Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 10 juin 2014

Face au clan Sarkozy, l’UMP joue sa survie

La direction de l’UMP se réunit ce mardi. Enjeu : organiser le congrès prévu pour le 12 octobre, établir les règles de fonctionnement intermédiaire, faire appliquer les statuts. Derrière les batailles d’appareil s’engage le combat pour 2017. Avec ou sans Sarko ? Avec ou sans l’UMP ?

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Deux semaines après la démission de Jean-François Copé, ils seront tous là, même Édouard Balladur, à la réunion du bureau politique de l’UMP. Pour le groupe aux manettes depuis peu – Juppé, Fillon, Raffarin –, il s’agit de faire bloc face à l’assaut de la bande à Sarkozy. Au-delà du feuilleton sur le retour de l’ancien président, ce qui se joue, en fait, est ni plus ni moins que la survie de l’UMP.

Sa création était pourtant intervenue dans un moment qui rappelle la situation présente. On était alors au lendemain d’une qualification de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle. La droite se relevait à peine de déchirements d’une violence inouïe. Chirac décida alors de saborder son parti, le RPR, pour créer une grande formation censée régler les différends qui lui avaient coûté si cher. Le centre, les balladuriens sont réintégrés dans le dispositif. Sarkozy parvient alors à préempter le parti et à succéder à Chirac à l’Élysée.

Une droite rassemblée autour d’un discours droitisé ?

C’est ce parti-là que Sarkozy entend aujourd’hui casser. Sa disparition au profit d’une nouvelle formation campée à droite est une des conditions de son retour. Les gazettes parlent plus volontiers du refus de Sarkozy de se plier aux primaires. Ce n’est évidemment qu’un prétexte. Le fond est ailleurs : pour Sarkozy, l’UMP ne répond plus aux exigences de la période. Si l’on écoute ses "lieutenants" ils ne croient ni à l’efficacité, ni à la possibilité de réunir toutes les familles de la droite dans une seule formation. L’alliance UDI-Modem est critiquée en raison de la présence de Bayrou, électeur de François Hollande. Il serait hors de question de faire à nouveau chambre commune. Mais là encore, le rejet de Bayrou n’est qu’un prétexte.

L’analyse faite par les amis de Sarkozy est qu’il faut retrouver une droite soudée, unie sur son discours, un discours très à droite, susceptible de séduire l’électorat frontiste. Ce point de vue est à l’exact opposé de celui défendu par Juppé qui, en ce sens, reste fidèle à l’esprit des origines de l’UMP. Dès le soir des européennes, il regrettait la division des droites et tendait la main aux centristes.

L’appel au grand homme

Le débat sur les primaires cristallise l’affrontement. Le projet d’une droite bien dans se bottes ne fait pas bon ménage avec l’organisation de primaires qui ouvriraient à nouveau le débat stratégique à droite. Sarkozy veut bien – et encore – consentir à revenir si l’unité est faite autour de sa personne et de sa ligne. Son vieux copain Hortefeux est là pour lancer les ballons et voir comment ça réagit. Il lance l’offensive. Non seulement Sarkozy peut, mais il doit revenir. Y aura-t-il ou non un appel au grand homme ? Pour l’instant, il ne s’entend guère. Morano et Karoutchi, cela ne fait franchement pas le compte. Sarkozy se rêve en recours du peuple de droite. Il ne se voit pas en sauveur de l’UMP.

Pas fétichiste pour deux sous, Sarkozy se fiche de l’UMP. Le monceau de dette et la banqueroute qui se profile plaident pour un abandon de la marque. Pourquoi s’attacher à ce sigle si seulement 20% des militants ont repris leur carte en 2014 ? Autant rebâtir.

C’est alors que le feuilleton du retour peut reprendre ses droits. Sarkozy a-t-il encore la niaque pour tout recommencer ? C’est d’autant plus incertain que ses propres chances de succès sont très aléatoires. Quand bien même il parviendrait à récupérer l’UMP, contre son appareil, dans l’attentisme des élus et avec le soutien de la base qui lui reste acquise, il lui faudra convaincre les Français qu’il est le meilleur. Après avoir échoué en 2012, le retour est tout sauf une sinécure. Alors Sarko hésite. Entre cette vie de chien de chef de parti et une vie de patachon, conférencier international puis avocat d’affaires... ça se discute ! L’homme n’a plus le feu ardent de sa jeunesse. Si l’on ajoute à cela le risque qu’une des nombreuses affaires finisse par le rattraper, le doute devient un début de conviction : Sarkozy ne reviendra pas.

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