Accueil | Par Pascale Fautrier | 30 octobre 2014

L’Ère du Peuple de Jean-Luc Mélenchon : une note de lecture

Auteur du roman Les Rouges, qui retraçait deux siècles de combats de la gauche française, Pascale Fautrier nous propose ici une lecture en profondeur de l’ouvrage de Jean-Luc Mélenchon, de ses aspects les plus remarquables comme des plus discutables.

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I. Cinq aspects remarquables du livre de Jean-Luc Mélenchon :

1. La profondeur et la radicalité de l’analyse, qui part du constat courageux d’une défaite intellectuelle et politique : « Il n’existe plus aucune force politique mondialisée face au parti invisible de la finance globalisée » (EP 17). Cette nécessité de tout repenser et de tout reconstruire a été formulé récemment quasiment dans les mêmes termes par Alain Badiou dans l’émission d’Aude Lancelin : la nécessité de reconstruire une « alternative idéologique », c’est-à-dire une perspective de dépassement du capitalisme capable de fédérer largement la « vraie » gauche.

2. Le caractère « reliant » de la démarche, comme dirait Morin : ce livre cherche à penser ensemble le micro et le macro, le global et l’individuel, du devenir écologique de la planète à la misère psychique et morale des individus réduits à leur capacité de consommer, en passant par la domination mondiale d’un capitalisme de la rente et de la spéculation, et les nouveaux déséquilibres géopolitiques qui en résultent. Il est notable qu’un homme politique « généraliste » comme l’est Jean-Luc Mélenchon, ne s’enferme pas dans le cadre national et intègre à ses préoccupations la survie de la biosphère. Cette analyse factuelle conduit à observer, à tous les niveaux de la vie humaine, une spirale négative dévolutive de destruction des équilibres écologiques, de décomposition du lien social et civilisationnel sous le coup d’une logique productiviste qui profite à une infime minorité (les oligarchies), générant des risques nouveaux de guerres, voire même d’une guerre mondiale.

3. Mais au pessimisme de la description répond l’optimisme de l’action, le souci de sortir de la « dénonciation démoralisante ». Les propositions politiques de Jean-Luc Mélenchon s’appuient sur une « théorie de la révolution citoyenne » (EP 14), et sur le Manifeste de l’éco-socialisme élaboré en décembre 2012 et cité en fin d’ouvrage. Les deux axes en sont 1. La réaffirmation du principe démocratique de la « souveraineté populaire » formulée par les révolutionnaires français ; 2. L’idée que le « peuple » n’a pas à subir la dictature d’une classe particulière : ni oligarchies financières, ni « prolétariat » investi d’une « mission historique ». Exit l’idée « libérale » d’une gouvernance « éclairée » des élites (c’est-à-dire des puissants par accumulation de capital symbolique et matériel) ; exit également la « dictature du prolétariat » : rupture avec la nostalgie de la vieille « doctrine » léninisto-stalinienne.

4. La « révolution citoyenne » démocratique est un républicanisme radical. Le peuple doit reprendre l’initiative politique en ré-constituant sa souveraineté confisquée par les oligarchies : c’est la proposition politique centrale de convocation d’une « assemblée constituante », elle-même préparée par des « assemblées citoyennes » délibérantes et s’auto-organisant démocratiquement (en utilisant le net, mais pas seulement), comme cela se passe actuellement en Espagne. Les propositions avancées par J.-L. Mélenchon concernant les modalités futures de la représentation et des contours d’une VIème République (révocation des élus, règles verte etc.) ne sont ni normatives, ni directives, ni excluantes d’autres propositions, mais à discuter et c’est un point important.

5. L’écosocialisme est un néo-communisme écologiste et démocratique : il intègre les descriptions économistes du « matérialisme historique » mais récuse le millénarisme et l’autoritarisme centraliste de la « dictature du prolétariat » (mais ça mériterait d’être davantage précisé et souligné). J.-L. Mélenchon continue à se référer au matérialisme historique (EP 15) pour décrire les rapports de force sociaux : le « peuple » est constitué majoritairement de salariés en butte à la voracité des actionnaires, lesquels empochent 80% des profits des entreprises (EP 63), et organisent une pression sociale accrue pour étendre leur puissance et rogner les droits du travail. Une politique au service du peuple, c’est-à-dire de l’intérêt général, détrônerait nécessairement « la petite oligarchie des riches, la caste dorée des politiciens qui servent ses intérêts et des médiacrates qui envoûtent les esprits » (EP 14). Mais de cette description des rapports de production, ne découlent pas automatiquement les moyens de l’action politique. Le peuple est constitué aussi de chômeurs, femmes au foyer, artisans, médecins, avocats, et l’accès à la souveraineté politique demeure à tout moment un choix collectif et individuel, soumis à la délibération démocratique. La théorie de la révolution citoyenne, contrairement au communisme millénariste ou aux néo-libéraux des années 90 (Fukuyama), ne visent aucune « fin de l’histoire ». L’action politique est un choix de tous les instants et un combat sans fin.

II. L’écosocialisme est une « politique de civilisation » (Edgar Morin)

Avant d’en venir aux points plus problématiques du livre de J.-L. Mélenchon, je voudrais souligner combien l’écosocialisme proposé par le leader du Front de Gauche et du Mouvement pour la VIe République me paraît s’inscrire dans la « politique de civilisation » formulée par Edgar Morin dans son livre La Voie (2011). Notons au passage qu’Edgar Morin est un des rares penseurs de notre temps à avoir tenté la théorisation anthropologique et politique, « anthropolitique », d’une méthode de pensée et d’action (les deux mêlés) pour sortir de « l’âge de fer planétaire » qui nous conduit à la catastrophe.

1. Il s’agit d’abord de prendre conscience que nous sommes des citoyens de la « Terre-patrie », et que celle-ci est engagée dans une « bifurcation fondamentale » (EP 47) capable de provoquer l’extinction de la vie. « L’illusion d’un progrès conçu comme une loi de l’Histoire s’est dissipée à la fois dans les désastres de l’Est, les crises de l’Ouest, les échecs du Sud, la découverte des menaces nucléaires et écologiques », écrit Edgar Morin (LV 29). J.-L. Mélenchon en prend acte à la fin de son livre : « On doit se demander s’il n’est pas déjà trop tard » (EP 148).

2. Les activités humaines entraînent des dégâts déjà irréversibles sur le climat et la biodiversité, notamment dus à l’augmentation exponentielle du nombre d’humains. J.-L. Mélenchon donne des chiffres saisissants (EP 33) : en 5 ans, de 2009 à 2014, la population mondiale a augmenté d’un milliard d’individus, alors qu’il lui a fallu 200 000 ans pour atteindre, en 1920, le premier milliard. C’est l’ « ère de l’anthropocène » et de l’« homo urbanus » pour reprendre les titres de deux chapitres de son livre : 80% de la population vit en ville en Europe et sur le continent américain, EP 110, La population urbaine du monde augmente d’un million par semaine » (LV 317).

3. Cette prise de conscience en entraine automatiquement une autre : le modèle occidental productiviste du développement sans fin est à l’origine de cette situation tragique : « Le chaos qui s’avance est la conséquence directe du productivisme » (EP 59) ; « Il faudrait plusieurs planètes pour répondre aux besoins si tout le monde vivait comme nous. » (EP, 36) écrit J.-L. Mélenchon. Et de proposer un écosocialisme qui rompt radicalement avec un certain socialisme productiviste stalinien ou maoïste. Morin insiste davantage sur la nécessaire critique de l’impérialisme occidentalo-centriste de ce modèle de développement issu de la Révolution industrielle, qui s’impose à la planète entière et la fait entrer dans une crise complexe, écologique, démographique, civilisationnelle. C’est la « globalisation, stade actuel de la mondialisation », écrit Morin (LV 26), « unification techno-économique de la planète » produisant en réaction des « contre-processus de résistance », certains régressifs (les tentations théocratiques), d’autres positifs : « refloraisons de cultures autochtones », « processus de métissages culturels » (LV 26).

