Accueil > Monde | Par Laura Raim | 19 mars 2014

Italie : le double discours de Matteo Renzi

En lançant un plan de relance massif sans craindre de creuser les déficits publics, le nouveau président du Conseil italien donne l’impression de rompre avec les politiques d’austérité. Mais derrière les effets d’annonce, à quel degré d’audace faut-il vraiment s’attendre ?

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Si l’Italie n’est pas encore le premier pays européen à dire non au diktat de l’austérité, Matteo Renzi, le tout nouveau président du conseil italien, a en tout cas frappé fort jeudi 13 mars en qualifiant le pacte de stabilité de « pacte de stupidité ». Et ce n’était pas tout à fait des paroles en l’air.

"Tony Blair italien"

La veille de ses déclarations du 13 mars, l’ancien maire charismatique de Florence avait annoncé un plan de relance de 90 milliards d’euros. Au programme : "10 milliards d’euros pour 10 millions d’Italiens" sous forme de baisses d’impôts. Les salariés gagnant moins de 25.000 euros nets par an pourront espérer un gain maximum de 1.000 euros nets annuels sur leur fiche de paye, l’impôt étant prélevé à la source. Le "Tony Blair italien" a par ailleurs promis que l’État réglerait aux entreprises privées ce qu’il leur doit encore, soit 68 milliards d’euros. Il s’est également engagé sur un plan de rénovation des écoles italiennes (3,5 milliards d’euros). Enfin, pour les jeunes de dix-huit à vingt-neuf ans, un fonds de 1,7 milliard d’euros financera la poursuite des études ou la recherche d’un emploi.

Surtout, pour financer ces mesures, le Toscan ne compte pas seulement sur une réduction des dépenses publiques, il entend également profiter de la baisse des taux de la dette italienne pour emprunter davantage sur les marchés, quitte à laisser filer le déficit public de 2,6% actuellement à 3%. Une démarche culottée, sachant que la dette publique de l’Italie, la deuxième plus importante en Europe après celle de la Grèce, s’élève à 133% du PIB, et que la Commission européenne a placé l’Italie sous surveillance renforcée, estimant que la péninsule faisait face à des "déséquilibres excessifs" persistants.

L’annonce de Renzi représente donc un tournant notable pour un pays qui enchaîne depuis 2009 des plans de rigueur. Si le PIB italien a crû au dernier trimestre 2013 de 0,1 %, il a reculé de 9 % en trois ans, tandis que le taux de chômage atteint 12,9% – le plus élevé depuis 1977.

Merkel « très impressionnée »

Il ne faudrait pas s’emballer trop vite, cependant. Si Renzi remet en cause – dans une certaine mesure – le dogme de l’austérité, il ne s’écarte certainement pas de l’orthodoxie bruxelloise en matière de réformes structurelles. Le reste de son programme relève d’une politique de l’offre on ne peut plus classique : baisse de la taxe professionnelle de 10 % pour les PME, flexibilisation du marché du travail avec l’extension de la durée des CDD de un à trois ans…

On comprend mieux, alors, qu’Angela Merkel se soit dite « très impressionnée » par les projets du nouveau chef de gouvernement, venu ce lundi à Berlin pour présenter son programme. Il faut dire aussi que Renzi s’est montré moins véhément une fois en présence de la chancelière allemande. « Nous respectons tous les critères, l’Italie ne veut pas s’en écarter, ne demande rien, ne veut pas changer les règles, nous les avons élaborées ensemble et elles sont très importantes », a-t-il plaidé, avant d’ajouter que l’Allemagne était pour l’Italie « le partenaire numéro un, un partenaire privilégié », de même qu’une « référence » en matière de réforme du marché du travail…

Comment comprendre ce double discours ? Étant parvenu au pouvoir en février à la suite d’un putsch interne au Parti démocrate, Renzi n’a pour le moment pas plus de légitimité démocratique que ses deux prédécesseurs, Mario Monti et Enrico Letta. Il essuie par ailleurs des critiques au sein de son parti à cause de l’alliance qu’il a nouée en janvier avec son principal opposant, l’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi, pour mettre en place une réforme électorale créant un système hypermajoritaire à deux tours. Les élections européennes vont constituer un test politique redoutable. Le jeune chef de gouvernement doit donner des gages à l’électorat de gauche. Car si son parti perd le 25 mai, Renzi pourrait à son tour être poussé vers la sortie.

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