Accueil > Monde | Analyse par Benoît Borrits | 17 décembre 2012

Japon : retour de la droite

Après trois ans d’un intermède de centre-gauche, la droite revient au pouvoir au Japon. Une droite décomplexée renforcée par l’apparition d’une nouvelle force politique nostalgique de la puissance guerrière du Japon.

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Ce dimanche 16 novembre, le Parti Libéral Démocrate (PLD) remporte les élections législatives en s’assurant environ 300 des 480 sièges que compte la chambre basse de la Diète. Cette victoire s’inscrit dans un contexte de très forte abstention et de désintérêt de la jeunesse pour cet enjeu. Le PLD a dirigé le Japon sans discontinuité depuis les années 1950 à l’exception des trois dernières années qui ont vu le Parti Démocrate du Japon (PDJ) au gouvernement.

Le PLD gouvernera en coalition avec son allié traditionnel, le New Komeito qui disposerait de 32 représentants. Rompant avec l’attentisme du précédent gouvernement, le PLD préconise un retour à une croissance de 3% obtenue par une lutte contre la déflation, une baisse du yen et une augmentation des dépenses publiques. Fait significatif d’une nouvelle période, il envisage de remettre en cause l’indépendance de la Banque centrale.

Autre thème de la campagne électorale, la relance de la filière nucléaire. Suite au drame de Fukushima, 48 des 50 réacteurs nucléaires que compte le Japon sont aujourd’hui à l’arrêt. Le PLD en a fait un thème de campagne en promettant d’examiner, sur la prochaine législature de 3 ans, l’opportunité de la relance de chacun des réacteurs. A l’inverse, et sans doute trop tardivement suite à des mois de tergiversations, le PDJ a préconisé une sortie de la filière nucléaire à l’horizon de 2040.

Sur la question des relations internationales, le PLD a mené une campagne aux accents nationalistes. Shinzo Abe, le leader de ce parti, a régulièrement ulcéré ses voisins chinois et coréens en se rendant au sanctuaire Yakasuni de Tokyo où sont célébrés les 2,5 millions de soldats japonais morts durant la guerre et, plus particulièrement, 14 criminels de guerre. Il s’est, par ailleurs, engagé à réviser les livres d’histoire des écoliers pour que ceux-ci ne donnent pas une image trop négative de leur pays durant la guerre. C’est dans ce contexte qu’apparait désormais un parti d’extrême droite, le Parti de la restauration, dirigé par Shintaro Ishihara, écrivain de quatre-vingt ans et ancien gouverneur de Tokyo. Ce parti appelle à la reconstruction de la puissance nippone, n’hésite pas à nier les crimes commis par l’armée japonaise durant la seconde guerre mondiale et en appelle à une révision de la constitution pacifiste du pays pour permettre la reconstruction d’une armée forte. Avec 15% des voix, ce parti devrait faire son entrée à la chambre basse avec une cinquantaine de députés et pourrait éventuellement constituer demain un nouvel allié pour le PLD.

Le Japon ne fait jamais que confirmer une séquence politique maintes fois déroulée : un centre-gauche mou qui ouvre la voie à l’extrême-droite et ne tient pas longtemps face à une droite décomplexée. Il est vrai que le PDJ a dû gouverner sans majorité à la chambre haute et la seule mesure qu’il a réussi à faire passer en trois ans est un très impopulaire doublement du taux de TVA.

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