Accueil > Société | Par Christelle Gérand | 4 avril 2013

États-Unis : percée timide du droit à l’arrêt-maladie

Il y a un mois encore, seules les villes de San Francisco, Seattle, Washington, DC et l’Etat du Connecticut obligeaient les entreprises à financer quelques jours de congé maladie payés à leurs employés par an. Portland, Philadelphie et New York City viennent de s’ajouter à la (trop courte) liste.

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Pendant 4 ans, Ian Rizzio a concilié ses études d’ingénieur et des petits boulots, sans manquer un seul jour de travail. Mais l’hiver dernier, ce manageur de sandwicherie a eu le malheur de se réveiller malade. Pas un cancer, non, une sorte de gastro qui l’a cantonné dans les toilettes une bonne partie de sa matinée de travail. « En temps que manager, je sais qu’un employé qui vomit doit rentrer chez lui, c’est dans le Code de la santé publique ». Epuisé, il passe l’après-midi dans son lit. Il savait que cette demi-journée ne lui serait pas payée. Mais il ne s’attendait pas à être licencié sans préavis dès le lendemain, avec un prêt étudiant de 35 000 dollars sur le dos. Le jeune homme a témoigné devant le Conseil municipal de Portland le 7 mars, espérant faire bouger les choses.

Malheureusement, son cas n’est pas une exception : 40 millions d’Américains n’ont pas droit à l’arrêt maladie et pour eux, c’est marche ou crève en cas de pépin de santé. Certains hésitent à prendre une journée pour s’occuper de leur enfant malade, au risque de perdre leur emploi. D’autres sont contraints d’aller aux urgences après leur journée de travail pour des maladies qui, soignées à temps, auraient pu être bénignes. Il y a aussi celles qui sont mises à la porte lorsqu’elles annoncent être enceintes. Ou celles qui s’échinent jusqu’à la perte des eaux. Des travailleurs attrapent un virus et contaminent toute l’entreprise. D’autres ont des maladies graves et ne peuvent se soigner.

A l’exception des rares villes et de l’unique Etat où les élus ont décidé d’agir, aux Etats-Unis, le droit aux arrêts maladie et aux congés maternité est laissé au bon vouloir des entreprises. Un tiers des travailleurs, souvent les moins payés, n’y ont pas droit. 95% des employés du secteur de l’alimentaire en sont privés par exemple. Si les trois quarts des Américains soutiennent l’idée d’une loi contraignant les entreprises à cette avancée sociale, beaucoup de PDG et d’hommes politiques se montrent réticents, avançant des raisons économiques. Pourtant, à San Francisco, où la loi oblige depuis 2006 les patrons à financer de 5 à 9 jours de congés payés par an - selon la taille de leur entreprise-, emplois et entreprises se sont multipliés. Le nombre d’emplois y a augmenté de 3,5% entre 2006 et 2010, souligne une étude de l’Institut Drum Major. Sur la même période, il a chuté de 3,4% dans toutes les villes alentours. Même constat pour le nombre d’entreprises, qui a augmenté de 1,64% entre 2006 et 2008, alors qu’il chutait de 0,61% à proximité. L’Etat du Connecticut a constaté les mêmes effets positifs depuis qu’il a passé une loi similaire en 2011.

Cela n’a pas empêché le maire de New York Michael Bloomberg d’apposer son veto au projet de loi de son conseil municipal, estimant qu’une telle loi « à courte vue économique emmènerait la ville dans une mauvaise direction », « porterait un coup aux petits commerces et freinerait la création d’emplois ». Le conseil municipal est passé outre son avis le 28 mars : les entreprises de plus de 20 employés seront tenues de financer 5 jours de congés maladie par an à partir d’avril 2014, et à partir d’octobre 2015 pour les entreprises de plus de 15 employés. Les villes de Portland et de Philadelphie ont passé des lois similaires au début du mois de mars.

On ne peut qu’espérer que d’autres villes et Etats suivront le mouvement emmené par les principaux syndicats du pays. On pourrait même se prendre à rêver qu’un jour même les travailleurs à temps partiel y auraient droit. Voire même les employés des petites entreprises aujourd’hui exemptées. Et pourquoi pas même une loi fédérale ? En attendant, les Etats-Unis sont le seul pays développé (et l’un des rares pays au monde) à ne pas avoir passé cette loi de bons sens sociale, pratique, et économique.

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5 novembre 2019
Par Amandine Mathivet

Au turbin !

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  • ca fait flipper, je veux bien qu’il faut des limites mais de la a pousser dans les extrêmes c’est limite de l’esclavagisme. Je presume que les 40 millions ds ce cas sont sous payés et que c’est des tafs de larbins mais cela me fait penser a la chine.

    samy.s Le 18 juillet 2015 à 01:33
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