4. L’écosocialisme de Jean-Luc Mélenchon s’inscrit dans la « politique de l’humanité » définie par Morin comme « un dépassement de l’idée de développement, même supportable (dit « durable ») » (LV 73). L’individu humain n’est pas une monade autosuffisante en relation avec d’autres monades, il dépend de son environnement. Il est donc nécessaire d’affirmer l’existence d’un « intérêt général humain » (EP 58) qui sanctuarise les conditions de survie de l’humanité, et donc celles de la biosphère. J.-L. MÉLENCHON propose d’inscrire dans la Constitution l’extension des droits de l’homme et du citoyen « à de nouveaux droits écologiques » (EP 58).

5. Morin comme Mélenchon appellent à une « gouvernance globale » capable de prévenir les guerres, d’imposer des droits sociaux, « l’application de normes écologiques vitales et de normes économiques d’intérêt planétaire » (LV 72), et d’« en finir avec le libre-échange » (Mélenchon, EP 85) : « Le but est d’organiser les rapports économiques entre pays sur une base civilisée et négociée. Un ordre où l’autosuffisance devrait être l’objectif, le transbordement l’exception. […] Penser une réforme de l’ONU et lui donner les moyens de fonctionner est la priorité » (EP 85). Morin propose de parler de « démondialisation » pour assurer la protection des cultures vivrières et des modes de vie traditionnels, pour relocaliser la production et donner la priorité partout à l’autosuffisance alimentaire (la « souveraineté alimentaire »).

6. Un de ces nouveaux droits écologiques à conquérir nationalement et internationalement serait la « règle verte » (« ne pas prélever davantage à la nature que ce qu’elle peut reconstituer », EP 55) : elle permettrait selon Jean-Luc Mélenchon de réguler la production proliférante d’objets obsolescents épuisant les ressources naturelles, creusant une « dette écologique » (EP 54) autrement plus inquiétante que la « dette publique » de l’État dont on nous rebat les oreilles : nous détruisons les ressources naturelles plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler. E. Morin insiste de plus sur la nécessité de penser ces nouveaux droits au niveau de la « société-monde » en cours de constitution (une opinion publique planétaire consciente de l’urgence écologique).

7. Edgar Morin écrit que ce capitalisme financier qui « a provoqué la crise de 2008 » et « se repaît comme un vampire de nos substances vives » « s’est mis au ban de l’humanité et nous devrions le mettre au ban de l’humanité » (LV 43). Comme lui, Jean-Luc Mélenchon propose de combattre la financiarisation de l’économie, notamment en n’accordant le droit de veto aux actionnaires qu’en fonction du temps de possession de leur part de capital. Il propose comme E. Morin de sanctuariser certaines ressources naturelles comme l’eau, et d’étendre autant que possible le domaine du « commun » en favorisant la production coopérative (les SCOP) et solidaire, en taxant les flux de capitaux. Mais on voit bien que ce combat est nécessairement, lui aussi, planétaire.

8. Comme Edgar Morin, J.-L. Mélenchon note que le « système formate l’intimité de chacun » (EP 131), que le productivisme est « comme le patriarcat une structure implicite » (EP, 132), qu’il y a donc aussi une « bataille culturelle » (EP 134) à mener pour nous émanciper de « l’ordre globalitaire (global et totalitaire) » (EP 131), dont l’un des aspects est l’envoûtement consumériste (Morin parle d’ « intoxication consumériste », LV 36). Comme l’écrit Morin, « pas de réforme de vie ni de réforme éthique sans réforme des conditions économiques et sociales du vivre », et « pas de réforme politique sans réforme de la pensée politique, laquelle suppose une réforme de la pensée elle-même » (LV 61), réforme inspirée de sa « méthode » coconstructiviste d’analyse/reliance transdisciplinaire. Comme Morin, Jean-Luc Mélenchon insiste sur l’éducation (notamment à la sensibilisation aux limites des ressources écologiques) et la nécessité, mise en œuvre dans son livre, de penser ensemble l’expérience quotidienne et les priorités politiques.

9. La dépendance des habitants du monde entier envers le système de production des biens, notamment due à la généralisation du mode de vie urbain, n’a jamais été aussi totale. Cette situation conduit à ce paradoxe, diversement mais également souligné par l’homme politique et par le penseur : elle favorise l’émergence de l’individualisme. Plus l’individu est dépendant d’un système lointain quant à ses capacités de survie, de déplacement, de nourriture symbolique et culturel, plus il a le sentiment de posséder une intériorité autonome et un intérêt personnel. La dépendance envers le système techno-économique l’émancipe de son environnement humain immédiat.

10. Cet individualisme a deux faces, l’une positive, l’augmentation d’une conscience autonome possiblement réflexive (EP 111) due aussi à l’élévation mondiale du niveau d’éducation, l’autre négative, voire nihiliste. La mise en compétition généralisée et la marchandisation des êtres obligés de se vendre sur le « marché du travail » produit une « dissociation » des liens traditionnels (environnement humain, familial) et un mouvement brownien nihiliste d’individualisme égoïste (« le chacun pour soi, la guerre de tous contre chacun » EP 112) que Jacques Généreux nomme la « dissociété » (EP 112 et 134). Ce constat conduit Edgar Morin à penser une nécessaire « réforme de vie » morale fondée sur la convivialité, la solidarité, l’auto-examen. Jean-Luc Mélenchon insiste dans un chapitre original sur l’enjeu psychique et politique que représente la réappropriation du temps contre la tyrannie de l’accélération affolante et la multiplication chronophage de la dépendance envers la technique.

11. Les réflexions les plus originales de Jean-Luc Mélenchon concernent les possibles modalités nouvelles de la conscience politique et des actions possibles dans un tel contexte d’individualisme « globalitaire ». Le caractère lointain des centres de décision techno-économique et politique tend à produire une indifférence sociale et une perte du sentiment démocratique, que les oligarchies favorisent consciemment : apparemment « la ségrégation spatiale » rend la foule des grandes villes « inapte à être un acteur collectif de l’histoire » (EP 115) et la relègue dans une passivation consentante. Cependant cette inertie et cette dissociation peuvent se retourner en « conscience collective » selon un processus qui n’est pas sans rappeler fortement la description sartrienne de la constitution du « groupe » dans La Critique de la raison dialectique : des individus attendent le bus, et se sentent noyés dans une indifférenciation « sans signification » (les petits pois dans une boite, pour reprendre l’image sartrienne). Mais un incident survient, retard anormal du bus ou tout autre micro-évènement rendant visible le caractère collectif de la dépendance à l’égard du système de transport : le sentiment du « groupe » est né. La protestation commune qui en résulte est le modèle des actions collectives spontanées qui ont pu déclencher des révolutions citoyennes ces dernières années : prix du ticket de bus au Vénézuela, augmentation du prix de l’eau et du gaz en Bolivie, réclamation de transports dignes et efficaces au Brésil, défense d’un jardin public à Istanbul (EP 117). La « révolution citoyenne » est imprévisible comme ces mouvements, elle est dépendante davantage de tels phénomènes de conscientisation que du militantisme traditionnel, dont il faut constater la crise.

III. Les points qui me paraissent problématiques dans le livre de Jean-Luc Mélenchon

1. L’expression reste parfois brutale, et il arrive qu’elle me heurte. Par exemple, EP 14, l’attaque parait gratuite contre l’écologie politique constituée en parti : « la firme qui truste le label ». Elle est désormais classique contre les « solfériniens » et François Hollande, mais paraît davantage justifiée par une politique qui ménage les oligarchies sur le fond aussi bien que sur la forme. La bonne voie serait cependant de marquer fermement la volonté de fédérer dans le respect mutuel des militants de base écologistes et socialistes, ou d’autres sensibilités du mouvement ouvrier (anarchistes) ou plus nouvelles (féministes, LGBT), vers une recomposition-union « écosocialiste » à la gauche du Parti socialiste en déclin.

2. Cependant cette brutalité a le mérite d’inclure et de reconduire vers la politique ceux qui la rejettent violemment : « la gauche et la droite, c’est pareil », disent-ils (EP 9). Question de priorité politique (de dosage) : fédérer les sensibilités diverses de la gauche est plus urgente ou s’adresser aux abstentionnistes. J’ai tendance à penser que l’urgence est de fédérer ce qui reste du camp de la « vraie » gauche, n’en déplaise à J.-L. Mélenchon récusant les « savantes explications pour discerner la vraie gauche de la fausse » (EP 31) : en effet, « la gauche peut mourir », fédérons d’abord ce qui reste de ses forces vives agissantes. Et arrêtons tout à fait de penser que tout le « peuple » est attiré par le FN : les chiffres montrent que le succès du FN résulte mécaniquement de la droitisation de l’électorat de droite (lequel a toujours été pour une bonne part un électorat ouvrier ou plus généralement encore, salarié). Soyons clair : il ne s’agit pas, en tout cas pas d’abord, de s’adresser à l’extrême-droite ou à ceux qui sont attirés par les thèses de l’extrême-droite, mais de reconstruire un discours fort à la gauche du PS : redéfinir la « vraie » gauche.

