Accueil > Politique | Par Pierre Khalfa | 25 mars 2013

François Hollande et le gotha du patronat : une relation affichée

Lundi 18 mars, François Hollande a diné avec la fine fleur des patrons européens. Un repas qui en dit long sur une connivence que le Parti socialiste ne tient désormais plus secrète. Point de vue de Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic.

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Il y a quelquefois des actes apparemment mineurs mais qui concentrent une politique. C’est le cas, lundi 18 mars, du diner organisé à Berlin à l’initiative de l’European Round Table (Table ronde européenne), club select qui regroupe le gotha des grands patrons européens. Ce diner réunissait, outre une quinzaine de chefs d’entreprise, Angela Merkel, François Hollande et José Manuel Barroso. Quatre thèmes étaient au menu de ce repas, présentés à chaque fois par le patron d’une multinationale : politique de la concurrence, politique énergétique, flexibilité du marché du travail, innovation. L’objectif de ce repas était, selon François Hollande, de « tout faire pour que la compétitivité de l’économie européenne soit la plus haute possible », ce diner devant alimenter la feuille de route qui sera examinée par le Conseil européen de juin 2013.

On connaissait déjà le poids des lobbies patronaux à Bruxelles. On estime aujourd’hui à plus de 15 000 le nombre de lobbyistes, la plupart étant issus des milieux d’affaires, opérant dans des bureaux situés autour du siège de la Commission européenne et du Parlement. On connaissait aussi les liens étroits qui lient la Commission avec les milieux d’affaires depuis l’époque où Jacques Delors avait noué des relations privilégiées avec l’European Round Table. Ces liens expliquent, en partie, la propension toujours plus grande de la Commission à privilégier les solutions néolibérales en Europe. Mais tout cela se faisait dans une certaine discrétion et dans l’atmosphère feutrée des bureaux bruxellois, la Commission s’étant toujours présentée comme l’instance qui défendait l’intérêt général européen. Elle faisait d’ailleurs valoir qu’elle recevait régulièrement la Confédération européenne des syndicats. De même, si les liens des dirigeants du Parti socialiste avec certains milieux patronaux étaient connus, ils n’étaient pas revendiqués.

Ce diner montre que cette posture de relative circonspection n’est plus de mise. On avait certes déjà eu le défilé du Premier ministre et des ministres à l’université d’été du Medef et François Hollande avait reçu l’Association française des entreprises privées qui regroupe le grand patronat français. Mais cela pouvait passer pour la promotion de relations sociales apaisées. Le diner du 18 mars indique qu’il s’agit d’autre chose. C’est ouvertement et sans vergogne que le président de la Commission et les chefs d’Etat et de gouvernement des deux plus grandes puissances économiques de l’Union européenne se sont affichés avec la fine fleur du patronat européen et ont écouté sans broncher leurs recommandations, François Hollande souhaitant même organiser un repas similaire à Paris.

Qu’un président de la République de gauche puisse, sans problème, étaler sa connivence avec le grand patronat révèle dans quel moment politique nous sommes. Non seulement, la politique menée par le gouvernement tourne le dos à tout ce que l’on pourrait légitimement attendre d’une politique de gauche, mais, de plus, ce dernier met maintenant en cohérence la politique menée avec les discours et les gestes symboliques. La fuite en avant dans la mise en œuvre de mesures néolibérales – coupes budgétaires massives, baisse du coût du travail, aggravation de la flexibilité du travail, annonce d’une réforme de la protection sociale – se combine avec la mise en scène d’une complicité avec le patronat. Cela ne doit guère étonner : dans le reniement, c’est le premier pas qui est le plus dur, le reste vient tout seul.

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