Accueil > Politique | Par Sophie Courval | 5 juin 2014

Jorge Lago (Podemos) : « Nous voulons représenter une majorité sociale »

Avec cinq élus au Parlement européen, Podemos, jeune parti issu du mouvement des Indignés, a sensiblement fait bouger les lignes de la gauche espagnole. Au lendemain des élections, se pose inévitablement la question des alliances. Entretien avec Jorge Lago, éditeur et membre du groupe promoteur du parti.

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Regards. Quelques mois après sa création, votre parti, Podemos, a remporté cinq sièges au Parlement européen. Ces bons résultats viennent reconfigurer l’espace de la gauche de gauche espagnole, jusqu’ici principalement occupé par Izquierda unida (gauche unie). Confirmez-vous les rumeurs médiatiques à propos d’une alliance entre les deux partis en vue des élections municipales de 2015 ?

Jorge Lago. Non, ce n’est pas vrai. Après l’annonce des résultats de Podemos aux européennes, la presse et certains partis politiques se sont empressés d’évoquer des alliances possibles, voire des alliances en train de se nouer. Je pense qu’il s’agit là d’une façon de refermer très rapidement l’ouverture que constitue l’irruption de Podemos dans le scénario électoral espagnol. Cette attitude témoigne de la peur que suscite une force politique lorsqu’elle n’est pas bornée à un espace politique déjà connu. Pour le moment, nous n’avons initié aucune discussion avec d’autres forces politiques en vue de conclure des alliances.

« Notre objectif est l’unité populaire, et non l’unité de la gauche »

Pourtant, le soir même des élections, Pablo Iglesias, leader de Podemos, déclarait « garder une main tendue » vers les formations politiques de gauche…

Oui. Je ne dis pas que nous sommes fondamentalement opposés à l’idée de contracter des alliances, simplement ce n’est pas notre priorité. Notre ambition n’est pas l’unité de la gauche, mais bien de représenter une majorité sociale. Nous voulons rester avant tout l’expression politique des classes sociales touchées par la crise, qui sont en position de rupture démocratique et qui n’ont pas trouvé, jusqu’à aujourd’hui, d’espaces politiques ouverts. Nous ne voulons pas incarner la gauche de la gauche en nous fondant dans une somme de sigles déjà existants. Cela bornerait notre capacité d’action politique.

Comment comptez-vous avancer ?

La force de Podemos réside essentiellement dans sa méthode, à savoir la participation citoyenne via un processus de vote public et ouvert. Ce qui fut le cas lors des primaires pour le choix des candidats aux élections européennes. Si demain nous devions envisager des alliances, par exemple pour les municipales, les candidats seraient choisis lors de primaires ouvertes, à partir de votes qui appuieraient ce processus d’alliance, et non dans le cadre de pactes secrets discutés par quelques uns dans des bureaux à portes fermées. Notre espace politique n’est pas seulement défini par une question d’idéologie, mais par une participation citoyenne, et la construction d’une majorité sociale.

Mais ne pensez-vous qu’il faut une gauche unie, une gauche forte pour tenir tête au Parti populaire (PP) qui gouverne l’Espagne aujourd’hui et pour faire face à la crise ?

Non, je ne suis pas tout à fait d’accord. Il ne faut pas une gauche forte aujourd’hui en Espagne. Il faut des mouvements sociaux et politiques forts. Aujourd’hui, il existe une majorité sociale face à la politique d’austérité, la politique néolibérale, qui est au-delà du clivage classique droite-gauche. Notre objectif est cette unité populaire, et non l’unité de la gauche.

« Construire une organisation forte et ouverte à tous les citoyens »

Dans les médias, on oppose souvent la jeunesse de votre parti et des membres qui la composent à l’ancienneté d’Izquierda unida (Gauche unie) et l’âge "respectable" de ses élus. Ce fossé générationnel est-il une difficulté supplémentaire qui entrave la possibilité d’une alliance ?

Je ne pense pas tout à fait ainsi. Il y a beaucoup de jeunes chez Izquierda unida, de la même manière qu’il y a pas mal de gens âgés chez Podemos, même si effectivement, dans l’ensemble les représentants de IU sont un peu plus âgés. Ceci dit, on pourrait peut-être dire que la façon de faire de la politique chez Podemos expérimente un peu plus la nouveauté, tandis que l’on observe une certaine inertie chez Izquierda unida, qui fonctionne avec une structure plus hiérarchisée.

Si les alliances de partis ne sont pas inscrites à l’agenda politique de Podemos, à quoi travaillez-vous actuellement ?

D’un côté, nous travaillons à l’élaboration de notre propre organisation interne. Nous souhaitons construire une organisation forte et ouverte à tous les citoyens, particulièrement aux 1.240.000 personnes qui ont voté pour nous. Nous travaillons également à la constitution de notre groupe au Parlement européen, ainsi qu’à la traduction de notre programme politique en projets qui puissent y être présentés et votés.

Puisque nous abordons la question de l’Europe, comment envisagez-vous de travailler avec vos partenaires européens ?

Nous faisons partie du groupe parlementaire de la gauche unitaire (GUE/NGL) et nous soutenons la candidature d’Alexis Tsipras à la présidence de la Commission européenne. Nous serons toujours aux côtés des forces politiques qui s’opposent aux politiques d’austérité imposées par la troïka. Mais nous devrons travailler à partir de programmes politiques et de contenus concrets.

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