3. Jean-Luc Mélenchon, comme il l’explique lui-même, est passé d’une phase où il s’agissait de trancher à une phase plus fédératrice. Encore un petit effort, camarade : il n’est pas sûr que la relégation du mot « gauche » soit à l’ordre du jour en France, contrairement à ce qui s’est passé en Amérique du Sud ou en Espagne. Substituer à la polarité parlementaire gauche-droite une opposition « citoyenne » entre « le peuple » et les oligarchies (EP 31) réactive des soupçons de « bonapartisme de gauche », auxquels il faut répondre. Certes, J.-L. Mélenchon s’appuie sur la phrase fameuse de Robespierre (p. 31 « Je suis du peuple etc. ») et la polarité d’origine parlementaire gauche-droite se rattache à la tradition révolutionnaire française dont il se réclame par ailleurs. Revendiquer le mot « gauche » aurait le mérite d’inscrire clairement la « révolution citoyenne » et la convocation de l’assemblée constituante dans la continuité politique et historique de la tradition républicaine française, dont certes la mémoire se perd (cette perte de mémoire qui m’a fait écrire Les Rouges), mais qui demeure vivace en France, je le crois. D’autre part, on sent chez Jean-Luc Mélenchon une hésitation à quitter tout à fait les sentiers balisés de l’électoralisme social-démocrate (avec les écueils afférents de personnalisation) : mais sa pensée à cet égard est en avance sur son sentiment (peut-être même sur ses intentions politiques).

4. Certaines nuances demeurent entre les « voies » de pensée et d’action dégagées par E. Morin et celles proposées par le livre de Jean-Luc Mélenchon. Disons trop brièvement que l’universalisme dont se revendique l’homme politique paraît encore un peu trop abstrait. Les notions d’ « enveloppement » ou de « démondialisation » proposées par E. Morin demeurent à exploiter, ainsi que son insistance sur la nécessaire diversité humaine et la valorisation des cultures primitives ou anciennes, modulant l’occidentalo-centrisme de l’universalisme abstrait « républicain » compromis dans la colonisation, ou ses réflexions sur la nécessaire révolution cognitive pour penser l’articulation nouvelle du politique, du culturel (intellectuel) et du psychique : « Le développement, écrit Morin (LV 39-40) a secrété un sous-développement intellectuel, parce que la formation disciplinaire que nous, Occidentaux, recevons, nous apprenant à dissocier toute chose nous a fait perdre l’aptitude à relier et, du coup, celle à penser les problèmes fondamentaux et globaux ».

5. L’un et l’autre cependant pêchent à mon sens également par un optimisme trop grand concernant la rationalité universalisante. Optimisme sur les capacités heuristiques de l’autoexamen et la portée thérapeutique ou politique de la réflexivité pour Morin : j’avoue cependant que je partage cet optimisme, même si je me le reproche. Cela conduit le philosophe notamment à négliger la question des modalités pratiques de l’action politique et l’influence des institutions politiques.

6. Chez Jean-Luc Mélenchon au contraire, l’optimisme heuristique débouche sur une surévaluation des méthodes de « l’éducation populaire » ; a contrario, son analyse des nouvelles modalités d’action politique révèle un manque de confiance dans le militantisme politique traditionnel (certes en crise), dans la structuration politique à la base. Et l’on retombe du coup, faute de « mouvements » spontanés urbains, à cause de ce chaînon manquant de l’enracinement politique, sur le risque d’un bonapartisme de gauche, dont J.-L. Mélenchon serait l’homme providentiel. Mais on sent que sa pensée est en évolution sur cette question, et une fois encore, en avance, peut-être sur ses intentions politiques (qui le portent à ne faire confiance qu’à lui-même) ; donnons-lui crédit d’ouvrir d’autres pistes d’action, notamment grâce au mouvement horizontal Pour la Vème République qu’il vient de lancer, et que j’appelle à rejoindre.

7. Cependant un mot encore sur ce risque de « bonapartisme de gauche » (ou de chavisme, si on préfère) : l’emploi du mot « planification » (EP 91) à propos de l’écologie politique (mot qui « fait peur » EP 91 en effet, puisqu’il est celui de la politique étatiste centraliste stalinienne ou gaullienne) laisse planer un doute, quant au rapport à l’État, et au type d’État (institution du commun) qu’il s’agit de défendre. Tout ceci reste à éclaircir par la délibération libre dans le Mouvement pour une VIe République.

8. Je suis également sceptique sur une certaine tonalité « nationale » dans certains passages du livre, notamment celui-ci : la France « nation universaliste » ayant vocation à « s’étendre sans fin » « du point de vue des principes qui l’organisent et la régissent » (EP 80). Certes, la France, deuxième puissance du monde, du point de vue de l’étendue, compte-tenu de ses territoires maritimes, aurait intérêt à exploiter écologiquement les ressources de la mer (cela est intéressant). Mais cette arrogance un brin impérialiste, même purement intellectuelle (les principes politiques), me gêne – même si elle est formulée pour contrer la mélancolie décliniste ambiante.

9. J’aurais tendance, quant à moi, à tempérer cet optimisme rationaliste du philosophe et du politique par un intérêt marqué pour le pessimisme freudien d’un Georges Bataille (je mettrai en ligne dès parution ces jours-ci dans un ouvrage collectif de mon texte : « La Politique de Georges Bataille ») : la nécessaire mise en cause de l’opposition rationaliste foi/raison (politique et religion) est à mon sens bien plus radicale chez ce poète de la pensée que chez E. Morin, même si la clairvoyance du philosophe à cet égard est ce qui s’est formulé de plus intéressant sur cette question (notamment dans son livre Autocritique, sur lequel je reviendrai dans un autre texte). Jean-Luc Mélenchon, sur cette question, en reste souvent à de rassurantes et classiques ritournelles « laïques », mais son intérêt pour la théologie de la libération, sa « religion de l’humain », et sa réflexion personnelle sur les racines religieuses de son propre engagement (la foi de sa mère : voir une interview récente) laissent entrevoir des clairvoyances intéressantes à cet égard.

10. Mais j’en viens à mes réticences les plus marquées : elles concernent le chapitre « Le retournement du monde ». Première nuance. J.-L. Mélenchon écrit : « L’histoire en cours est celle de la lutte de l’oligarchie pour le pouvoir absolu. Parce qu’elle n’a pas le choix » (EP 67). Je ne conteste pas le fait, mais il est très nécessaire à mon sens d’écrire le mot oligarchie au pluriel. Ce singulier fait à mon sens commettre à Jean-Luc Mélenchon une erreur d’appréciation, sûrement due à sa lecture très latino-américaine des actuels changements de rapports de force mondiaux. L’analyse de l’émergence des BRICS est passionnante, et l’évènement que fut en août dernier leur décision de « commercer dans leurs monnaies nationales » (EP 72) parait en effet déterminante : elle signifie la fin de l’hégémonie économique du dollar, et donc la fin d’une globalisation « américaine », telle qu’elle s’est imposée après la Chute du Mur. Certes « l’empire américain » reste militairement dominant (quoique les avis paraissent à cet égard partagés), et on peut craindre que son déclin hégémonique (voire sa chute brutale, en effet envisageable) ne le conduise à provoquer une guerre généralisée, ou du moins un dangereux et instable jeu d’alliances dont on a déjà vu les effets dévastateurs. Certes le GMT, signe patent de sa volonté impérialiste intacte est un effet de sa réaction à son déclin et montre les risques engendrés par celui-ci.

