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Accueil > Politique | Entretien par Maxime Benatouil | 9 juillet 2014

Gabi Zimmer : « Le défi pour la gauche est de donner une réponse européenne à la crise »

Présidente du groupe Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique au Parlement européen (GUE-NGL), Gabi Zimmer défend la nécessité de mener et de fédérer les luttes politiques à l’échelle de l’Union.

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Les députés nouvellement élus de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique au Parlement européen ont élu le 19 juin Gabi Zimmer comme nouvelle présidente du groupe – fonction qu’elle a occupée lors de la dernière législature à partir de 2012. Passé de 35 à 52 députés, la GUE-NGL doit selon elle refuser les replis nationaux et intégrer de nouveaux partis aux cultures politiques différentes, comme Podemos. Entretien réalisé en collaboration avec Transform !.

Regards. Comment évaluez-vous les résultats des forces politiques qui ont géré conjointement les institutions européennes depuis le début de l’intégration européenne – à savoir les conservateurs, les sociaux-démocrates et les libéraux ?

Gabi Zimmer. Les résultats des élections européennes sont très ambivalents. D’une part, nous devons reconnaître qu’il existe une faible majorité pour les conservateurs. Les députés du Parti populaire européen formeront très probablement une sorte de grande coalition avec les sociaux-démocrates et les libéraux. Mais cela ne reflète pas la volonté des peuples pour une autre politique. En outre, il n’est pas possible de parler des résultats des élections européennes sans mentionner les résultats de l’extrême droite et des forces politiques nationalistes. La grande coalition entre les trois partis n’est pas la bonne façon de relever ce défi et de rendre claire la nécessité d’une autre Europe. Nous avons besoin de solutions fondées sur la solidarité et la coopération sociale, de mettre un terme immédiat aux politiques d’austérité et aux négociations entre l’UE et les États-Unis concernant le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement de (TTIP).

Comment analysez-vous les bons résultats de partis de droite extrême, nationaliste et populiste ? Quelles conséquences auront ces résultats sur les politiques de l’UE et le Parlement européen ?

Ils résultent de la gestion de la crise, ainsi que de l’atmosphère générale au sein de l’UE. Beaucoup de gens ont perdu leur dignité, ainsi que leur confiance à la fois dans l’Union et dans les institutions. L’UE n’est pas vue comme capable de montrer plus de solidarité. L’extrême droite veut être considérée comme la seule alternative, en prétendant que le retour au cadre de l’État-nation est la condition préalable au changement. Elle n’est pas intéressée par une Europe plus sociale bénéficiant à tous, met en avant son propre peuple et son propre État-nation au détriment du bien commun européen. Ses politiques sont conçues pour exclure encore plus les parties les plus exclues des populations : les migrants, les minorités ethniques, les personnes handicapées et les chômeurs. Les attaques contre la démocratie au cours des dernières années et le manque de confiance dans les institutions ont donné plus de résonance à leurs idées.

« Le groupe GUE-NGL vit un moment historique »

La gauche radicale a-t-elle été capable de faire entendre son propre message ?

Nous n’avons pas montré assez clairement que la crise était une crise de dimension européenne. Et que cette crise européenne ne peut pas être résolue dans le cadre de l’État national. Bien sûr, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ont connu des problèmes au sein de leurs économies nationales. Mais il ne faut pas accuser ces problèmes à la place de la crise. L’UE en porte la responsabilité, avec la finance organisée au niveau européen et au niveau mondial. Ce n’est qu’au niveau européen que l’on peut donner des réponses pour sortir de la crise. Le défi pour la gauche est de donner une réponse européenne à la crise. Nous avons besoin d’une Europe de la solidarité, d’en finir avec l’austérité, d’investir – de sorte que les États membres puissent répondre aux enjeux d’un développement durable, social, écologique et économique. C’est la réponse la plus appropriée. Nous avons besoin de règles communes pour contrôler la finance au niveau européen.

C’est seulement au sein de l’Europe que des solutions peuvent être trouvées ?

La gauche ne doit pas reprendre à son compte les réponses de droite nationaliste. La sortie de la crise européenne ne peut pas être conçue au niveau national. Regardez Syriza en Grèce, qui a toujours affirmé qu’une réponse européenne était nécessaire et considère que quitter la zone euro n’est pas une alternative viable. La force de la gauche réside dans sa capacité à coopérer de manière transnationale, sous de nouvelles formes de coopération nous permettant de mener une autre politique. Rosa Luxemburg a dit que la gauche doit soutenir le peuple quand le peuple en a besoin, et ne pas attendre une détérioration conduisant à une situation si insoutenable qu’il y ait une révolution. Qui sait si ce serait une révolution de gauche ? Il pourrait aussi bien être une révolution de droite !

Le groupe parlementaire GUE-NGL a considérablement augmenté, s’est rajeuni, féminisé, et diversifié. Comment qualifieriez-vous ces changements ? Quelles conséquences auront-ils sur les méthodes de travail du groupe ?

