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Accueil > Environnement | Entretien par Guillaume Liégard | 17 novembre 2014

Gaël Blanc : « La situation de l’apiculture en France est catastrophique »

Apiculteur en Lozère et membre de la Confédération paysanne, Gaël Blanc revient sur la récolte catastrophique de miel en 2014 : l’indice d’une apiculture gravement menacée par le changement climatique et les effets des pesticides sur la biodiversité.

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Regards. Quelle est la situation de l’apiculture en France ?

Gaël Blanc. Dans les années 1990, la production nationale variait de 30 à 35.000 tonnes. Après une baisse continue tout au long des années 2000, elle n’était plus que de 17.000 tonnes en 2012, moins de 15.000 tonnes en 2013 et pour 2014, la production se situera autour de 10.000 tonnes. En vingt ans, la récolte de miel a donc reculé de 70%. La situation est catastrophique.

Les mauvaises conditions climatiques ont parfois été avancées pour expliquer la récolte désastreuse de cette année, qu’en pensez-vous ?

C’est vrai que la saison 2014 a connu une météo particulièrement désavantageuse. Un printemps chaud et sec dans le Sud de la France qui a nuit à la floraison, avec notamment très peu de nectar. Ensuite, un été frais et humide qui a ralenti l’activité des ruches. Mais ces conditions météorologiques ne suffisent pas à expliquer la situation, pour au moins deux raisons. La première est que la baisse de la production est à l’œuvre depuis plus de vingt ans : les causes ne peuvent renvoyer à des accidents conjoncturels, mais bien à des éléments structurels. La seconde c’est qu’il faut prendre au sérieux le changement climatique. Sur les dix dernières années, on peut considérer qu’il y a six ou sept années d’aléa climatique. Dit autrement, une année normale est une année où nous sommes confrontés à ces anomalies de la météo.

« C’est toute la biodiversité qui est désormais en danger »

Les apiculteurs ont sonné l’alerte depuis des années sur les ravages que généraient l’utilisation d’insecticides comme le Gaucho, par exemple, qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Gaucho ou le Cruiser sont des pesticides qui s’attaquent aux systèmes nerveux des insectes. Ils sont particulièrement utilisés sur des grandes cultures d’oléagineux comme le colza et le tournesol, ou pour le maïs. Selon nous, il y a une corrélation directe entre l’utilisation de ces pesticides et la surmortalité des abeilles. En moyenne la mortalité hivernale des ruches tourne autour de 30% au lieu de 5% auparavant.

Les autorités ont-elles pris la mesure du problème ?

Des suspensions ou des interdictions ont bien été édictées par la Communauté européenne ou la France contre tel ou tel produit particulier, mais à chaque fois les industriels contournent le problème en créant un nouveau produit. Pour le Gaucho, la molécule de base était l’imidaclopride, pour le Cruiser il s’agit du thiaméthoxame : tous deux font partie de la famille des néonicotinoïdes qui sont des neurotoxiques pour les invertébrés. L’utilisation généralisée et systématique de ces produits sous des appellations sans cesse renouvelée conduit à l’hécatombe du nombre d’insectes. Grâce aux apiculteurs, la situation a été très vite visible en ce qui concerne les abeilles, mais des études récentes tendent à montrer que c’est l’ensemble des insectes qui sont touchés. La situation est donc extrêmement préoccupante pour l’ensemble des insectes pollinisateurs, et au-delà, c’est toute la biodiversité qui est désormais en danger.

« Les multinationales des biotechnologies essayent en permanence de contourner les législations »

Quel est l’impact des cultures OGM ?

À l’heure actuelle, ce n’est pas en France que réside le principal problème, car les cultures OGM n’existent plus, grâce aux luttes que nous avons menées ces dernières années. Mais les multinationales des biotechnologies essayent en permanence de contourner les législations. Par exemple en commercialisant des variétés rendues tolérantes aux herbicides. Ces VTH sont reconnus comme des OGM, mais non étiquetés ni évalués comme les plantes transgéniques. Issues d’autres techniques de manipulation génétique, elles sont capables de survivre dans un champ traité avec un herbicide. Elles sont donc faites exactement pour les mêmes raisons que les OGM que nous combattons depuis des années. En ce moment, une nouvelle procédure d’autorisation à la culture d’OGM est en discussion. Elle risque de permettre de cultiver plus d’OGM dans certains pays de l’Union européenne. La contamination des cultures conventionnelles ou biologiques sera dans le futur un plus grand problème, y compris pour le miel dans lequel on trouvera du pollen OGM.

Comment peut-on essayer d’améliorer la situation ?

La solution passe prioritairement par l’amélioration du milieu pour les abeilles. Cela suppose de diminuer radicalement le recours aux divers pesticides et le refus des OGM. Pour cela, il faut jouer sur plusieurs leviers : d’abord en faisant évoluer la législation qui fait la part belle à l’agriculture productiviste ; ensuite en repensant complètement la politique des aides aux agriculteurs. La réforme de la PAC aurait pu être une occasion de réorienter ces aides vers l’ensemble des productions : le maraichage ou l’apiculture en sont exclues par exemple. Le gouvernement français avait la possibilité de redistribuer en faveur des petits producteurs et vers les pratiques respectueuses de l’environnement, et non vers les tenants de l’agro-business. Cela aurait constitué une mesure sociale, mais aussi une mesure environnementale.

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  • Plus les années passent et plus la production baisse. Malheureusement, les apiculteurs ne peuvent rien y faire. Ils ne peuvent que subir !! j’ai mon ami apiculteur Baudat qui me disait que sa production avait baissé considérablement et qu’a ce rythme les abeilles disparaitront !! Ci sa continue comme dirait Einstein la race humaine disparaitra 3 ans après celle des abeilles.

    bobo Le 18 novembre 2014 à 17:59
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