Mais faut-il pour autant soutenir les initiatives des BRICS, notamment la proposition chinoise d’une monnaie universelle ? Certes « nous sommes en opposition frontale avec les USA sur des points essentiels » (EP 77) touchant notamment aux droits de l’homme, à la démocratie, aux droits sociaux, à l’écologie. Mais partageons-nous davantage de valeurs avec les chinois, avec Poutine, avec l’Afrique du Sud ? Les visées impérialistes des chinois sont-elles moins dangereuses que les américaines ? N’y a-t-il pas des oligarques russes, chinois, sud-africains etc. qui dominent la politique de leurs pays en imposant les mêmes modèles financiers et politiques que les banksters US et avec lesquels nous ne partageons rien.

Plusieurs faits me semblent (à vue de nez de citoyen moyennement informé) aller dans un autre sens que ceux cités précédemment.

La politique d’Obama n’a-t-elle pas deux axes : moindre implication militaire directe dans les conflits, et détente avec l’Iran ? Certes, le désengagement américain tend à mettre en avant ses alliés, notamment l’Europe et la France : mais est-ce une politique « atlantiste » de la part des Français ou le signe d’une faiblesse américaine et l’émergence d’une multipolarité de fait, que personne ne pense ni ne domine ? D’autre part, d’après ce qu’il m’a semblé comprendre, l’État Islamique est financé par l’Arabie Saoudite, notamment pour récupérer un moyen de pression sur les Américains, précisément parce qu’Obama a pris ses distances avec cet État. Obama ne sera pas toujours président, et l’analyse de Jean-Luc Mélenchon sur la dangerosité du déclin américain est complètement valable. Mais force est de constater que la politique d’Obama (on pourrait ajouter : moindre soutien à la politique belliciste d’Israël, même si c’est une affaire de nuances) n’est pas militairement ouvertement et directement offensive. D’autre part enfin, la puissance américaine n’a pas dit son dernier mot, peut-être (une découverte nouvelle en matière de maîtrise d’énergie, thermonucléaire par exemple, serait peut-être en mesure de changer au moins provisoirement la donne : ils y croient en tout cas).

Bref, je ne suis pas sûr que le « non-alignement » des BRICS, même s’il offre des marges d’action sur le plan international (en offre-t-il sur ces questions essentielles que sont les questions écologiques ou sociales ?) et ouvre des contradictions entre oligarchies peut-être exploitables, soit, en définitive, par défaut d’émergence d’organismes internationaux véritablement régulateurs dans le sens d’une « politique de civilisation », plus défendable que l’ex-Bloc soviétique. Dialectique subtile à doser : jouer des contradictions d’accord, refuser le chantage à la guerre (à propos de l’Ukraine par exemple), mais il n’est pas question, il me semble, de choisir un bloc contre un autre. On ne va quand même pas se refaire le coup du « grand frère soviétique » : la justification politique de ce choix politique géostratégique serait encore plus faible, c’est peu dire, et certaines affirmations de Jean-Luc Mélenchon me paraissent ambigües à ce sujet.

Je finirai par une remarque à l’égard de mes amis « intellectuels » (qui font profession d’enseigner, de lire et d’écrire). Retrouvons le goût du dialogue avec les politiques : prenons-les au sérieux, et résistons à la spécialisation des savoirs dénoncée par Michel Foucault dans L’Ordre du discours. L’intellectuel, pour « spécifique » que son humilité lui commande d’être, doit sortir de la tour d’ivoire de l’ « expertise », certes pas pour reconduire les erreurs passées de l’universalisme abstrait, mais pour enrichir de nos nuances argumentées la vision du monde généraliste que ne doit pas manquer de chercher à préciser tout citoyen qui se respecte. Il est donc très nécessaire de discuter avec les hommes politiques, lorsqu’ils font l’effort, comme c’est le cas ici, de penser. C’est dans le but d’engager ce dialogue que j’écris ce texte. J’espère qu’il appellera ici même ou ailleurs des commentaires et des discussions argumentées.

L’ère du peuple, de Jean-Luc Mélenchon, Fayard 2014, 10 euros.

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  • Je partage pour l’essentiel l’analyse précise et détaillée du livre de JLM , longue analyse qui aurait gagné à être divisée en deux posts distincts ...Il est également bien évident que le débat sur la 6e ne doit pas être un débat entre intellos traquant une introuvable doxa mélenchonienne mais doit être l’affaire du peuple politique.

    Ceci dit, j’ai envie de renvoyer le lecteur et l’analyste à du terre à terre...ce fameux terre à terre que connaissent depuis longtemps les militants du PCF et dont ils n’usent actuellement pas ...attendant sans doute des consignes...qui ne viendront peut-être jamais...
    http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/10/24/et-maintenant-action/#article4 notamment ce passage...
    "Tout le monde peut commander une urne (je crois qu’elle coûte dix euros) et faire le travail s’il le souhaite avec des amis ou même tout seul pour les plus audacieux. "

    Dominique FILIPPI Le 30 octobre 2014 à 07:36
       
    • Entièrement d’accord pour les initiatives individuelles ! pf

      Le 5 novembre 2014 à 13:58
  •  
  •  Sur le retournement du monde:il s’agit de faire en sorte - pour une France engagée dans un processus révolutionnaire avec sur le dos "l’occident" tout entier et sa haine des révolutions- de trouver des alliés ou des neutres bienveillants ou des neutres tout court.Sans alliances aucune chance de voir la vraie gauche au pouvoir et s’il faut s’allier avec le diable eh bien il faut s’allier avec le diable....

     La France de toutes les révolutions ne peut être qu’universaliste c’est à dire fidèle aux promesses de son baptême le 26 août 1789....elle n’est pas "occidentale"...

     La mise en oeuvre du processus constituant où la masse se constitue en peuple écarte tout risque césariste.

     L’éducation populaire se réalise en marchant puisqu’elle est consubstantielle à l’irruption du peuple sue la scène politique.

     Quant au militantisme politique, ilest dans un tel état de décrépitude que tout est à revoir de la cave au grenier . Commençons donc par m6r sur le terrain...je note en passant que si les militants pcf passaient autant de temps sur les marchés ou au porte à porte pour populariser m6r qu’ils l’ont fait pour coller desv affiches et assister aux meetings de JLM en de 2012...on en serait à beaucoup plus que 50 000 signatures...

    Dominique FILIPPi Le 30 octobre 2014 à 10:59
  •  
  • "J’ai tendance à penser que l’urgence est de fédérer ce qui reste du camp de la « vraie » gauche"...çà fait des années qu’il y a urgence...au point que ...si cette fédération n’est pas réalisée dans les deux ans qui viennent...toute réflexion sur l’avenir de la gauche sera rendue inutile...Pour ce faire...l’ancien doit accepter de mourir et ,justement du fait qu’il accepte de mourir,aide ainsi le nouveau à se déployer librement.En clair, les membres du PCF -structure et individus encartés- sont face à leurs responsabilités.Ils ne peuvent plus essayer de nouveaux faux fuyants...appelons un chat... un chat...

    Dominique FILIPPI Le 31 octobre 2014 à 08:15
       
    • Oui, bien d’accord, p

      Le 5 novembre 2014 à 13:59
  •  
  • C’est juste, cela fait des années que l’on entend dire qu’il y a urgence, qu’il faut réunir les conditions, qu’il faut se mobiliser, qu’il faut créer une vraie alternative....Qu’est ce qu’on attend encore et encore ? Une convention, un congrès, une université, une élection ? C’est un vrai danger de tout miser sur 2017, et sur la seule VIème République, qui n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Un moyen de quoi ?
    Je commence à demander si on le veut vraiment ce changement.

    Titus Le 1er novembre 2014 à 18:34
       
    • Ah ! La routine !... Disait Lénine...
      ...Saloperie d’« habitude », qui interdit l’analyse concrète des situations concrètes...

      Car certes, ...c’est toujours l’urgence, qui nous fait agir... Mais elle n’est pas en soi bonne conseillère... L’effet en est plutôt réducteur de têtes, et resserreur de rangs, par principe « circulaire »... Ainsi la régularité, chaque année, d’une « rentrée », est-elle synonyme de « rentrer dans l’ordre », de se « remettre en ordre de marche », etc., sous l’effet d’un vieux reste de "complexe militaro-religieux"... L’ordre du jour, pour « l’organisation », tendant en un sens ainsi à périmer, à faire oublier le précédent !... Il se fait « ogre du jour », au service d’une Histoire « autophage », qui aura « mangé la commission de ses actes » d’avant...

      (Faut-il appeler cela « la maladie d’Elsa meurt » ?...)

