Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 12 février 2013

« Heureusement, il y a Findus ! »

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C’est une fièvre de cheval. Consommateurs, ministres britanniques, français ou suédois, Union européenne s’affolent autour d’un gros lot de surgelés. Ou comment tout le potentiel délirant d’un néolibéralisme débridé se révèle autour de lasagnes, hachis parmentier, spaghettis bolognaises et autres plats cuisinés. L’affaire qui défraye la chronique est maintenant connue. Les premiers surgelés frelatés ont été découverts la semaine dernière en Grande-Bretagne dont la tradition a en sainte horreur la boucherie chevaline. Findus mais aussi Auchan, Casino, Carrefour, Monoprix et Picard ont commercialisé du cheval et non du bœuf comme promis aux acheteurs. L’enseigne suédoise, en première ligne, se défend en jurant qu’elle n’en savait rien et que la faute en revient aux sous-traitants. Et c’est là que nous apprenons l’incroyable circuit de tous ces morceaux de viande…

Le ministre de la Consommation Benoît Hamon, s’appuyant sur les premiers résultats de l’enquête de la DGCCRF qu’il a diligentée, résume ainsi l’affaire : « Le fournisseur de l’usine luxembourgeoise est le groupe français Poujol. Celui-ci a acquis la viande surgelée auprès d’un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s’étant fourni auprès d’un abattoir et d’un atelier de découpe situés en Roumanie ». Rien que ça. La réputation de l’industrie agro-alimentaire française en prend pour son grade. Comigel, dont le siège social est à Metz, prépare les plats surgelés sur commande. Spanghero, basée à Castelnaudary dans le Sud-Ouest, fabrique et commercialise les produits à base de viande. Pour l’heure, dans cette supercherie, une myriade d’intermédiaires de l’éleveur au distributeur se renvoie la balle. Selon Benoît Hamon, l’opération « relève avant tout d’une logique financière qui aurait rapporté plus de 300 000 euros ». Une farce qui rappelle les fonds spéculatifs bourrés d’actifs pourris qui ont fait les grandes heures de la crise financière.

La question de la traçabilité est au cœur de la polémique. A la sortie des abattoirs français, 100% des viandes sont inspectées. Mais rien de tel pour les produits transformés. Les effectifs de contrôle sanitaire vétérinaire ont baissé de 12% depuis une dizaine d’années, ce qui ne permet plus d’assurer les contrôles. L’austérité mène invariablement à la fonte de l’intervention publique dont le coût humain ne peut être ignoré. A force de baisser la garde, on ne verra plus arriver les crises sanitaires. Dans les années 1990, la contamination de la viande de bœuf par la maladie de Creutzfeldt-Jacob, transmissible à l’homme, était due à l’alimentation de bovins avec des farines animales. Avec les lasagnes, est-on certain que la viande de cheval vendue à la place du bœuf offre toutes les garanties sanitaires ? Pourquoi tricher avec du cheval, a priori plus cher que le bœuf ? L’enquête est ouverte. Mais c’est bien le système économique lui-même, dont la recherche du profit est supérieure à la desserte des besoins humains, qui doit être radicalement et durablement contesté.

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