Accueil > Politique | Analyse par Antoine Châtelain | 10 décembre 2012

L’avenir du Front de gauche se débat

Samedi 7 décembre, se réunissait pour la première fois depuis les élections du printemps le parlement du Front de gauche. Compte rendu des débats.

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Au début de la campagne de la présidentielle, le Front de gauche avait créé une structure informelle, prenant le nom de « Conseil national de campagne ». Désignée par consensus entre les composantes organisées du Front, elle rassemblait des militants de ces organisations aux côtés d’intellectuels et personnalités diverses de la « société civile ». En fait, à l’orée d’une bataille électorale difficile, il s’agissait de corriger la seule dimension de cartel partisan qui marquait l’origine du Front de gauche.

Cette structure ne s’était plus réunie depuis l’élection. Elle l’a fait samedi dernier, au siège du PCF, place du Colonel Fabien. En présence de Pierre Laurent, qui présidait jusqu’alors la structure, et de Jean-Luc Mélenchon, quelques dizaines de responsables ont pu ainsi discuter à bâtons rompus des perspectives du Front. À la différence de réunions du même type et quelque peu compassées, le ton de celle-là a été franc, sans complaisance ni agressivité. Deux débats ont dominé la réflexion : l’attitude à l’égard de la majorité gouvernementale et l’avenir des structures mêmes du Front de gauche.

Sur le premier point, les différences se sont définies comme étant davantage d’ordre tactique que stratégique. Les uns et les autres conviennent que les choix retenus par le pouvoir socialiste relèvent désormais d’une cohérence assumée, qui conduit la gauche à l’échec, avec toutes les graves conséquences qui peuvent en résulter. Mais, à partir de là, la gauche de gauche est confrontée à une double exigence, pas si facile à maîtriser dans l’action concrète. D’un côté, la cohérence officielle est telle que son refus doit être énoncé avec la clarté la plus grande, hors de toute nuance plus ou moins grisâtre. D’un autre côté, le refus ne peut être identifié au combat que mène la droite et ne peut donc laisser supposer que les critiques de gauche ignorent le clivage de la droite et de la gauche et, peu ou prou, font le jeu d’un adversaire par ailleurs bien radicalisé. Dans l’espace politique du Front de gauche, il n’est pas absurde de suggérer que les uns sont plutôt sensibles à la première contrainte et les autres plutôt à la seconde. La question du vote parlementaire sur le budget a donc continué de distinguer les points de vue, les uns persistant à dire qu’il eût mieux valu voter contre, les autres continuant à justifier l’abstention. Mais, au final, chacun est enclin à ne pas survaloriser le choix du vote, l’abstention des élus nationaux s’étant accompagnée d’une critique suffisamment globale et radicale pour que l’abstention ne puisse pas être lue comme une complaisance de quelque nature que ce soit.

Plus complexe est la question des structures pérennes du Front de gauche. Pour l’instant, ce Front s’est élargi à de nouvelles composantes ( les Alternatifs récemment ; avant eux Gauche anticapitaliste, dissidence du NPA) sans perdre son caractère originel de cartel. À peu près tout le monde convient que cette dimension exclusive affaiblit la dynamique. Là encore, apparaît la trame d’une redoutable contradiction. Beaucoup, notamment parmi ceux qui ne se réclament d’aucune organisation installée, redoutent que le cartel partisan n’écarte du Front, la galaxie de ce que l’on appelait naguère le « mouvement social », et qui combine radicalité et méfiance à l’égard de la verticalité partisane historique. En revanche, beaucoup d’autres redoutent que les structures en réseau, propres à la mobilisation sociale, ne se prêtent mal à la cohérence de décision et d’immédiateté politique et, à terme, ne démobilisent les militants d’organisations qui pourraient se sentir instrumentalisés par un grand tout informel. Équilibre complexe à construire entre les deux préoccupations… pour l’instant plutôt au bénéfice d’une structure de cartel qui a pour elle la force du résultat immédiat, la politique comme chacun sait ayant peur du vide…

D’autres débats n’ont pas manqué, autour de la visibilité du Front de gauche. Comment faire en sorte qu’il se voit ? Et comment faire en sorte qu’il se voit sans que la visibilité se réduise à celle de ses composantes les plus fortes ou de son porte-parole le plus repérable ? Là encore, la tendance est plutôt à la recherche du consensus : dans la prochaine période, le Front de gauche devrait chercher à s’exprimer en tant que tel, par une expression commune et non par la seule addition de ses expressions particulières.

Au total, la réunion du « Conseil de campagne », qui devrait par ailleurs pérenniser son existence de structure de débat et de concertation, a montré le désir sincère de poursuivre l’expérience engagée il y a quatre ans. Mais la confiance n’a rien d’irénique. Chacun est bien convaincu que, dans les turbulences, nulle structure n’est assurée de son maintien si elle ne sait pas elle-même se mouvoir, et donc s’adapter.

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