      Il faut à contrario consentir un effort critique pour se remettre en ligne, c’est-à-dire en cohérence avec ce qui s’est déjà fait (ce qui ne veut pas dire l’absoudre), afin d’affronter les nouvelles exigences de l’heure... Sans quoi, le « principe d’urgence », seulement répété comme une scie, et sans évaluation de ce que l’on a déjà fait, en bien ou moins bien, ou même en mal, ...n’est pas synonyme de construction au long cours !...

      Mais encore faut-il aspirer à autre chose, en émargeant à une organisation qui s’est définie comme révolutionnaire, que de s’acheter une bonne conscience, définitivement « stabilisée » !... Il faut affronter l’exigence de produire du Récit crédible !...

      Il reste que ce n’est plus d’urgences ordinaires, dont il est question aujourd’hui, mais de catastrophes successives, que le grand capital tente d’intégrer dans sa propre « stratégie du choc », en continuant de faire les questions et les réponses...

      Pourvu que ça ne dure pas !... Et que le sentiment que c’est assez de ce monde, monte de plusieurs crans !...

      Aubert Sikirdji Le 2 novembre 2014 à 09:43
    •  
    • Oui, il faut agir tout de suite et sans attendre les consignes d’en haut, dans des assemblées citoyennes ou tout autre forme de réunion, réflexion, action locale, pf

      Le 5 novembre 2014 à 14:01
    •  
    • @pf

      "Oui, il faut agir tout de suite et sans attendre les consignes d’en haut, dans des assemblées citoyennes ou tout autre forme de réunion, réflexion, action locale"

      Il faut agir au niveau national aussi - et surtout dépasser les partis etc. Comme quoi le m6r.fr lancé par Mélenchon et les autres aide à sortir de ce qui serait sinon une façon passéiste et peut crédible de lutter. Votre façon de percevoir la lutte n’est plus crédible, il faut dépasser les partis (surtout les vieux) etc.

      Max E. Le 20 novembre 2014 à 10:54
  •  
  • à Titus Le 1er novembre à 18:34 et ...Aubert Sikirdji Le 2 novembre à 09:43
    "Je commence à demander si on le veut vraiment ce changement."...moi aussi....je continue à me demander....

    Dominique FILIPPI Le 2 novembre 2014 à 15:06
  •  
  • @Fautrier
    Que de mots pour dénigrer avec un mépris gourmand un homme qui est sur la brèche depuis cinq ans pour essayer de remobiliser, de rompre, d’ouvrir des perspectives, malgré des alliés hélas nécessaires qui passent leur temps à ourdir, pièger pour ramener le mouvement (ce qu’il en reste) dans les ornières mortifères où ils puisent leur dernier souffle. Et quel besoin de ressortir le gourou Morin, grand "faut qu’on y a qu’a" verbeux pour bobos en quête de révolte branchée.

    Fulgence Le 3 novembre 2014 à 00:25
       
    • Ma première réaction a été identique à la tienne....en gros, qui est ce prétentieux qui distribue - à quelqu’un qui prend les coups - les bons et mauvais points ?

      Ceci dit, je pense qu’il s’agit là plus de formulations malheureuses que de fatuité gratuite. L’analyse tient la route.

      Dominique FILIPPI Le 3 novembre 2014 à 08:32
  •  
  • Outre les références à Morin /La voie (titre on ne peut plus mégalo, il n’ y en a qu’une (voie) et je condescends à vous l’indiquer, pauvres moutons, tel le pasteur dans la tempête, le déluge. Et j’en ai lu la moitié avant qu’il ne me tombe des mains à force de lieux communs humanistes sirupeux délivrés tels des révélations de prophète à deux balles, cet article à charge sournois contre JLM l’arriviste masqué prend place dans l’appareil médiatique anti PG et dans l’escroquerie de la "large union des forces de gauche contre l’austérité". Les liens de l’auteuse avec Cambadélis (cf critique de son roman sur site NPA) me confirment dans l’excès de ma première répulsion (lire impression, sorry)

    Fulgence Le 3 novembre 2014 à 11:10
       
    • Cher Fulgence,
      Mon texte est totalement exempte du moindre mépris pour Jean-Luc Mélenchon, mais prétend au contraire, à partir de son livre, ouvrir un débat large, parce que je pense que ce livre le mérite. Je pense également que Jean-Luc Mélenchon est de fait, le leader de la Gauche, je veux dire de la vraie. Raison pour laquelle il est urgent de débattre avec lui sur le fond, et de lui exprimer franchement, dans l camaraderie et le respect le plus total, les réticences ou les désaccords que nous avons avec lui. D’autre part, l’article sur mon livre Les Rouges est une fumisterie nulle : si vous faisiez l’effort de juger par vous-mêmes, vous vous apercevriez que l’auteur de cet article n’a PAS LU MON LIVRE. En conséquence, il fait le même contresens que vous sur les "liens" de l’auteuse avec JC Cambadélis : le dialogue entre Madeleine et JC dans mon livre est une allégorie du dialogue (et de la rupture) entre les deux gauches : la gauche sociale-libérale représentée par JC et la "vraie" gauche, représentée par Madeleine (la petite-fille et la grand-mère) et les siens. Enfin, je trouve dommage que sur un site aussi valable intellectuellement que Regards, on trouve des commentaires aussi superficiels politiquement qu’indignes : je ne suis pas une auteuse mais une auteure, selon l’orthographe adoptée par les féministes, dont je fais partie. Je suis une femme mais j’existe comme personne, comme écrivain et comme intellectuelle : et c’est une indignité que de juger de moi à travers les "liens" que vous me prétendez avoir. Mes "liens" actuellement sont mon profond attachement au Front de gauche, c’est-à-dire à la constitution d’un front uni (et divers) à la gauche du PS. Mes "liens", c’est ma signature sur le site du Mouvement pour la VIème République. Mes "liens", c’est depuis toujours, mon adhésion essentielles aux valeurs de la vraie gauche : démocratie, justice sociale, égalité, liberté, fraternité. J’ajouterais que je n’ai sur ce plan ni sur aucun autre de leçon à recevoir de personne. PF

      Le 4 novembre 2014 à 16:05
    •  
    • @PF :

      "Mes "liens" actuellement sont mon profond attachement au Front de gauche, c’est-à-dire à la constitution d’un front uni (et divers) à la gauche du PS. Mes "liens", c’est ma signature sur le site du Mouvement pour la VIème République. Mes "liens", c’est depuis toujours, mon adhésion essentielles aux valeurs de la vraie gauche : démocratie, justice sociale, égalité, liberté, fraternité. J’ajouterais que je n’ai sur ce plan ni sur aucun autre de leçon à recevoir de personne."

      Et nous qui ne sommes pas d’accord avec votre façon passéiste de concevoir la société n’avons certainement pas de leçon à recevoir de vous. Ce front entre partis et militants dont vous rêvez appartient au passé, s’il n’a jamais été crédible. Maintenant c’est le front du peuple qu’il faut, et votre signature sur m6r.fr n’est pas très convaincante tant que vous donnez autant d’importance et confiance "à la constitution d’un front uni (et divers) à la gauche du PS". Vous voulez un mouvement mené par des partis et militants, moi et beaucoup d’autres voulons un mouvement mené par le peuple et estimons votre approche passéiste, voilà.

      Max E. Le 20 novembre 2014 à 11:09
  •  
  • Franchement, Regards est assez ridicule dans son effort pour miner Mélenchon. La réussite et la pertinence du m6r.fr font évidemment que Regards ne peut que soutenir, formellement, cette initiative, par opportunisme. Mais après, tout est fait pour s’attaquer à un vrai mouvement du peuple, en matraquant Mélenchon :

    "La bonne voie serait cependant de marquer fermement la volonté de fédérer dans le respect mutuel des militants de base écologistes et socialistes, ou d’autres sensibilités du mouvement ouvrier (anarchistes) ou plus nouvelles (féministes, LGBT), vers une recomposition-union « écosocialiste » à la gauche du Parti socialiste en déclin." (ce n’est pas cette vieille tambouille qui va mobiliser les gens, et on le sait)

    "fédérer les sensibilités diverses de la gauche est plus urgent ou s’adresser aux abstentionnistes. J’ai tendance à penser que l’urgence est de fédérer ce qui reste du camp de la « vraie » gauche" (Regards continue de mépriser le peuple)

    "Revendiquer le mot « gauche » aurait le mérite d’inscrire clairement la « révolution citoyenne » et la convocation de l’assemblée constituante dans la continuité politique et historique de la tradition républicaine française, dont certes la mémoire se perd (cette perte de mémoire qui m’a fait écrire Les Rouges), mais qui demeure vivace en France, je le crois." (facile de choisir entre les clichés passéistes de Fautrier et la dynamique contemporaine sur laquelle s’appuie Mélenchon)

    "son analyse des nouvelles modalités d’action politique révèle un manque de confiance dans le militantisme politique traditionnel (certes en crise), dans la structuration politique à la base. Et l’on retombe du coup, faute de « mouvements » spontanés urbains, à cause de ce chaînon manquant de l’enracinement politique, sur le risque d’un bonapartisme de gauche, dont J.-L. Mélenchon serait l’homme providentiel" (il n’a pas vu ou prétend ne pas voir se qui se passe autour du m6r.fr...)

    etc, etc...

