Accueil > Monde | Bloc-note par Emmanuel Riondé | 23 janvier 2013

Israël, un vote et des oeillères

Netanyahou va devoir entamer des tractations avec différentes formations pour former un nouveau gouvernement après le scrutin législatif qui s’est tenu hier en Israël. Les électeurs ont accordé la deuxième place à un candidat quasi "apolitique".

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On connaît ce matin, à un ou deux sièges près, la composition de la future 19ème Knesset, le parlement israélien. Selon un découpage établi par le quotidien Haaretz, les partis se revendiquant du centre et de la gauche de l’échiquier politique devraient y compter 48 sièges (19 pour Yesh Atid de Yair lapid, 15 pour le Parti travailliste, 6 pour l’ex-ministre des affaires étrangères Tzipi Livni, 6 pour le Meretz et 2 pour Kadima) ; la droite et l’extrême-droite devraient y avoir 42 sièges (31 pour le Likoud de Benyamin Netanyahou allié à Israël Beitenou d’Avigdor Liberman et 11 pour la Maison juive de Naftali Bennett) ; les partis religieux ultra-orthodoxes en totalisent 18 (11 pour le Shass et 7 pour le Judaïsme unifié de la Torah, ashkénaze) tandis que les trois partis de la gauche arabe, 12 (5 pour Ta’al, 4 pour Hadash, 3 pour Balad).

L’alliance dirigée par Benyamin Netanyahou arrive donc en tête mais avec une avance moins confortable que prévu. Et le score de la formation du millionnaire ultra libéral Naftali Bennett est finalement bien en deça de ce qui était attendu, tandis que la « surprise » de cette élection est la deuxième place obtenue par Yair Lapid et sa formation « Il y a un futur ». Les religieux d’un côté, la gauche arabe de l’autre, confortent leur place au Parlement. Contrairement aux seconds cités, les premiers devraient une nouvelle fois jouer un rôle important dans les tractations qui vont commencer sans attendre entre les différents partis en vue de former une majorité gouvernementale. Tractations qui s’annoncent compliquées même si le système électoral israélien est ainsi fait que ce type de situation n’est pas vraiment une nouveauté. Et la versatilité politique de nombreuses formations laisse à ce jour la porte ouverte à de nombreux scénarios. On devrait en savoir plus dans quelques semaines.

En attendant, c’est donc l’irruption triomphale sur la scène politique israélienne de Yair Lapid, ancien journaliste star, qui retient l’attention. Un homme qui, à l’instar du Parti travailliste, a centré sa campagne sur les attentes de la classe moyenne et a voulu parler aux Indignés israéliens de l’été 2011 en se focalisant sur des enjeux sociaux et économiques intérieurs.
Pour le journaliste Gideon Lévy, Yair Lapid incarne le désir des électeurs israéliens, crûment révélé selon lui par ce scrutin, d’être « laissés seuls [et d’avoir] une bonne vie tranquille, apaisée et bourgeoise ; et envoyer en enfer toutes ces pénibles questions lancinantes »... Telle que la question palestinienne par exemple, dont on se souvient qu’elle avait assez peu animé les débats des Indignés de Tel-Aviv, ou alors de façon assez marginale et sur une rhétorique très consensuelle.

Qui est Yair Lapid ? « Un ancien chroniqueur et présentateur de télé, qui a rarement écrit ou parlé sur des questions politiques, ni dans dans son journal, ni dans son émission télé, et qui a basculé en politique (...). Mardi, Israël lui a adressé un retentissant "Oui !". Oui à la jeunesse, oui à la nouveauté, oui à l’apolitique. », résume Gideon Lévy qui, en ce lendemain d’élections, voit son pays « à l’aube d’un nouveau jour où Israël veut juste être laissé tranquille dans son petit confort. Juste faire confiance à Lapid et rester dans le silence, le terrible silence qui règne au bord de l’abysse ».
Illustration de cette aspiration des électeurs israéliens à la tranquillité et à "l’apolitique" dont parle le journaliste, la question palestinienne a été peu présente durant la campagne électorale. Les moins à droite des formations se contentant de promettre la « reprise des négociations », formule fumigène et bien peu risquée politiquement, tandis que, à l’autre bout, Naftali Bennett propose l’annexion pure et simple de plus de 60% de la Cisjordanie. Une Cisjordanie dont la colonisation se poursuivra, comme à Jérusalem-est, a promis Benyamin Netanyahou, si il reste à la tête du prochain gouvernement, ce qui à ce jour demeure l’hypothèse la plus probable.

Mais les Palestiniens n’entendent pas disparaître du paysage. Le 11 janvier dernier, ils occupaient un terrain destiné à accueillir une colonie dans le secteur E1, jouxtant Jérusalem et y plantaient leurs tentes. Délogés par l’armée le lundi suivant, ils recommençaient quelques jours plus tard en Cisjordanie du côté du village de Beit Iksa au Nord-Ouest de Jérusalem. Avant d’en être encore dégagés ce lundi 21 janvier.

« Dans la presse arabe, ces actions, répliques en miroir aux procédés utilisés depuis des années par les colons israéliens, ont suscité beaucoup d’intérêt. » relève le chercheur Yves Gonzalez-Quijano dans un bel article où il cite et traduit notamment les commentaires sur cette affaire du romancier libanais Elias Khoury : « Le camp d’aujourd’hui, c’est le camp pour la récupération de la terre, pour s’y enraciner, pour la bénir par la sueur, par le sang et par la résistance tenace (sumûd) ». La résistance tenace des Palestiniens. Il semble que ce soit là quelque chose d’un peu trop "lancinant" pour nombre d’électeurs israéliens. Mardi, ils se sont massivement tourné vers ceux qui ne leur en parlent même plus.

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