Le groupe GUE-NGL vit un moment historique en raison de l’adhésion de nouveaux partis. Il a connu une croissance importante et rassemble aujourd’hui 52 députés. Tous ne viennent pas de partis qui ont déjà coopéré avec lui lors de la dernière législature : les nouveaux membres ont rejoint le groupe avec leur propre culture politique. Podemos est ainsi un nouveau parti, différent des partis de gauche traditionnels, qui cherche à rapprocher les citoyens des processus d’élaboration des politiques, et à créer une unité contre les politiques néolibérales. Cette approche de la politique est radicalement différente et elle peut être très bénéfique pour nous. Bien sûr, Podemos a besoin de se familiariser avec les règles de fonctionnement du Parlement européen, de trouver le juste équilibre entre ses règles et sa volonté de renouveler la politique. Inversement, les anciens partis ont à apprendre des nouvelles formations – comme Podemos ou la liste italienne pour Tsipras –, en particulier de la relation qu’ils ont avec les citoyens, de la façon dont ils veulent leur expliquer le travail qui sera effectué par les députés. Nous devons être sensibles aux différents horizons de toutes nos composantes.

« Notre travail au Parlement fait partie de la lutte stratégique pour changer l’UE »

Comment le groupe GUE-NGL va-t-il aborder ce renouvellement ?

Au lendemain des élections européennes, nous avons eu des discussions internes approfondies sur la manière dont le groupe va travailler pendant les cinq prochaines années. C’est très important. Le groupe GUE-NGL constitue un important projet politique pour la gauche en Europe et ses différentes composantes doivent travailler en étroite collaboration les unes avec les autres. Notre diversité est une valeur ajoutée et nous devons faire en sorte qu’elle nous aide à obtenir des résultats encore plus positifs pour les citoyens. Nous avons récemment décidé qu’une seule délégation ne peut avoir le droit de veto, de sorte que des solutions satisfaisantes pour la plupart d’entre nous ne soient pas compromises par une minorité, mais la minorité ne sera pas obligée de suivre les règles avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Nous avons également convenu de disposer d’un cadre de règles minimum pour permettre des processus de travail transparents et démocratiques. Notre direction sera plus collective. Le groupe dispose désormais de trois vice-présidents ayant des responsabilités concrètes tandis que lors des législatures passées, les vice-présidents étaient seulement censés remplacer le président en cas d’absence. Ces nouveaux changements internes vont nous aider à gagner en efficacité.

Vous avez exprimé le souhait que le groupe gagne en capacité et efficacité politique. En tant que présidente nouvellement réélue, êtes-vous optimiste sur ce point ?

Le groupe GUE-NGL ne peut pas changer l’Union européenne dans son ensemble au moyen du Parlement européen. Mais notre travail au Parlement fait partie de la lutte stratégique pour changer l’UE. Tout d’abord, notre groupe doit donner une voix à ceux qui ne sont pas entendus autrement et porter au sein du Parlement européen les attentes des acteurs de la société civile en faveur d’une autre politique. Et cela peut être fait par l’organisation de réunions offrant un espace de discussion à ceux qui sont à l’extérieur du système institutionnel. Ensuite, le groupe GUE-NGL doit constituer un relais au sein du Parlement européen pour les mouvements sociaux, écologistes, des droits de l’homme, de paix, les réseaux transnationaux – pour tous les mouvements qui ont besoin de partenaires et de coopération pour le changement social. Notre rôle en tant que groupe parlementaire et que députés ne doit pas être réduit à la gestion des ressources financières ou à un moyen de gagner du prestige politique pour une carrière nationale. La chose la plus importante est de faire tout notre possible pour changer les rapports de force. Enfin, nous devons utiliser toutes les possibilités de l’activité parlementaire pour améliorer les conditions de vie des populations.

« Faire cesser immédiatement les politiques d’austérité »

En quoi cela peut-il consister ?

S’il y a une fenêtre d’opportunité permettant des changements positifs et concrets, nous devons la saisir. Pour cette raison, nous devons suivre de près les initiatives des commissions parlementaires, préparer des rapports d’initiative pour exercer une pression politique sur la Commission et être aussi présents que possible. Par exemple, au cours de la dernière législature, un moment fort a été le lancement de notre initiative parlementaire pour le droit de chaque homme et femme dans l’Union européenne à disposer d’un compte bancaire. Cela montre à quel point les petites étapes peuvent être importantes et quelles mesures concrètes peut être prises au niveau européen. Nous avons beaucoup de travail devant nous.

Pour le GUE-NGL, quels sont les plus grands défis ? Quelles luttes politiques sont considérées comme prioritaires pour le groupe ?

Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire cesser immédiatement les politiques d’austérité, qui ne sont pas la bonne façon de sortir de la crise. Nous devons travailler sur des alternatives à la crise de la dette. Que pouvons-nous faire pour permettre aux États membres – comme la Grèce ou d’autres pays fortement touchés – de surmonter la crise et de retrouver la possibilité d’assurer leur développement économique et social ? Nous devons proposer des perspectives d’avenir pour la sécurité sociale des personnes. Nous allons également travailler sur les initiatives empêchant les accords commerciaux entre l’UE et d’autres régions du monde. Le TTIP est une priorité, mais il n’est pas le seul accord commercial international en cours de discussion. Nous devons lutter contre les principes mêmes sur lesquels sont basés les accords commerciaux actuels. Nous soutiendrons les initiatives appelant à l’égalité et à l’équité de ces accords – avec des normes sociales et écologiques élevées – et la lutte contre les mécanismes de règlement des différends investisseur-État. Enfin, en raison de la croissance des forces politiques d’extrême droite au sein du Parlement européen et du fait que certaines d’entre elles ont même réussi à former deux groupes, je pense que nous devrions développer une coopération plus large avec d’autres groupes sur des thèmes concrets – tels que la sauvegarde des droits humains, la lutte contre les discriminations à l’égard des minorités ethniques et des migrants. Et bien sûr contre le TTIP.

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  • "Enfin, en raison de la croissance des forces politiques d’extrême droite au sein du Parlement européen et du fait que certaines d’entre elles ont même réussi à former deux groupes, je pense que nous devrions développer une coopération plus large avec d’autres groupes sur des thèmes concrets – tels que la sauvegarde des droits humains, la lutte contre les discriminations à l’égard des minorités ethniques et des migrants."

    Une conclusion qui rend caduques toutes les belles déclarations d’intention qui précèdent.

    Père Duchesne Le 10 juillet 2014 à 08:52
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  • G. Zimmer : "Le TTIP est une priorité, mais il n’est pas le seul accord commercial international en cours de discussion".
    Pourquoi ne pas développer ? Cela montrerait bien les limites des "bonnes intentions" européistes. Voir :
    http://www.legrandsoir.info/l-accord-top-secret-qui-doit-depecer-les-services-publics.html
    Levée en masse contre cette Europe de Schultz-Junker-Barroso, ce dernier décoré par notre président (!), désobéissance de la France à tous les traités approuvés par Sarkhollande !

    Autrement Le 11 juillet 2014 à 09:02
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  • Les réponses fournies aux questions m’apparaissent comme délirantes.

    Expliquer que la solution ne proviendrait que de l’Europe, c’est délaisser la possibilité d’une réponse nationale, toujours au motif qu’il s’agirait d’une voie nationaliste, entendez par là chauvine…

    Je conseillerais à cette dame de lire l’ouvrage de Aurélien Bernier "Les tabous de la gauche radicale. Pourquoi le FN réussit mieux que le FdG ?"

    Peut-être pourrait-elle comprendre à quel point son discours est démobilisateur, source de confusion, et si proche en fait de son concurrent social-libéral.

    Olivier Le 12 juillet 2014 à 10:07
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  • Ces positions me paraissent fort intéressantes et nullement "sociales-libérales" comme l’affirme Olivier. Seraient-elles à combattre parce que vraiment "européennes" ?

    Paul REGUER Le 12 juillet 2014 à 15:32
       
    • Ce sont des positions qui n’ont aucune crédibilité en France (regardez les élections européennes).

      Michel E. Le 12 juillet 2014 à 17:37
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  • Face au Pouvoir de l’ Argent qui s’est organisé depuis des décennies en vue de prospérer encore plus au niveau mondial et donc face à l’ exploitation des Peuples, la réponse salvatrice viendra d’une opposition internationale solidaire évitant ainsi les luttes entre nationalistes qui perpétueraient les guerres et leurs millions de morts au profit des nantis.
    Un programme basé sur la répartition des richesses, la solidarité et la justice doit être formulé haut et fort dans l’ Europe ; ce programme ne peut être que le fruit des réflexions des forces de progrès donc sans les partis au pouvoir dont les sociaux libéraux et démocrates ; les seules forces populaires sont celles qui ont pris une réelle distance avec ce fameux monde de la finance .

    Ghyves Le 12 juillet 2014 à 21:32
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  • J’hésite à te qualifier Gabi Zimmer : idéaliste ? Certes. Naïve probablement. Comment peut-on croire un seul instant que la zone euro n’a pas été créée pour mieux servir la finance ? Etre maître de sa monnaie est la seule façon d’y échapper. Ce n’est pas tomber dans le nationalisme des Le Pen que dire qu’il faut un protectionnisme financier, pays par pays. Je dis bien financier et non commercial. C’est du pur bon sens. Tant pis si Marine le dit aussi. L’Economie a ses vérités. Cela ne me fera pas voter pour elle à aucun moment.

    Peretz Le 14 juillet 2014 à 17:56
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