    Regards a les pieds dans le passé et est incapable de concevoir un changement réel.

    Max E. Le 3 novembre 2014 à 14:01
       
    • Il ne faut pas accorder à cette analyse plus de sens qu’elle n’en a et arrêter de voir des ennemis partout . De toute façon si cette personne est un poisson pilote de tous ceux qui veulent la peau de JLM...la ficelle aura vite la grosseur d’un câble...Quant à Regards, il va très certainement être par la force des choses contraint de sortir du factuel .Mélenchon ou Laurent...il faudra bien choisir...

      Dominique FILIPPI Le 3 novembre 2014 à 22:58
    •  
    • Ou pas, il y a aussi C. Autain

      Flutiot Le 4 novembre 2014 à 14:00
    •  
    • Il faut vraiment etre un esprit chloroforme par le conformisme et le suivisme de parti dans le sens le plus etroit et mesquin du terme pour considerer que la note de Pascale Fautrier est une attaque contre JLM. Ou/et alors, les raleurs de service n’ont pas pris le soin de la lire ?... En gros, Pascale Fautrier dit que JLM va dans le bon sens, loue sa demarche et son intiative, mais pointe les non-dits et les insuffsances de ses propos. Crime de lese majeste ? Non, le debat intellectuel et politique doit proceder ainsi : quelqu’un propose, on debat, on refute, on fait une synthese, on s’enrichit mutuellement et on avance ensemble. Ni Dieu ni tribun, mais la force du collectif pour un vrai Front du peuple ! ;-)

      Miguel Le 4 novembre 2014 à 17:19
    •  
    • Même réponse qu’à Fulgence et mon dernier billet de blog Mediapart, cdlt pf

      Le 5 novembre 2014 à 14:05
    •  
    • @Miguel

      Pas la peine de m’attaquer, et vous pouvez lire un peu mieux ce que j’ai écrit. Lorsque vous dites que PF "pointe les non-dits et les insuffisances" des "propos de Mélenchon", vous semblez complètement aveugle à son parti pris passéiste partagé par la rédaction de ce vieux média qu’est Regards.

      Max E. Le 20 novembre 2014 à 10:40
  •  
  • Les poissons pilotes qui pêchent en eaux troubles n’utilisent pas de ficelle mais une variante "lambertiste" du chant des sirènes, séduction verbeuse incapacitante , genre canada dry, on s’y tromperait mais c’est tout le contraire. Et les taupes à retardement du Dr Lambert, il en reste un peu partout et notamment au PS où Mitterrand en avait fait un usage immodéré. JLM est l’apostat à abattre.

    Fulgence Le 4 novembre 2014 à 09:57
  •  
  • @Fulgence Le 4 novembre à 09:57
    "JLM est l’apostat à abattre". Ils veulent sa peau, c’est évident...mais si ceux qui sont censés être des nôtres y concourent...faudra bien appeler un chat un chat...de toute façon , on va vite être fixés...

    Dominique FILIPPI Le 4 novembre 2014 à 14:51
  •  
  • Bonjour à Pascale Fautrier, et merci de cette invite à l’apport intellectuel, donc à discuter intelligemment... L’on peut dire que je partage globalement votre sensibilité, à la lecture du livre de Jean-Luc Mélenchon. Votre choix de méthode est aussi, pour moi, bienvenu, d’une lecture parallèle avec « la Voie » d’Edgar Morin, qui aide à « se faire une raison », de la comparaison effectuée...

    Plusieurs commentaires :

    1/- Qu’un nouveau « sujet de l’Histoire » se constitue en quelque sorte d’un « Droit à la Ville »... impose, pour qui ne l’aurait pas encore fait, d’entrer dans l’œuvre d’un autre penseur qu’Edgar Morin, de 20 ans son aîné, et que celui-ci a bien connu : Henri Lefèbvre...

    2/- Du coup est absente du livre de JLM « le droit à la ruralité »... Avec les sensations que j’ai encore fraiches, du dernier rassemblement organisé par la Confédération Paysanne, à Amiens, à l’occasion du procès des militants qui se sont fait remarquer sur « la ferme des mille vaches », je considère que « l’humanité nouvelle » passe aussi par cette lutte-là, ...essentielle pour la qualité de vie... de tous les urbains !...

    3/- Ceci dit, les décisions essentielles se prenant ...en ville, il apparait évident que même des élections « municipales » ont une valeur, surtout s’il s’agit de grandes, au-delà des villes concernées : de politique globale, et que « les rats des villes » votent à ce moment-là aussi par procuration pour « les rats des champs » !...

    4/- J’ai une remarque théorique à faire sur l’idée que vous posez que JLM se placerait dans une autre logique d’émancipation que de « dictature du prolétariat »... Ce n’est pas si sûr !...
    Si l’on se réfère, par exemple, au travail de Bernard Stiegler : à ce qu’il développe à la fois sur la question de l’aliénation consumériste, et sur les conditions contemporaines de ce qu’il persiste à nommer « prolétarisation »... ;
    ...et si d’autre part l’on relit l’Etat et la Révolution de Lénine, où il explique que ..., pour Marx, la dictature du prolétariat est ce qui permet à celui-ci de se faire peuple (- ce qui semble avoir complètement raté dans les pays de l’Est, où, au final, il aura fallu que les gens défilent dans la rue, comme en RDA, en se rappelant au bon souvenir du Pouvoir, sur l’air de « -Nous sommes le peuple !... » -) :
    ...je ne pense pas qu’aujourd’hui, le slogan de « l’Humain d’abord », « - Prenez le Pouvoir !... », contre celui de La Finance, dans un effort de re-constitution du lien socio-politique, y compris en faisant autrement que dans « l’expérience » des « échecs » du 20ème siècle..., soit d’une signification différente de ce que posait, à l’origine, d’incontournable, ...ce concept majeur (qui, certes ne peut plus être utilisé comme tel, ne serait-ce que par l’immense instrumentalisation historique qu’il a subi...) !...

    5/- Le débat sur le sens initial de « dictature du prolétariat » reste donc utile, précisément lorsque l’on en vient à discuter des « dangers du césarisme »... Car il faut se rappeler qu’il supposait, justement, une vigilance sur le risque de se contenter de remplacer une oppression par une autre !... ( D’où le classique trait d’ironie..., quant à connaître « le contraire » de « l’exploitation de l’homme par l’homme »...)
    La sortie du piège résidait dans l’orientation « programmatique » du « demi-Etat »... Ce qui signifie, dans un vocabulaire plus récent, l’irruption de phénomènes autogestionnaires, et la manifestation des capacités populaires émancipées correspondantes !... Ce n’est donc pas contradictoire avec un processus re-constituant qui se crée ses propres garanties de liberté, et ses propres garde-fous !...

