Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 20 décembre 2012

France - Algérie, le temps des affaires

Le renforcement des échanges économiques entre les deux pays est au cœur de la visite de François Hollande à Alger. L’Algérie reste le premier partenaire commercial de la France en Afrique. Le genre de lien qu’il ne faut pas laisser se défaire en temps de crise...

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La composition de la délégation française accompagnant le président laisse peu de place au doute : avec neuf ministres dont ceux du redressement productif, du commerce extérieur et de l’agriculture, et un bataillon de grands patrons parmi lesquels Stéphane Richard (France Télécom), Patrick Kron (Alstom), Pierre Mongin (RATP), Jean-Louis Chaussade (Suez Environnement), Bruno Lafont (Lafarge), et Jacques Saadé (CMA-CGM) [1] , François Hollande ne se rend pas en Algérie juste pour solder les comptes de la période coloniale. Il a beau insister sur la dimension politique de son séjour, c’est la crise, et le business reste un enjeu central de ces deux jours de rencontre.

Cinquante ans après l’acquisition de son indépendance, l’Algérie demeure très largement assise sur sa rente pétrolière : en 2011, les ventes d’hydrocarbure représentent près de 97 % de ses exportations qui se sont élevées à 73,4 milliards de dollars (MdUSD) contre 46,4 MdUSD d’importation. Soit une balance commerciale positive de 27 MdUSD. Les biens d’équipement et ceux destinés à la production sont les principaux postes des importations algériennes suivis par les biens alimentaires, qui y occupent une part croissante. Premier fournisseur de l’Algérie : la France qui représente 15,12 % de ses importations (suivent l’Italie et la Chine avec respectivement 10 % et 9,93 %). En 2011, l’Algérie est le premier partenaire commercial de la France sur le continent africain, et son 3e marché pour les exportations hors pays de l’OCDE (après la Chine et la Russie). Dans l’autre sens, c’est essentiellement du pétrole et du gaz algérien qu’importe la France pour qui, hors gaz, l’Algérie n’est que le 23 ème fournisseur [2]. Un rapport commercial asymétrique typique des relations bilatérales entre la France et ses anciennes colonies [3].

Dans un récent échange écrit avec l’AFP dont RFI s’est fait l’écho, le président algérien Abdelaziz Bouteflika souhaite que la visite du président français soit l’occasion d’établir un « partenariat gagnant gagnant » qui « dépasse les seules relations commerciales où chacun réduit l’autre à un débouché », l’Algérie et la France ayant selon lui « l’obligation de travailler ensemble tant leurs interdépendances sont nombreuses ». De fait, dans un contexte régional marqué depuis dix ans par la place toujours plus prépondérante de la Chine [4], tout indique que la France entend soigner son partenariat économique avec l’Algérie. Travaillé de longue date, un accord définitif sur la création d’une usine Renault à Oran devait être signé à l’occasion de la visite du président français. Ce sera une usine de production détenue à 51% par l’État algérien et capable de sortir jusqu’à 75 000 véhicules par an essentiellement destinés au marché local. Par ailleurs, « l’Algérie et la France vont procéder à la signature de 7 à 8 accords » a fait savoir le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, dans les secteurs de la défense, de l’industrie, de l’agriculture, de la culture, de l’enseignement et de la formation.

Autant de perspectives qui font écho aux préoccupations récemment exprimées par le ministère français du commerce extérieur. Dans un communiqué daté du 3 décembre, l’équipe de Nicole Bricq a fait état des résultats d’une « analyse économique inédite permettant de coupler l’offre commerciale française avec les demandes des pays à l’horizon 2022 », analyse menée afin de tendre vers « l’équilibre de la balance commerciale [française] hors énergie en 5 ans- objectif fixé par le premier ministre ». Il en ressort que « la France peut proposer au monde une offre gagnante autour de quatre démarches associant biens d’équipement, produits destinés aux consommateurs (...) [et]services ». « Mieux se nourrir », « Mieux se soigner », « Mieux vivre en ville » et « Mieux communiquer », sont les intitulés choisis pour ces « quatres démarches ». A chacune d’entre elles est accolé un lot de « pays cibles », entre 10 et 20, parmi lesquels on retrouve systématiquement la Chine, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, etc. Le Maroc apparaît deux fois, la Tunisie une fois. L’Algérie est le seul pays africain à figurer dans trois de ces lots... étant simplement absente des pays concernés par le « Mieux communiquer ».

Notes

[1pour plus de précisions sur la composition de la délégation française, lire cet article de Challenges

[2chiffres d’UBIFRANCE Algérie

[3La France est le 4ème fournisseur du Mali qui est son 165ème fournisseur ; la France est le premier fournisseur et le premier client du Maroc qui n’arrive qu’aux alentours de la trentième place de ses fournisseurs, etc.

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