avec le PS dans de nombreuses villes :
      1- parce qu’il veut des élus et tant pis pour la cohérence
      2- il n’a aucune idée propre sur la ville et est devenu parfois une sorte de PRG social, bref un supplétif

      Guillaume Liégard Le 16 mars 2014 à 11:13
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