    6/- Ceci dit, cela réinterroge évidemment la Forme âgée « Parti », dans laquelle certains ont pris le pli de vivre comme dans un fromage...
    ...J’ai envie de dire qu’il faudrait parler à ce propos de la nécessité d’aller vers une forme d’organisation assumée de « demi-parti », comme on a parlé de « demi-Etat ». Parce que la préoccupation n’en serait pas exclusivement de « prendre le Pouvoir » !... Tout en conservant cette fonction décisive, l’organisation contemporaine à la hauteur des attentes, devrait bien mieux se poser le problème de son rôle fondamental : de contribuer à développer la PUISSANCE D’AGIR autonome des « masses »...
    J’ai déjà eu l’occasion de dire et d’écrire à ce propos que le PG, « tout beau tout neuf », n’était à mon sens pas dispensé de se questionner sur des limites de méthode qui ont été celles du PCF, de « centralisme pédagogique »...
    Moins que jamais, la méthode révolutionnaire ne doit tourner en rond, et donc ne peut se dispenser d’être INTERACTIVE !...
    Car nous sommes désormais largement payés pour savoir que « le Peuple », « les Masses », peuvent être utilisés de manière incantatoire et idéaliste, par « un Sommet qui se déguise en Base »..., qui perpétue la délégation de Pouvoir, tout pendant qu’il prétend vouloir en sortir !...

    Ne pas « la refaire à l’envers » au Peuple, dont justement l’on se réclame, impose d’ailleurs la conviction sans cesse remise à l’épreuve que la Révolution Citoyenne ne pourra jamais procéder d’un acte (de pensée) unique, ou d’on-ne-sait-quelle catastrophe soudainement libératrice !...
    Cela suppose de s’armer d’une immense impatience comme d’une immense patience !...

    Aubert Sikirdji Le 4 novembre 2014 à 14:54
       
    • Je vous remercie infiniment pour votre contribution argumentée et si précise au débat, à vous et aux autres contributeurs. Je suis d’accord avec vous sur bien des points (notamment Lefbvre et le droit à la ruralité : mais ces éléments s’ajoutent, ils n’excluent pas la pertinence des autres). Sur la "dictature du prolétariat" : je crois qu’on peut croire JLM lorsqu’il indique y avoir renoncé comme dogme, mais je parle d’un risque de "bonapartisme de gauche" : merci des précisions de pensée que vous apportez, elles s’ajoutent à mes analyses et sont les bienvenues. Les modalités de reconquête de la "souveraineté populaire" demeurent vagues dans le livre de JLM : mais ne lui en faisons pas grief, donnons lui acte de sa volonté "républicaine" de démocratie, et faisons des propositions, agissons par nous-mêmes : assemblées citoyennes locales etc. Je crois que le moment est mûr (en effet si l’unité ou un mouvement décisif n’a pas lieu du côté de la vraie gauche écologiste, c’est la disparition de la gauche qui est en jeu). Encore une fois, et je réponds à tout le monde à la fois : mon texte visait à susciter le débat et l’entrain nécessaire à la constitution de ce front uni de la vraie gauche écologiste (dans laquelle, cela est vital, le débat ne doit jamais s’arrêter), et certainement pas à abattre celui qui apparaît comme le leader médiatique de ce front (il en faut, on ne peut pas contourner ce fait) - ce qui ne signifie qu’il doive en être le Duce. Donc respect, débat, et j’ajouterais même : acceptation totale que JLM continue son énorme travail, difficile, éprouvant (les attaques terribles qui le prennent pour cible, mais à travers lui, ne nous y trompons pas, il s’agit de délégitimer non seulement un homme mais la Gauche, la vraie gauche que la fausse tente de liquider par ailleurs : Valls veut ouvertement cette liquidation), donc JLM fait un travail de médiatisation sans pareil des idées sociales et écologiques de la vraie gauche : soutenons-le dans son effort. C’EST CE QUE JE FAIS, et ceux qui ne le comprennent pas ne savent pas ce qu’est un débat démocratique : IL N’Y PAS DE VRAIE GAUCHE SANS DEBAT DEMOCRATIQUE. Et être de gauche ne se réduit pas à l’allégeance totale à un homme : JLM lui-même le comprend parfaitement : il faudrait que d’autres parviennent à le comprendre et cessent cette paranoïa par personne interposée (laquelle personne, JLM, n’est d’ailleurs pour rien).

      Le 4 novembre 2014 à 16:20
    •  
    • Pour l’immense impatience...tu sais à quoi t’en tenir avec moi ...d’où ton absence de réponse à mes posts depuis quelque temps...

      Dominique FILIPPI Le 5 novembre 2014 à 07:39
  •  
  • Flutiot Le 4 novembre à 14:00
    "Ou pas, il y a aussi C. Autain" : elle est très bien dans les talkshow...mais à Sevran ...je demande encore à voir...

    Dominique FILIPPI Le 4 novembre 2014 à 14:55
  •  
  • Clémentine Autain est l’autre voix de la vraie gauche, bien sûr, et une voix importante. Je précise que dans ma dernière réponse, je réponds à tout le monde en même temps : mais il ne s’agit pas pour moi de "répondre" : j’ai écrit ce texte pour lancer le débat, et il doit continuer partout, sans moi, ailleurs, dans des réunions locales, citoyennes, et ici bien sûr.

    Le 4 novembre 2014 à 16:23
       
    • Je vous remercie d’avoir lancé le débat ; j’espère que celui-ci débordera bien au-delà des lecteurs de Regards.

      Dominique FILIPPI Le 4 novembre 2014 à 17:46
    •  
    • Clémentine Autain est l’autre voix de la vraie gauche, bien sûr, et une voix importante : personnellement, je préfère la voix d’un travailleur sur un chantier, ça sonne plus vrai et on a moins de bla bla sur la démocratie.

      Stéphane GRANVILLE Le 7 novembre 2014 à 07:18
  •  
  • Il faut vraiment etre un esprit chloroforme par le conformisme et le suivisme de parti dans le sens le plus etroit et mesquin du terme pour considerer que la note de Pascale Fautrier est une attaque contre JLM. Ou/et alors, les raleurs de service n’ont pas pris le soin de la lire ?... En gros, Pascale Fautrier dit que JLM va dans le bon sens, loue sa demarche et son intiative, mais pointe les non-dits et les insuffisances de ses propos. Crime de lese majeste ? Non, le debat intellectuel et politique doit proceder ainsi : quelqu’un propose, on debat, on refute, on fait une synthese, on s’enrichit mutuellement et on avance ensemble. Ni Dieu ni tribun, mais la force du collectif pour un vrai Front du peuple ! ;-)

    Miguel Le 5 novembre 2014 à 12:55
       
    • Oui, ne pas tout attendre d’un homme : continuer les propositions, le débat, agir là où on est.

      Le 5 novembre 2014 à 14:09
    •  
    • Ni Dieu, ni César mais pas un ...plein de tribuns çà oui ! et celui qu’on a surtout gardons-le car pour l’instant il n’y en a pas d’autres !

      Dominique FILIPPI Le 6 novembre 2014 à 08:44
    •  
    • @Miguel
      Lorsque vous dites que PF "pointe les non-dits et les insuffisances" des "propos de Mélenchon", vous semblez complètement aveugle à son parti pris passéiste partagé par la rédaction de ce vieux média qu’est Regards.

      Max E. Le 20 novembre 2014 à 10:44
  •  
  • @Stéphane GRANVILLE

    Tu sais...L’ouvriérisme a mené le PCF et LO là où ils sont...perseverare diabolicum !

    Dominique FILIPPI Le 7 novembre 2014 à 07:37
  •  
  • Je redis à Max E qu’il me fait un procès d’intention qui n’a pas lieu d’être : 1. nulle leçon donnée à personne 2. on est d’accord que l’avenir n’est pas aux cartels d’organisations mais à la prise en mains par la base (comités citoyens et assemblées citoyennes) et du m6r et du FDG. Je me suis déjà prononcée ailleurs pour les adhésions directes au FDG et compte le refaire à la réunion préparatoire aux Assises. Bien cordialement à vous, pf

    Le 20 novembre 2014 à 15:17
       
    • Ne vous étonnez pas que vous puissiez être interprété à la manière dont vous interprétez les autres.

      "on est d’accord que l’avenir n’est pas aux cartels d’organisations mais à la prise en mains par la base (comités citoyens et assemblées citoyennes) et du m6r et du FDG"

      En même temps, vous écrivez qu’il est plus urgent de "fédérer les sensibilités diverses de la gauche" que de "s’adresser aux abstentionnistes". Voilà ce que moi et beaucoup d’autres trouvons passéiste, parce que ce n’est pas avec ce que vous appelez "la gauche" que les choses vont s’arranger. Comme j’ai déjà écrit dans un commentaire à un article de Clémentine Autain :

      "Curieusement l’abstention n’est pas du tout mentionné, tout comme tous ceux (environ trois millions) qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Le FdG dire vouloir s’élargir. Je ne pense pas que ça se fait en persistant avec la situation actuelle. Jusqu’à récemment je me disais que c’était surtout le PCF (notamment son "positionnement" vis-à-vis le PS) le problème pour le FdG. Mais maintenant je me rends compte que le positionnement vis-à-vis de l’UE est un problème tout aussi grand, et là quasiment toutes les composantes du FdG sont sur la même ligne. Donc il faut du changement (du vrai). Il faut commencer à attirer des gens qui se sont abstenus les dernières élections+des gens qui ne sont même pas inscrits sur les listes électorales."

