Manifestation du 14 juillet 1935, place de la Bastille
Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 6 février 2014

Février 1934. Laissons la nostalgie au vestiaire

Il y a 80 ans jour pour jour, l’extrême droite tentait de renverser la République et la gauche touchait le fond. Pour se relever en quelques mois, cette dernière a dû se réinventer et faire converger ses forces : aujourd’hui aussi, il faut radicalement changer de cap.

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Le 6 février 1934, la mobilisation de l’extrême droite accélère le cours de l’histoire. Ce jour-là, la République est en berne et la gauche est atomisée. Un peu plus d’un an plus tard, le 14 juillet 1935, des centaines de milliers de manifestants de gauche battent le pavé parisien. Ce changement est le résultat de la conjonction d’évolutions internes au Parti communiste et au Parti socialiste de l’époque. Il est aussi et surtout l’effet d’une conjoncture marquée par la vieille aspiration à l’unité populaire, par le souci d’effacer les échecs enregistrés en Italie, en Allemagne ou en Autriche. Il est, enfin, le fruit d’une dynamique culturelle qui reste stimulée par l’esprit révolutionnaire et par le désir devenu majoritaire de moderniser une société française qui est en train de s’enkyster et de vieillir.

L’exigence transformatrice

Mais la rencontre entre ce soubassement favorable et l’initiative politique n’a pu se faire que sur la base de la novation. Le rassemblement populaire qui atteint son apogée le 14 juillet 1935 n’est pas la simple continuation de la "concentration républicaine" de la fin du XIXe siècle, il n’est pas une reprise du "Cartel des gauches" de 1924, il n’est pas une simple combinaison parlementaire ou partisane. Des dizaines d’associations, de partis, de syndicats, de groupements d’intellectuels, de structures de sociabilité convergent alors pour dessiner un authentique mouvement socio-politique, très populaire, à forte visibilité, à la symbolique entraînante.

La force du Front populaire, c’est d’avoir réalisé la synthèse d’un objectif et d’une méthode. Il fallait renforcer l’esprit républicain pour faire face au fascisme en pleine expansion et il fallait moderniser la France par l’affirmation de sa fibre sociale. En choisissant une forme plurielle – on dirait aujourd’hui "citoyenne" –, en travaillant ouvertement sa fibre plébéienne, le rassemblement de 1934-1936 a été l’expression la plus achevée de cette exigence transformatrice, à la fois économique, sociale, politique, morale.

Aujourd’hui, l’occupation de la rue par la droite radicalisée doit être perçue comme le symptôme d’un déséquilibre. D’un côté, l’épaisseur et la globalité de la crise actuelle mettent au cœur de la vie sociale l’exigence d’un radical sursaut. Mais, dans le même temps, le mouvement critique de gauche se trouve incertain, hésitant sur ses objectifs et sur ses formes, ayant du mal à dire de façon moderne ce que peuvent être l’idéal d’égalité et la perspective d’une transformation sociale ambitieuse. Quant à la gauche politique, elle n’est plus dominée par l’esprit de révolution, mais par l’esprit d’adaptation et de renoncement, happée par un social-libéralisme à l’anglaise et par un démocratisme à l’américaine.

Redonner du sens à la gauche

La nostalgie est moins que jamais de rigueur. Ce n’est pas en répétant les mots d’hier, ce n’est pas avec le l’œil fixé sur le rétroviseur de l’union de la gauche que l’on pourra renverser la vapeur. La responsabilité est d’innover, comme les forces les plus dynamiques de la République ont su innover dans les années 30. Il faut retisser le combat toujours actuel pour l’égalité, s’appuyer sur tout ce qui cherche à se sortir de l’impasse, sur tout ce qui ne veut pas accepter le désordre existant, sur tout ce qui s’attache à inventer d’autres voies. Il ne faut pas renoncer à rassembler, au prétexte que le Parti socialiste s’enlise dans des voies inacceptables. Au contraire, il faut aspirer à travailler les formes modernes du rassemblement, en cultivant les rapprochements du social, du politique, du culturel. Rassembler, mais autrement…

Car il ne suffit plus aujourd’hui de rassembler la gauche : il faut pour cela lui redonner du sens. Or, autour de sa logique majoritaire actuelle, elle ne peut pas trouver de sens dynamique et donc elle n’a pas l’avenir. La voie tracée aujourd’hui par François Hollande et par Manuel Valls est hors d’état de relancer la gauche et de l’unir. Pour qu’elle se rassemble, il faut qu’elle change radicalement de cap. Partout, à toutes les échelles de territoire, dans tous les secteurs de la société.

La gauche de 1934 a su bouger pour pouvoir s’unir. En 2014, elle doit réinvestir l’esprit de rupture avec le désordre existant, retrouver l’envie de changer ce qui ne peut plus rester en l’état. Pour changer les choses, la gauche doit se changer.

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  • Bonjour,

    Comptez deux ou trois générations :

    Ignorance ? 20 % d’analphabètes dans nos écoles
    Violence ; quotidienne qui trouve son terreau dans la médiocrité, évidemment

    Les quartiers sont morts — la rue est à ré-inventer, et il faut " ré-enchanter la ville "...
    ça n’est pas en un cycle eélectoral que l’on change ses données -sur fond de crise avec tous ces problèmes que l’on connaît.

    Bougez-vous le cul, innovez, relancer des maisons de quartiers, des maisons pour tous.
    Re-commencez des coopératives. Faites preuve de ce qui manque le plus dans ce pays : de l’enthousiasme, du dynamisme —vs la sempiternelle grogne, apathie, ronchonnerie .

    Bon courage !

    clara z

    clara zavadil Le 7 février 2014 à 08:48
  •  
  • La gauche est en difficulté parce qu’elle est coincée entre la trahisons/déconfiture sociale démocrate d’une part et le spectre des expérience socialistes (soviétique et chinoise) d’autre part.
    L’unique voie de sortie passe par la refondation d’une pensée marxiste anti-autoritaire. C’est dans cette direction que creusent les pensées politiques les plus stimulantes du moment : Frédéric Lordon, Bernard Friot, certaines réflexions décroissantes notamment.
    La gauche radicale dominante (Front de Gauche) est trop engoncée dans ses réflexes étatiques sans remise en cause radicale des formes de l’État, de la souveraineté et de l’autorité. A l’autre extrême le romantisme insurrectionnel d’un Hazan (& Kamo) ne propose rien par manque d’emprise dans le réel.

    Anne Archiste Le 7 février 2014 à 09:36
       
    • c pas la gauche qui est difficulté
      c le pays
      c le monde

      clarazavadil Le 8 février 2014 à 12:02
  •  
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