      Voilà que le m6r.fr fait qu’on se libère du fonctionnement dogmatique de ce que vous appelez "la gauche" (partis et militants) et redonne du sens à la démocratie. J’ai vu que des abstentionnistes se sont engagés dans le m6r.fr, et que des gens qui jusque-là avaient en horreur l’engagement politique s’y sont engagés. Le fait que vous et d’autres ne voyez toujours pas à quel point ce que vous appelez "la gauche" est mortifère paraît incroyable ou peu probable pour moi et d’autres. Je devine qu’il s’agit en fait, sous couvert de pseudo-changement bien tenu en laisse, de maintenir un certain pouvoir (des partis, syndicats, etc) et les hiérarchies qui en découlent. C’est pourquoi je vous dis qu’il ne faut pas être étonné si de nombreuses personnes trouvent que des individus comme Clémentine Autain et vous-même sont déconnectés de la réalité ou simplement des conservateurs qui n’aiment pas le vrai changement. Ce n’est pas avec du vieux qu’on fait du nouveau, et les progrès du m6r.fr montrent bien que ce raisonnement fait écho dans la société - si ce mouvement avait été principalement lié à votre raisonnement, il n’aurait jamais pu décoller (c’est bien que vous ayez quand même signé, mais ne vous donnez pas trop d’espoir de pouvoir récupérer le mouvement avec ce que vous appelez "la gauche").

      Max E. Le 20 novembre 2014 à 16:27
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  • Cela faisait un moment que je n’étais pas venu sur ce site. Dois-je vous rappeler un fait politique important : la droite est au pouvoir depuis si longtemps aussi parce qu’elle est unie !
    En face ils ont cette intelligence de la réalité, nous à gauche nous pensons. Notre force est dans la rue, dans les entreprises, dans les services publics... Soyons réalistes poursuivons la révolte de 68 et faisons la aboutir en chacun-e de nous ! Comment ? Pas qu’avec des discours, avec aussi des actions qui fédèrent celles et ceux qui n’en veulent plus de cette civilisation décadente qui bousille les personnes et notre planète. Les actions contre Notre Dame des Landes, ce foutu barrage, la réalité en sorte sont bien plus motivants. Mais ces actions, sous la coupe d’aucun parti politique officiel, semblent mise en sourdine ? Pour quelles raisons selon vous Pascale Feutrier, y avez-vous pensé ?
    Bonne journée et restons paisibles et cordiaux !

    Chistian09 Le 26 novembre 2014 à 05:07
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  • Merci pour cet article de fond et ce débat passionnants dans la sphère "alternative". C’est le premier et ça se salue.
    Ayant lu les deux versions du livre de Jlm et regardé ses conférences ici melenchon.fr/2016/02/16/nous-pouvons-tout-changer-conference-sur-lere-du-peuple-au-theatre-dejazet et là melenchon.fr/2016/03/01/le-changement-climatique-a-deja-commence-conference-a-lille/) présentant le livre, je retrouve la description du "caractère reliant" de la démarche (j’aurai plutôt dit la cohérence de l’analyse et des voies qui en découlent), mais je diffère de votre point de vue sur plusieurs points :

    1) l’analyse de l’oligarchie qui nous gouverne est complètement reliée à celle de l’empire capitaliste états-uniens actuellement dominant. Certes il existe d’autres oligarchies dans les Brics et nous n’avons aucune raison de soutenir leur formes violentes de domination de leurs peuples ou de leurs satellites, mais cela ne nous concerne pas directement comme Tafta ou les guerres Otaniennes en Ukraine, en Irak, en Lybie ou en Syrie.
    Vous ne parlez pas du lien établi par Mélenchon entre la bulle financière qui découple la valeur d’usage de celle de l’échange, même si vous soulignez le risque d’effondrement du dollar et la fuite en avant militaro-aggressive de l’impérialisme américain. Mélenchon introduit pourtant la cohérence de ce lien.
    Le positionnement non aligné de la France universaliste n’est pas un changement d’une soumission atlantiste vers une autre, ce qui serait paradoxal pour des insoumis ;-)
    Dernier élement qui vous est sans doute inconnu, Mélenchon est le seul homme de gauche candidat pour 2017 avoir élaboré une doctrine sur la politique de sécurité et de défense de la France. sur ces aspects, voir melenchon.fr/2016/02/27/la-france-trait-dunion-au-sein-de-lhumanite-universelle

    2) A la tentation d’un "bonapartisme de gauche", j’ aurai préféré un "gaullisme de gauche", l’évolution historique des deux individus montrant des bifurcations essentielles : De Gaulle était un républicain de droite allié aux communistes y compris après la fin de la guerre sur certains dossiers comme la recherche ou l’industrie nucléaire, mettant fin à l’empire colonial, Napoléon un empereur populiste rétablissant l’ordre et pouvoir de la bourgeoise à la fin de la révolution, avec les visées expansionnistes dramatiques pour notre peuple. La différence vous aurait elle échappée ?

    3) Justement, l’analogie avec de Gaulle n’est pas fortuite. Rassurez vous, à 66ans, je n’ai voté qu’une fois pour un gaulliste, Chirac en 2012. Le RPF de la sortie de la guerre n’est pas loin sur la forme du front des Insoumis que Jlm est en train de constituer. Il s’agit de les rassembler au-delà de leurs a priori idéologiques et partisans sur des valeurs du Peuple pour une France démocratique et universaliste, la référence à une gauche politique (et non pas aux valeurs de gauche) étant obsolète (voir ici mon billet dans Médiapart blogs.mediapart.fr/pascaljanots/blog/280216/mes-amis-communistes). la stratégie de Jlm propose en plus un appel à l’autogestion dans les réseaux , pas tous derrière, mais tous ensemble pour changer. Cette pratique raisonne clairement chez les jeunes aujourd’hui.

    4) Ok, pour clarifier la notion de planification dont nous connaissons tous les méfaits du soviétisme totalitaire et plus récemment des incapacités de la voie programmatique et social-démocrate en 81. Cela dit l’expérience de la reconstruction à la sortie de la Guerre n’est pas à jeter aux oubliettes. Dans ce cadre là, le plaisancier marin que je suis pense que vous traitez avec légèreté les propositions sur la mer que Jlm approfondit depuis longtemps en liaison avec les milieux concernés. Par ailleurs vous semblez ignorer les propositions de nouvelle politique sur l’espace et l’énergie.

    Mais pour finir, je vous remercie encore et vous rejoints pour estimer que Mélenchon est une pensée en mouvement qui peut se bonifier (à l’évidence beaucoup plus vite que les bons vins). Je suis sûr que ce débat nous et lui sera utile pour que nous ouvrions ensemble une nouvelle voie en 2017 :-)

    Bien à vous

    Pascal Janots Le 2 mars à 13:34
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  • Fédérer la "vraie " gauche, il ne faut pas seulement le souhaiter mais l’initier. Mélenchon le tente, certes, et souvent de bonne manière,mais de façon trop personnalisée autour de lui, ou ressentie telle.

    Je l’ai tenté dès le 3 février, en ouvrant un blog sur Médiapart. A un degré de généralité telle qu’il permet d’ouvrir un large débat sur son contenu futur, lequel ne m’appartient pas, en ce compris l’élaboration d’une nouvelle constitution.

    A un degré de grande exigence également. Il ouvrirait plutôt l’ère de l’individu, un individu qui sait reconnaître en l’autre
    individu la même aspiration que la sienne, donc tout le contraire d’un individualiste.

    S’il y a mieux, j’adhère.

    /blogs.mediapart.fr/hugues-thuillier/blog/030216/manifeste-pour-degager-la-voie-de-gauche

    Hugues Thuillier Le 4 mars à 09:37
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